Quand le con prend de la hauteur

Une escale verbale

Petits conciliabules intimes

 

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Qu’il est loin le temps, plus délicat sans doute, où ce vocable désignait alors l’agréable écrin, le royaume de la volupté féminine, le temple de Vénus. On se délectait de le nommer ainsi, lui épargnant des métaphores plus douteuses les unes que les autres, animalières ou fleuries. On s’y glissait avec délectation, il se lovait sur le bout d’une langue toujours plus avide de sa délicieuse perle et de ses délicates senteurs embuées.

Hélas, le con a entamé une inexorable migration, se plaisant, ironie de l’histoire, à désigner l’homme dans ce qu’il a de plus repoussant. Le Con s’offrait une particule, une forme nécessaire de précision relatif à la nature exacte de celui qui était ainsi dénommé. Il y a eu alors un curieux jeu de paires, de contraires qui comme les aimants s’attirent et se repoussent selon les polarités de la chose.

Le Con peut être Jeune à moins qu’il ne soit Vieux. Le premier a l’excuse de l’inexpérience. Il se voit gratifié d’un qualificatif qui lui laisse l’espoir de s’amender. Le nature même de ses dévoiements lui attribuant quelques circonstances atténuantes. Ses conneries prêtent plus à rire qu’à s’indigner tandis que son homologue, plus âgé sombre définitivement dans l’indignité incurable. Il déborde de suffisance, il pue la grossièreté et ne trouve grâce aux yeux de personne. Il est condamné pour le reste de son âge à ce titre d’infâmie.

Le Con passe parfois sur la toise. Si celle-ci le déclare Petit, il relève comme son presque pareil, le Jeune, de la catégorie qui peut espérer des jours meilleurs. Sa croissance achevée, il a pourtant tout l’avenir devant lui. Il peut aspirer à son antonyme, le Grand, celui qui en fait toujours beaucoup trop, qui amuse pourtant la galerie tandis que les excès le conduiront sans rémission vers le titre peu glorieux de Gros.

Celui-là n’est pas récupérable. D’ailleurs, pour montrer à tous son immense supériorité dans l’ordre de la connerie, il n’a pas de contraire. Il évolue seul, bien loin d’imaginer que le Maigre puisse hériter lui aussi de ce Con qui en ferait la gloire. Le Gros Con concentre en lui tous les défauts imaginables. Il est le dernier barreau de l’échelle des anathèmes.

Il doit cependant accepter la concurrence du Pauvre Con. Celui-ci supporte plus encore le poids de la dérision. Il n’hérite d’aucune considération de la part de l’imbécile qui lui dresse cette couronne d’épines sur la tête, comme si la pauvreté relevait de l’infamie. Quand on sait que c’est un président alors en exercice qui a remis à la mode cette injure, on devine la nécessité de mettre à l’ordre du jour son opposé : Riche Con, parfaitement illustré par ce personnage détestable qui vit encore à nos crochets.

Le Sale Con a plus que les autres, aucune excuse. Il accumule tous les défauts de la terre et pire que tout, il en tire gloriole et fierté. Il aime à jouer les crapules, à se montrer indélicat vis à vis de ses semblables. Il pue la suffisance et le mépris et à ce titre mérite cet adjectif qui lui colle merveilleuse à la peau. Même à grand eau, il restera incurable.

Plus effrayant sera le Con quand il évolue en Bande. Là, poussé par ses homologues, il est capable de toutes les veuleries, les lâchetés et les pires abjections qui soient. Nombreuses sont les situations où l’on trouve ces hordes d’individus qui hissent la connerie au rang d’art de vivre selon leurs critères totalement faussés. Vous dire les secteurs où ils évoluent c’est prendre le risque de tomber sous les coups de ces fauves.

Oublions si vous le voulez-bien, le connard qui assure le service, il se contente d’un suffixe péjoratif pour justifier sa présence ici. Il est quelconque, sans spécialité qui pourrait lui donner un intérêt quelconque. Refusons plus encore l’indélicate forme féminine, adjointe elle aussi d’une terminaison péjorative. La femme ne mérite jamais ce déplorable retour de bâton par l’intermédiaire d’un mot qu‘elle n’aurait pas dû confier aux impuissants du verbe.

Moi qui aime à jouer ce personnage, en endossant le rôle du Berlaudiot, je peux m’inviter chez vous, au premier dîner venu, pourvu qu’il se passe en bonne compagnie. Je sais désormais que quoi qu’on fasse, on est dorénavant toujours le con de quelqu’un. Alors tant qu’à jouir de cette formulation, autant s’en amuser et feindre ce que d’autres élèvent au rang de la virtuosité.

Connement vôtre

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