Le canard et la faisane

Ce ne fut pas un mariage d’amour.

Pan sur le bec ...

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Il était une fois un canard, jouant de la plume sans vérifier à quelle source il allait se désaltérer. L’essentiel pour celui qui se pensait déchaîné consistant à couvrir sa région de son aile protectrice, annonçant les bonnes nouvelles, flattant les maîtres de la basse-cour et se faisant plus acide pour les voleurs de poules. Il est vrai qu’il y a toujours du grain à moudre dans un pays où les prises de bec sont plus fréquentes que les petits bécots.

Qu’importe, c’est ainsi qu’il aimait à faire couler beaucoup d’encre lui qui avait l’œil aux aguets pour toutes ces petites choses qui amusent la volaille qui fait l’opinion. Il convient même d’aller à la pêche aux informations, d’en tirer toujours la substantifique moelle afin de complaire à un lectorat toujours prompt à s’enflammer pourvu qu’il ne soit pas le dindon de la farce.

Cette fois-là encore notre canard remplit parfaitement son rôle et en la circonstance eut mérité la palme de la farce. Il nous appartient de revenir sur les faits en prenant garde de bien se couvrir, les œufs ne sont plus très frais, il appartient au chroniqueur de ne pas y marcher dessus. L’ellipse sera de mise pour vous narrer la chose. À vous de retrouver vos poussins dans cette étrange affaire.

C’est ainsi que dans une volière, les gallinacés célébraient la fin des cours. Nos braves écoliers, au duvet encore juvénile, ont pour la circonstance plus d’un tour dans leur sac à malices. Il est de tradition de faire grand chahut, d’effrayer le gardiens du poulailler, de se moquer des coqs qui veillent habituellement sur les jeunes poussins tout juste sortis de la couveuse et de se livrer à quelques actions d’éclat avant que de voler de leurs propres ailes, tout l’été durant.

Il est convenu de fermer les yeux sur ces frasques quand elles demeurent inoffensives. C’est ce qui aurait dû se passer dans cette volière si le canard n’avait décidé de s’emparer d’un banal fait divers. Pas de chien écrasé à se mettre sous la dent mais une faisane ayant quitté la Sologne pour découvrir les bords de Loire et une couveuse, pouponnière de la future élite locale d’où sortirait vraisemblablement la prochaine poulette pucelle.

Un renard ou bien un drôle de blaireau avait eu la curieuse idée de venir en ce lieu, une faisane bien dissimulée dans sa besace. Quand le chahut fut à son comble, le gredin lâcha la pauvre bête parmi l’envolée d’étourneaux qui quittaient l’endroit en hurlant. La chose peut paraître drôle du point de vue des mammifères quoique très traumatisante pour la pauvre femelle. Il faut bien que jeunesse se passe surtout quand celle-ci s’apprête à quitter ses maîtres.

Mais voilà que l’affaire prend une toute autre dimension. Le canard couvait sans doute une mauvaise grippe aviaire, il informa ses lecteurs que la pauvre poule fut dans l’instant étranglée par les fermiers de l’endroit. Un geste auquel, immédiatement, la toile s’empressa de tordre le cou. Les pauvres gardiens du temple éducatif se firent ébouillanter par la nouvelle, née sans doute d’une rumeur. L’affaire fit un grand pâté, le jeune ami des bêtes puni comme il se doit et tout le pays réclamait les têtes de coupables afin d’en faire une fricassée.

Ce que le canard avait pris pour vérité incontestable n’était qu’une rumeur, une facétie de plus venant du grand désordre de l’instant. Mais hélas, quand la nouvelle est couchée sur le papier, il en va tout autrement. Partout dans le pays on s’indigna, on voulut faire rôtir au feu de l’enfer le malheureux qui avait tordu le cou aux idées reçues par la presse.

La suite serait délectable si le démenti eut suivi. La poule faisane avait été adoptée par une âme compatissante et jamais elle ne finit en cocotte. C’est bien là le sort qu’on peut promettre à notre canard s’il continue ainsi à mettre des œufs fêlés dans son panier. Quoiqu’il en soit, voilà belle fable à méditer dans une cité où désormais le canard se préfère laqué. Pour être brillant et appétissant, il lui conviendra à l’avenir de ne pas boire à toutes les mares. C’est la seule morale de cette histoire !

Volaillement leur.

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Pour comprendre

 

https://www.larep.fr/orleans/2018/06/11/comment-une-poule-a-trouve-la-mort-alors-que-des-lyceens-fetaient-la-fin-des-cours-a-orleans_12882341.html

https://www.vibration.fr/news/orleans-une-poule-meurt-dans-un-lycee-9740

 

=> https://cnabum.blogspot.com/2018/06/la-gazette-de-laigrette.html

 

 

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