Gros sot

Mots d'eau

 

Sur Loire mais pas sur Seine ...

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Alors que les sous-marins français font naufrage sur les côtes australiennes, il est bon de rappeler qu'il y a soixante-deux ans, leurs petits frères miniatures alimentaient la rumeur pour s'offrir une petite traite des blanches là où jadis le noir était de mise. On peut s'interroger sur la crédulité des uns, la fourberie des autres, les ressorts de l'imposture demeurent éternels.

Dès qu'il est question de pointer du doigt un individu ou une communauté, tout est bon dans le cochon pour celui qui justement va stigmatiser ceux qui n'en mangent pas. La différence se paie franco de porc si j'ose écrire quand c'est en bord de rivière que se déroule le drame. La Loire n'échappe pas à la règle, elle qui a vu couler le sang des parpaillots, celui des assiégeants sans foi ni loi et même celui de l'Anglois.

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Les moyens diffèrent au fil de l'épée, de la langue et du temps. La rumeur est à ce titre moins létale en apparence. Elle ne porte pas le fer mais insinue, plus perfide encore, le venin de la calomnie, laissant planer le doute avant qu'il ne plonge en apnée pour franchir les obstacles du crédible.

Le complotiste, l'imposteur, le conspirationniste, qu'importe comment on le nomme, se moque bien de naviguer dans les eaux troubles de l'improbable, de l'impossible ou de la fantaisie pure. Il sait que plus c'est gros, plus ça risque de passer, semant les graines du doute, de la diffamation, de l'exclusion. C'est toute voile dehors que le propos se gonfle, prend de l'ampleur en passant de bouche à oreille, en se faisant plus gros que le bœuf avant que d'exploser au grand jour.

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Le dragon de la Vistule a fait bien des adeptes. Plus la farce est piquante, plus elle sent le soufre et plus le risque d'éclater au grand jour devient possible. C'est là le miracle de la crédulité, une compétence du reste largement facilitée par toutes les fables, plus abracadabrantesques que la légende dorée.

Plus la ficelle est grosse, plus les braves gens aiment à s'y accrocher. L'église nous a gratifiés de récits qui feraient pâlir le moindre bonimenteur. Elle a montré le chemin en faisant remonter la rivière à des défunts ou des reliques couchés sur une barque par la seule force de la foi, en permettant à des moines cénobites de terrasser toute une colonie de dragons vivant dans notre Val de Loire, en rebaptisant les sources miraculeuses pour en faire des objets de culte.

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Devant ce pouvoir de la parole, le raconteur d'histoires ne peut que s'incliner et pourtant seules ses fariboles sont jugées fantaisistes. Il ne bénéficie pas du préjugé favorable des autres sources, tout simplement car il débite avec le sourire des fables qui ne sont destinées qu'à prendre le contre-pied de la grande histoire locale.

La dérision n'a pas à se nourrir de la farce officielle. Il convient de s'incliner devant l'épopée officielle, d'avaler les couleuvres pourvu qu'elles soient bénites ou sacralisées par les pensées magiques. Insinuer le doute, distiller le questionnement, semer la confusion n'est pas de mise. Le gros sot ne peut tirer de son chapeau des mots d'eau, tout au mieux un lapin blanc pour amuser les enfants.

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Un Tréboulet au pied, il porte comme à sa lourde chaîne le poids d'une réputation qui n'est plus à faire. Faire culture alors qu'on n'attend de la fête que flonflons, amusettes sans conséquence, faux-semblants et distractions légères n'est pas de mise au pays de la poudre à perlimpinpin. Flonflons et paillettes doivent contribuer au vidage de cerveau, celui qui permet de se gaver de tout ce qui peut s'imaginer pour accompagner la frite, emblème national de la fête qui ne se prend pas la tête. La Culture se meurt dans un océan de mièvrerie.

Obscurément leur.

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Photographies de

Vincent Dresens

 

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