Bras long et idées courtes.

Séculier mais pas régulier.

Un citoyen très particulier.

 

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À force de se moucher du coude, certains personnages aux facultés de raisonnement limitées se sentent au-dessus des règles communes. Ils exigent des passe-droits, tendance qui semble leur offrir un sentiment de puissance sur le commun des mortels. La chose tourne au ridicule le plus souvent, le malotru se fait remarquer, affirme avoir des relations haut-placées qui seront prêtes à se mettre à son service pour punir l’affront qui lui est fait.

L’individu monte sur ses grands chevaux, certainement pour que son bras justement ne touche pas à terre. Il le tend d’une main rigide gantée de fer devant lui, évoquant ainsi de terribles images. Il appartient à la bourgeoisie locale, ou du moins le laisse supposer pour se donner cette importance que sa prestance naturelle et sa conversation ordinaire ne peuvent lui conférer.

Il toise, c’est à cela qu’on mesure du reste son infinie bassesse. Il ne limite paradoxalement pas ses propos qui rapidement tournent au vinaigre, à la menace, à l’injure. Le bras long n’assure pas la modération du langage. C’est un fait indéniable quand on observe attentivement le courroux scénarisé de ce triste personnage. Car bien sûr, tout cela n’est que comédie pitoyable pour se la jouer un peu et apporter de l’eau à son moulin de séducteur de bas étage.

Le bras long vitupère. C’est d’ailleurs fort dommage qu’il ne se mette pas à la langue des signes. Il pourrait passer son tour, libérer la parole et ficher la paix aux gens qui ne demanderaient pas mieux. Tout au contraire, il bat l’air avec son autre bras, le plus court, souvent le gauche dont il fait apparemment un usage très modéré.

Le bras long donne ce bras justement à une compagne qui se plaît elle aussi à se placer au-dessus de la mêlée, en appelant à ses relations pour enfoncer le clou de son héraut. Ce preux chevalier à la triste figure, beugle plus qu’il ne parle pour intimider le commun et imposer ses vues et ses caprices. Ce gougnafier n’a aucune pudeur, il convoque symboliquement le ban et l’arrière ban des notables locaux pour justifier son attitude. Il serait sûrement bien attrapé si l’un de ses prétendus amis assistait à la scène.

Le bras long affirme avoir de l’entregent, manière fréquente pour ce genre d’individu d’exister par procuration ce qui curieusement lui procure une jouissance maladive. Il en abuse jusqu’à faire fondre en larmes ses malheureuses victimes qui ne savent plus à quel saint se vouer. Car voyez-vous les menaces de l’odieux sont précises : « je peux vous faire fermer dans l’heure qui vient! » Il ne recule devant aucune infamie pour obtenir gain de cause.

Le bras long veut enfreindre la règle commune. C’est là un privilège si répandu chez ceux de sa caste qu’il se scandalise quand un quidam quelconque vient lui rappeler que les principes sont incontournables et s’appliquent à tous. Voilà réponse qui le fait sortir de ses gongs puisque justement il est de la haute, cette sphère héritée de l’ancien régime qui vit à l’écart des codes de la plèbe.

L’esclandre est son royaume, lui qui appartient soi-disant à la noblesse de la cité. C’est ainsi qu’il dispose du droit d’humiliation sur le petit peuple des humbles. Pire encore, les témoins de la scène n’osent pas lever le petit doigt pour l’empêcher de nuire, des fois que ce qu’il dit s’avérerait exact. Ce sont ses deux cibles qui se trouvent en larmes, deux dames dont le seul péché aura été de lui demander de mettre un masque pour respecter la consigne, afin de venir commander une consommation.

L’autre, impitoyable, profite de sa position dominante pour les humilier plus encore, jouissant de cette faiblesse qu’il perçoit sur ses proies. Charognard honteux, monstre de suffisance et de morgue, il en rajoute encore et encore jusqu’à ce qu’il contraigne ses cibles à abdiquer en fermant l’établissement. Ceux qui n’avaient rien dit furent par là même payés de leur indifférence, ce qui n’est que justice.

Le pire dans cette sordide altercation, c’est que la loi impose de faire respecter des obligations à des personnes qui ne sont pas dépositaires du pouvoir, sous la menace de sanctions tournées contre elles. C’est l’absurdité de cette période délirante. Comment s’opposer à des abrutis, qu’ils soient des tenants de la loi de la jungle ou comme celui-ci, des représentants de la société huppée ? Dans une société où plus rien ne tient, ce n’est pas au simple citoyen, fut-il commerçant, responsable d’association ou chauffeur de bus de se dresser face à la transgression. Ceux qui ont osé cette délégation factice du pouvoir de police sont plus coupables encore que ce pitoyable et misérable représentant de nos « m’as-tu-vu » locaux.

Irrégulièrement sien.

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Illustrations : Tableaux du musée des beaux arts d'Orléans

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