À la recherche d'un site magique.

 

Un drame sans importance.

 

Vivons nous d'illusions ? La question peut se poser. Le blogueur est un être de chair et de sang mais surtout d'air et de temps. Il brasse les idées, celles qui sont en suspension, les saisit au moment où elles passent et les couche sur le papier. Il écrit un billet qui correspond, du moins espère-t-il, aux frissons d'une opinion versatile et volage.

 

Il pense avoir trouvé site à son talent. Il y est connu, reconnu et suivi. C'est du moins ce qu'il se plait à croire. Il a des amis dans tous le pays, des inconnus lointains qui se présentent à lui sous un pseudonyme pareil au sien. C'est un bal masqué, quand les musiciens sont partis, que les flonflons ont cessé, il est bien mal aisé de reconnaître les danseurs.

 

Le Post a fermé sa piste, la sciure recouvre le parquet, une poussière qui sera bien vite oubliée et chapitre clos. Circulez, il n'y a plus rien à dire nous ont fait comprendre les nouveaux maîtres des lieux. À quelques encablures d'une élection capitale, il fallait adresser un signal fort aux petits peuples des claviers. La liberté d'expression est un bien trop précieux pour la confier aux manants. Le Huffington Post ne s'en cache pas, pour avoir le droit d'exposer son point de vue, il faut un nom, un curriculum vitae, un passé crédible, un avenir tout tracé.

 

La plèbe n'a plus sa place, elle est par définition insaisissable et bien trop dangereuse. Quand on n'a rien à défendre, rien à préserver, ni privilège ni avantage, la parole est trop libre et les propos plus extrêmes. Pour continuer à en croquer, les nantis doivent faire taire la petite musique de l'indignation. L'anesthésie des médias télévisés n'est pas suffisante, la toile doit passer elle aussi sous les effluves de l'éther.

 

Le bec dans l'eau, le désespoir au cœur, celui qui se croyait être un gage de qualité, une marque de pertinence se découvre bien vite n'être rien devant dame Sinclair ou madame Rachida. Le fils Bedos peut se montrer partout, il a un nom, il n'a pas besoin de se faire un prénom. Il en croque comme les autres quand ceux qui n'ont rien demandé se retrouvent poussés de là comme des malpropres.

 

Alors, c'est la course au nouvel Eldorado du blogueur. Il faut courir les sites d'accueil, de demander, quémander nouvelle place au soleil. Bien vite il apparaît qu'effectivement, nous ne sommes que misérables grains de poussière. Tout est à reprendre, tout est à refaire et obtenir le précieux sésame n'est pas aussi simple !

 

Médiapart est un espace privilégié qui m'est recommandé, je vais m'y aventurer à petits pas hésitants. Le Plus semble beaucoup plus accessible mais se trouve contrarié par l'apostrophe de mon nom d'emprunt. Il faut parlementer, réclamer, s'impatienter pour finalement obtenir gain de causse et trouver des audiences à pleurer de rage.

 

Un journaliste du Post, mis à la porte comme tant d'autre vous sollicite pour une nouvelle expérience. C'est le Newsring, décidément il faut se plier à la domination du vocable angliciste. La pratique est différente, ce sont des commentaires plus court, un format qui ne convient guère à l'adepte de la logorrhée dactylographiée. Qu'importe, vous vous essayez à cette nouvelle pratique.

 

Pendant ce temps vous découvrez que Twitter ouvre ses portes aux textes longs. Vous jetez à la mer, ces bouteilles désespérée, elles vont leur chemin sans que vous sachiez vraiment le sort qui leur est promis. Vous vous retrouvez éparpillé, dispersé sur des espaces multiples sans jamais retrouver ce qu'on vous faisait accroire sur le défunt Post.

 

Finalement, vous trouvez d'autres âmes en peine qui hantent les arcanes de la toile. Une communauté se créée et regroupe les fantômes. Les exilés du Post se rassemblent sur over-blog, à plusieurs on se sent moins seuls et on a le plaisir de quelques visites amicales. Internet est une jungle, vous en aviez oublié les règles, bercé que vous étiez par les flatteries numériques d'alors.

 

Sansiteficxement vôtre

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