C’est Nabum
Abonné·e de Mediapart

3864 Billets

1 Éditions

Billet de blog 28 juin 2022

Le pain rassit vite en entrant dans l'histoire

Au four et au Malin …

C’est Nabum
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dans le pétrin

Le diable est dans les détails. Il ne tarde jamais à sortir du bois surtout quand il veut se rendre au four pour battre le fer quand il est chaud. Le petit mitron, tout juste reconduit dans sa fonction élective, oubliant soudain ses convictions antérieures, le regard fixé sur la ligne d'horizon, celle qui passe par-delà les Vosges, se précipite, toute honte bue, pour que la soupe demeure bonne au beau pays de la tambouille électorale.

Une fois encore, enivré par un passage sur un plateau de télévision ; une douce assuétude pour ce beau parleur qui tient plus du corbeau, un fromage dans le bec que du rusé renard, notre bon dépité par la tournure des évènements se met immédiatement à faire de l'œil à ceux qui jusqu'alors, ils considéraient, comme tant d'autres, comme des suppôts de Satan.

Après avoir mangé son pain blanc, le mitron sympathique se prenant pour un faux mage à cœur, tenant compte des difficultés du moment, du défi sur le pouvoir d'achat, des problèmes d'approvisionnement pour le fameux blé d'Ukraine, se lance immédiatement dans la confection d'une miche de pain gris. Il renonce à la baguette en dépit d'une promesse de classement patrimonial, la conjoncture supporte la boule pour se mettre au diapason d'un peuple par trop ingrat.

Curieusement, sitôt sortie sa première fournée, la mie tourne au vert de gris tandis que la croute craque d'un sinistre bruit de bottes. Pas de problème se dit le mitron qui pour l'heure pense préparer des mouillettes pour manger des œufs d'oie à la coque. Il convient de toujours se mettre au pas, surtout quand on est en marche.

Le mitron avale ses convictions passées aussi facilement que les couleuvres. C'est l'art de ceux qui aiment à nous mettre le nez dans la farine. Une manière de ne pas s'embarrasser de principes ou de ligne de conduite. Tout ce qui sort du four est béni, qu'importe si comme durant l'occupation, il faut ajouter des copeaux de bois dans la farine.

Le pain vert de gris, l'œuf coque se rebelle, refuse de se plier à cette nouvelle fantaisie d'un agitateur agité qui se trouve soudain dans le pétrin (Pétain). Que proposer pour avaler la pilule et cette mie qui ne tient pas la route ? Un fromage coulant en plein naufrage sera le substitut idéal d'autant plus qu'il grouille déjà d'asticots.

Un bon apport protéinique ne sera pas négligeable en période de disette. Il suffit de fermer les yeux, de ne pas se montrer regardant sur le menu et les odeurs. Pour garder la chambre, il convient de faire quelques sacrifices, et celui-là n'est pas pire que les précédents. La croute sent malgré tout le brûlé, le pain sort du four sur son envers ! Le bourreau attend sa miche, il sera servi sans plus attendre.

Il n'a pas fallu plus de deux jours pour que le mitron tende la main à la bête immonde. Mou du derme, il se plie volontiers au vent qui souffle. Comme les épis de blé, il se laisse ballotter au gré des courants d'air, ceux qui désormais font les idées fluctuantes et les postures instables. Le bon grain n'est plus à l'ordre du jour, notre petit mitron en bon valet de l'officine du palais, se contentera de l’ivraie.

Son pain me donne déjà la nausée. Lui n'en a cure, il continue son petit bonhomme de chemin médiatique et gastronomique : il restera le chantre de la ruralité, du territoire, de la bonne bouffe et des grosses entourloupes. À force de proclamer que tout est bon dans le cochon sans nitrite, il n'est pas surprenant que la tentation du rassemblement passe par l'union nationale là où le vice versa dans l'abjection.

Il se peut que mes propos abscons ne soient pas digestes. Prenez garde cependant qu'ils ne préfigurent pas une ère de reniements, de trahisons, de compromission et de pacte avec le diable comme nous le voyons déjà poindre chez ce tambour major de la boulangerie de crise.

À contre-mie

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Conjoncture
Le nouveau plein emploi n’est pas le paradis des travailleurs
De l’emploi, mais des revenus en berne et une activité au ralenti. La situation est complexe. Pour essayer de la comprendre, Mediapart propose une série de deux articles. Aujourd’hui : pourquoi le nouveau plein emploi ne renforce pas la position des salariés.
par Romaric Godin
Journal — Conjoncture
Le lien brisé entre emploi et inflation
Notre premier épisode sur les mirages du plein emploi: pourquoi l’embellie de l’emploi ne permet-elle pas une hausse des salaires réels ?
par Romaric Godin
Journal — Climat
Face au chaos climatique, le séparatisme des riches
Alors que des milliers de Français sont évacués à cause des incendies, que d’autres sont privés d’eau potable voire meurent au travail à cause de la chaleur, les ultrariches se déplacent en jet privé, bénéficient de dérogations pour pouvoir jouer au golf et accumulent les profits grâce aux énergies fossiles. Un sécessionnisme des riches que le gouvernement acte en perpétuant le statu quo climatique.
par Mickaël Correia
Journal — Écologie
La sécheresse fait craquer de plus en plus de maisons
Depuis 2015, les périodes de sécheresse s’enchaînent et affectent les sols argileux. Plus de 10 millions de maisons en France sont sur des zones à risque et peuvent se fissurer. Un enjeu à plusieurs dizaines de milliards d’euros pour les assurances.
par Daphné Gastaldi (We Report)

La sélection du Club

Billet de blog
« As Bestas » (2022) de Rodrigo Sorogoyen
Au-delà de l’histoire singulière qui se trouve ici livrée, le réalisateur espagnol permet une nouvelle fois de mesurer combien « perseverare » est, non pas « diabolicum », comme l’affirme le dicton, mais « humanissimum ». Et combien cette « persévérance » est grande, car digne de l’obstination des « bêtes », et élevant l’Homme au rang des Titans.
par Acanthe
Billet de blog
« Les Crimes du futur » de David Cronenberg : faut-il digérer l'avenir ?
Voici mes réflexions sur le dernier film de David Cronenberg dont l'ambition anthropologique prend des allures introspectives. Le cinéaste rejoint ici la démarche de Friedrich Nietzsche qui confesse, dans sa "généalogie de la morale", une part de cécité : "Nous, chercheurs de la connaissance, nous sommes pour nous-mêmes des inconnus, pour la bonne raison que nous ne nous sommes jamais cherchés…"
par marianneacqua
Billet de blog
DragRace France : une autre télévision est possible ?
Ce billet, co-écrit avec Mathis Aubert Brielle, est une critique politique de l'émission DragRace France. Il présente la façon dont cette émission s'approprie les codes de la téléréalité pour s'éloigner du genre en matière de contenu et de vision du monde promue.
par Antoine SallesPapou
Billet de blog
33e Festival de Fameck - Mounia Meddour, Présidente du jury et l'Algérie, pays invité
L’édition 2022 du Festival du Film Arabe de Fameck - Val de Fensch (qui se tiendra du 6 au 16 octobre) proposera sur onze jours une programmation de 30 films. La manifestation mettra à l’honneur l’Algérie comme pays invité. Le jury longs-métrages du festival sera présidé par la cinéaste Mounia Meddour.
par Festival du Film Arabe de Fameck