La Séparation des Pouvoirs

La leçon de Jupiter

En Marche vers la Monarchie en attendant pire

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J’avoue à ma grande honte que jusqu’alors je n’avais jamais rien compris à cette notion alambiquée de Séparation des Pouvoirs. Car à bien y regarder de ma lucarne de persiffleur il m’avait toujours semblé voir des liens étroits, des imbrications sournoises entre les trois parties de cette vaste toile d'araignée dans laquelle nous sommes englués, nous les misérables gueux à mettre sous le joug, taillables, corvéables, punissables à merci !

Puis grâce à notre bon Jupiter, la lumière m’est venue, progressivement, insidieusement sans doute diront ses ultimes fidèles. Il y a bien SÉPARATION dans ce pays à la manière des chirurgiens napoléoniens. On ampute les membres touchés par le doute, la suspicion ou la réprobation. Sans anesthésie, il convient de trancher pour laisser la place nette au seul pouvoir qui compte, celui du Prince.

La première évidence à me sauter au dernier œil qui me reste est la manière d’opérer vis à vis du peuple souverain. Non seulement il est frappé pour lui retirer le droit de s’exprimer mais plus encore, il est clairement écarté du débat en créant une fausse chambre d’enregistrement de ses doléances en séparant une fois encore en rubriques soigneusement définies par le grand Manitou de la dislocation du tissu social.

Puis je m’aperçois que le quatrième pouvoir a lui aussi subi une monstrueuse ablation de la main gauche. Tout ce qui se fait de journaux et de télévisions est à la botte des amis du patron absolu. La pluralité est morte, la presse est la Voix de son maître, fidèles chiens de garde, La presse ne se préoccupe plus de la vérité pour propager le catéchisme élyséen. Sondages bidons, propagation d’une nouvelle angoisse, images tronquées, bâillonnement des séditieux.

La Séparation se poursuit allégrement en supprimant le libre arbitre de la justice. Le barreau aux ordres, les juges mettent à l’ombre les manifestants. C’est du jamais vu dans ce pays, la garde à vue considérée comme moyen de comptage de ceux qui veulent battre le pavé, la prison est devenue le passage de ceux qui en dépit des interdictions y sont arrivés. On peut s’extasier de la stratégie qui promet à celui qui veut exprimer sa colère deux perspectives carcérales.

La Séparation atteint maintenant son comble en décrétant nulles et non avenues les conclusions de la commission d’enquête du sénat. L'anathème fondamental que ce pouvoir tentaculaire pose sur ceux qui disposaient jadis d’un semblant de pouvoir législatif est qu’ils font de la Politique. On croit rêver, la chose publique devrait être autre chose que de la politique ? On comprend mieux le rôle du palais Bourbon, simple chambre d’enregistrement des décisions sans modulation possible du Grand Mamamouchi du Capitalisme

Puisqu’on sépare tout désormais, n’hésitons pas. Il convient de trancher dans le lard, de se priver de tout ce gras qui se situe au sommet de l’état. Anciens présidents exorbitants, hauts fonctionnaires pensionnés, préfets sans affectation mais pas sans rémunération, anciens ministres gavés d’avantages, membres de tous les conseils, commissions et autres foutaises destinées à caser les amis.

Séparons véritablement, les privilèges n’ont plus de raison d’être. Puisque Jupiter en personne dénonce l'obsolescence du Sénat, affirmons avec lui la vacuité de la Chambre des députés, l’indigence du gouvernement, la soumission de la Justice, l’asservissement des médias. Un seul pouvoir, non pas celui de la dictature libérale mais celui de ce Peuple qu'ils prétendent, en riant sous cape, Souverain.

Nous allons user de notre souveraineté. Dehors les profiteurs, les privilégiés, les parasites, les inutiles, les prévaricateurs, les fossoyeurs de l’espérance. Une sixième République s’impose à nous comme une évidence. La Nation se sépare d’une Constitution qui donne tous les pouvoirs à un seul, qui n’est ni providentiel ni présidentiel, ni exemplaire ni nécessaire, ni légitime et surtout pas sérénissime.

Fragmentairement leur.

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