Le concert fantôme.

Le silence des ondes

Circulez, il n'y a rien à entendre ...

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Il convient de revenir sur ce grand Festival de Loire qui s’honore d’une programmation culturelle particulièrement éclectique. Il est possible, comme à la Saint Maritaine de trouver de tout et chacun peut ainsi s’y distraire selon ses préférences musicales. Bien sûr, il convient néanmoins de rester quelquefois fidèle au prétexte qui anime ce grand rassemblement populaire : « La Marine de Loire ! » C’est alors que des groupes tiennent le haut du pavé tandis que d’autres, qui n’ont pas le bonheur de plaire aux organisateurs, récoltent les miettes.

Les moins bien servis en termes de rogatons furent les Aquadiaux qui héritèrent en dernière minute, grâce à l’intervention bienveillante d’une élue, d’un concert en bout de fête. Un bateau scène situé sur une cale incertaine, devant une descente de pavés qui mène au quai du Châtelet. L’idéal en somme pour être éloigné du quidam qui quant à lui ne fait que passer pour se rendre au cœur de la fête.

Les conditions n’étaient donc pas optimales pour réussir cette seule prestation. Cependant, dans son inénarrable volonté de mettre des bâtons dans les roues, les organisateurs ont corsé le contexte. Tout d’abord le susdit spectacle n’était pas imprimé sur le programme officiel. Il est parfaitement possible d’entendre les problèmes de délais. Cette difficulté eut pu être rattrapée par une communication compensatrice.

C’était sans compter sur la mesquinerie des uns et des autres. Personne ne fit donc écho de ce concert côtier. Ni la radio, ni les journaux locaux, prompts à mettre en exergue le groupe local jusqu’à rendre transparents les autres. Ceci relève du choix éditorial, il n’est rien à dire, il convient de baisser la tête et de se taire. Mais quand l’animateur bavard, tenant le micro du matin au soir, dans un flot désespérant de platitudes débitées sans la moindre conviction, annonça les concerts du samedi 21 septembre à 15 h, le gai luron de la neurasthénique parole, oublia le concert fantôme.

A-t-il agi sciemment ? Je doute que ce brillant orateur soit capable de la moindre initiative. C’est un récitant, la voix de son maître, avec un chat dans la gorge au pays des chiens. Il s’est simplement contenté de lire, sans vérification aucune, son talent se suffit à lui-même, point n’est besoin de vérifier si quelques modifications ont été apportées, le programme qu’il avait sous les yeux.

Ainsi donc, oublié de la programmation, absent du programme, nous étions désormais écartés de l’annonce. Le premier concert fantôme du Festival de Loire pouvait avoir lieu sur une scène officielle. Nous avons eu l’honneur d’inaugurer ce nouveau concept et si mes camarades se sont montrés sages, jouant merveilleusement bien, leur comparse joua les pirates et monta à l’abordage de la coterie locale.

Les contes dits au public qui malgré tout s’arrêta en nombre devant ce concert improbable, auraient piqué nos chers responsables si l’un d’eux avait pointé ses oreilles. Hélas, nulle trace de VIP dans le secteur, les agapes, les paillettes, les passe-droits et autres privilèges largement consentis, se déroulent bien loin de cette cale désertée. Les mots se perdirent sous un soleil de plomb, les écrits resteront pour leur signifier que l’indignité a des limites.

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Après ce que je vécus non pas comme une offense mais comme une véritable insulte, je retournai jouer le rôle du guide pour les passagers patients qui eux, attendaient une bonne heure avant de monter sur un bateau ce qui n’est jamais le cas de nos chers organisateurs. Sans la moindre acrimonie, je leur racontai la Loire, son histoire, sa Marine tout en offrant un petit conte pour la route. Mauvais sujet certes, mais particulièrement respectueux du public, ce qui n’est pas le cas de tout le monde dans ce capharnaüm bruyant.

Colériquement vôtre.

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