Rue des Bons enfants.

L’école de la charité.

Commence par soi-même

 

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Il y a dans certaines de nos grandes villes françaises comme à Paris, Rouen Reims, Tours, Marseille et Orléans et j’en oublie sans doute, une rue des Bons Enfants. Il n’est rien de plus charmant comme nom même si l’histoire fait référence à chaque fois à de pauvres enfants, orphelins qui trouvaient refuge dans un établissement de bienfaisance.

Le plus souvent, le nombre de places y était limité. Douze pour les uns, treize pour les moins superstitieux. Dans le souci d’élever les chérubins, les bons pères leur apportaient leurs lumières. C’est ainsi que des collèges furent créés avec l’obligation faite aux gamins de tendre la main dans la rue pour mériter le privilège qu’ils recevaient. L’aumône en échange du savoir, le contrat apportait des nourritures spirituelles tandis que la charité des ecclésiastiques se contentaient de leur fournir gracieusement le gîte et le couvert.

Ainsi, quand se trouve une rue des Bons Enfants, nous pouvons penser qu’il y avait là Orphelinat ou Collège dans la France médiévale. En Orléans, le nom est resté à la limite ouest de la fortification du quatrième siècle dans le quartier dédié lors du Moyen-Âge aux congrégations religieuses.

Il est donc fort probable que se trouvât là aussi, un tel établissement dans une rue qui reçut un temps une synagogue, un séminaire, la chapelle Saint Avit ; Dieu reconnaîtra les siens. L’essentiel étant que savoir et générosité faisaient bon ménage d’autant que la bibliothèque Municipale se trouvait à deux pas de là.

La loi Jules Ferry apporta bien des années plus tard ses lumières ; une école primaire Des Bons Enfants, apporta l’instruction sans qu’il fut besoin aux enfants de quémander dans la rue. Les parents, heureux, quand on leur demandait où leur rejeton se rendait à l’école disaient le sourire aux lèvres : « Il va à l’école des Bons Enfants ! ». Il y avait de quoi se réjouir.

Puis le temps arriva où des gens le nez dans le guidon voulurent honorer un ancien maire de la ville, ascendant d’une famille toujours représentée dans le Conseil Municipal. La nécessité d’honorer la mémoire de ce grand homme né en 1902 et mort en 1982 qui fut également Député du Loiret. Ce personnage a laissé une trace profonde dans la ville. Il méritait bien d’être honoré par l’attribution d’un hommage posthume.

C’est sans doute parce qu’il fut orphelin que c’est vers la rue des Bons Enfants que se tournèrent nos édiles pour offrir à sa mémoire, l’écrin qu’elle méritait. Charité bien ordonnée commence par soi-même. L’école changea de nom et porta désormais le patronyme de ce monsieur. Depuis en Orléans, à la question évoquée plus haut, certains parents, faisant grise mine répondent désormais : « Il va à l’école Secretain ! ».

Il y a dans cette nouvelle appellation un point positif. Rapidement les élèves comprennent l’importance de la ponctuation et de l’orthographe. Il n’est pas meilleur endroit pour percevoir la nécessité de ne pas commettre d’erreurs lourdes de conséquences. Ainsi, il apparaît clairement que répondre : « Il va à l’école Secrétain » n’a aucune mesure avec une réponse maladroite et fautive : « Il va à l’école, ce crétin ! »

Faut-il ne pas réfléchir pour avoir ainsi commis cette maladresse insigne ? Puisque nous restons encore dans la Rue des Bons enfants, je viens par ce présent billet faire l'aumône d’une leçon de syntaxe tout en mettant en garde nos chers élus sur la nécessité de tourner leur langue plusieurs fois dans leur bouche, avant d'attribuer un patronyme pour satisfaire à ce curieux désir de postérité qui habite cette corporation.

Charitablement leur.

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