Un petit vélo dans la tête.

Et des sacoches sous les yeux.

Coup de pompe les mains sur les cocottes

 

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Au tout début, perché sur un cadre, il était question pour celui qui avait un coup de pompe de pédaler dans la choucroute. Si la chose vous semble absurde c’est que vous ignorez l’origine de cette expression que l’on doit au langage fleuri des cyclistes. L’approche du prochain Tour de France risque fort de remettre à l’ordre du jour toutes ces tournures plaisantes que nous devons aux adeptes de la petite reine, ceux-là même qui sucent des roues quand ils ne roulent pas en facteur.

La voiture balai d’alors était couverte de publicité pour une marque de choucroute. C’était le temps glorieux où une dame parcourait la France en jouant de l’accordéon pour amuser la galerie. Le coureur au bout du rouleau voyait fondre sur lui la perspective de monter dans cette camionnette de la honte. La perspective du déshonneur fit naître cette tournure aimable qui se fit la belle en quittant le monde du vélo.

La choucroute étant indigeste, ceux qui n’avaient plus rien dans les socquettes se mirent à gamberger. Du mollet au jarret, il n’y a qu’un pas, la formule fut prise soudain par-dessus la jambe pour atteindre la tête, le siège de nombreux coups de mou quand on se trouve à bout de force. Le régime sans selle de ceux qui se voyaient contraints de se mettre en danseuse pour avaler la côte, poussa les princes de la métaphore à ce petit vélo qui roulait en roue libre dans les arcanes d’un cerveau embrumé.

Le tour était joué, pas la grande boucle qui risque de désigner un vainqueur par défaut parmi les éventuels survivants de la pandémie virale du test quotidien. Mais ceci est une autre histoire, les tenants de cette farce n’ont certes pas un petit vélo dans la tête, mais bien plus des nœuds dans les boyaux de la tête. La crevaison se transformant alors en véritable trou d’air cérébral.

À Bicyclette_Yves Montand á l´Olympia © unamisma

Tous ces propos sont bidons mais à la différence de nos champions de la seringue et du pédalier, ils ne sont pas jetés négligemment sur les bas-côtés de nos routes champêtres. Le sport cycliste ne sera jamais exemplaire dans ce domaine, le champion en plein effort étant dans l’incapacité d’user de la moindre poubelle pour ces innombrables détritus. Il comptera une fois encore sur les spectateurs amassés le long de son chemin de croix, un masque sur le visage selon les nouvelles injonctions du délire sanitaire, pour ramasser les reliefs de la course.

Les coureurs n’ont pas plus d’un tour dans leur sac puisque c’est une musette qui fera l’affaire. Pas celle qui enivre son bonhomme mais tout au contraire celle qui ne contient que des produits hyper vitaminés emballés de papiers qui eux aussi finiront dans les fossés. Vous voyez, même quand il n’est pas électrique, le vélo n’est pas durable d’autant qu’il a besoin d’une cohorte de voitures suiveuses et d’une nuée de motocyclettes ouvrant la route.

Il faut avoir un petit vélo dans la tête pour se lancer dans cette folie tandis que tous les autres participants à cette parade publicitaire brûlent de l’essence pour être au plus proche de la farce. Au bout de l’effort, je suis loin encore d’en connaître un rayon. Il se peut même que je déraille quelque peu à vouloir sucer les roues de ces champions les mains sur les cocottes quand ils passent sur des nids de poule.

C’est alors que je m’aperçois que les sacoches sont sous les yeux de nos coureurs tout simplement parce qu’ils sont privés de porte-bagage. Comment découvrir la France et toutes ses merveilleuses spécialités sans pouvoir charger la mule de souvenirs glanés au hasard des villages traversés ? Privés de garde-boue tout autant, ces pauvres forçats de la route ne peuvent échapper à leur triste sort. Sans garde-fou, le seul petit vélo qui leur échoira sera celui qui ne cesse de tourner à vide dans une tête protégée d’un casque seyant.

Enfourchement leur.

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