L'agonie du genre !

Une question désormais sans objet Voilà que notre bon ministre sort du bois et lance les directeurs pour tancer les mauvais sujets qui ont, par crédulité, suivi un appel au refus d'envoyer leurs rejetons dans nos écoles. Il va falloir accorder nos violons. Notre bonne administration va punir de 750 euros d'amende ceux qui ont eu un mouvement d'humeur alors que l'absentéisme ne cesse d'exploser. On doit se gausser dans les chaumières où l'idéologie a depuis longtemps laissé place à l'indifférence et à l'incivisme. 


Une question désormais sans objet

Rumeurs sur le genre : Peillon demande de "convoquer les parents" © Le Monde.fr

 

Voilà que notre bon ministre sort du bois et lance les directeurs pour tancer les mauvais sujets qui ont, par crédulité, suivi un appel au refus d'envoyer leurs rejetons dans nos écoles. Il va falloir accorder nos violons. Notre bonne administration va punir de 750 euros d'amende ceux qui ont eu un mouvement d'humeur alors que l'absentéisme ne cesse d'exploser. On doit se gausser dans les chaumières où l'idéologie a depuis longtemps laissé place à l'indifférence et à l'incivisme.

 

Il est vrai que le danger est bien plus grand. Nous avions affaire à des tenants d'un temps révolu qui souhaitaient montrer leur désarroi devant l'abandon du genre dans nos cours de grammaire. Il serait temps de leur dire la triste vérité ; il y a belle lurette qu'on n'accorde plus rien avec quoi que ce soit dans notre pauvre école …

 

Il serait temps de reprendre le fil de cette lamentable histoire. Tout a commencé avec l'arrivée de quelques élèves issus de cultures où le masculin et le féminin ne semblaient pas aussi facilement identifiables que dans notre bonne vieille langue. Il nous a fallu des astuces et des répétitions pour leur faire admettre que devant « ténèbres » par exemple , il fallait mettre « les» car la chose ne se conçoit qu'au pluriel tout en s'offrant les attributs du féminin. Devant autant d'opacité, beaucoup renoncèrent à ce savoir essentiel.

 

Nous avions ouvert la brèche dans laquelle allaient s'insinuer des êtres profondément individualistes, refusant à brûle-pourpoint de distinguer le singulier du pluriel. Ils firent nombre et nous dûmes reculer devant leur obstination à refuser le « x » à certains, et le « s » a beaucoup d'autres sous le fallacieux prétexte qu'ils étaient plus d'un.

 

Que l'union fasse la force et justifie l'emploi d'un pluriel, était bien une notion à caractère marxiste. Un souffle libéral dans l'orthographe demanda alors de passer outre ce concept obsolète. On créa ainsi des tolérances et l'école devint la maison close, désormais fermée à l'orthographe de nos anciens. Il fallait bien reconnaître que l'aberrant accord du participe passé, sous prétexte qu'un objet s'était glissé devant le verbe employé avec l'auxiliaire avoir, était d'une rare et dispendieuse complexité, exigeant en effet grande dépense en réflexions inutiles.

 

Les mêmes marxistes de la langue de remarquer à leur tour qu'un auxiliaire était un subalterne de second rang et que, dans une société idéale, il n'y aurait plus désormais que des égaux de plein droit. C'est là que le germe perça dans la mauvaise graine. Puisqu'égalité il y avait, il fallait abattre la dernière barrière qui se dressait devant la planification unisexe. Le grand bond en avant de la simplification de la langue exigeait qu'on mît fin à la domination sans partage du masculin sur le féminin.

 

Après le nombre, tombé au champ du déshonneur de notre inculture généralisée, le genre allait périr à son tour, les armes à la main. Plutôt que d'opter pour le port de délicates parenthèses afin de dissimuler le nom féminin à la concupiscence du nom mâle, on préféra abolir purement et simplement ces deux notions passéistes et le genre mourut de sa belle mort . C'est ce qui provoqua le courroux de quelques familles, encore trop entichées de ces terminaisons en « e » ou en « es », désinences féminines qui désormais n'auront plus la mauvaise idée de coûter des points à nos cancres décervelés.

 

C'est le grand choc de simplification si cher à notre bon président, qui semble, une fois encore, ne pas avoir été compris par une frange de plus en plus hostile à tout changement. Voilà le fond du problème et j'espère que ce rapide exposé vous aura permis de mieux saisir les enjeux de cette bataille dérisoire. Abandonnons une fois pour toutes ces « ils » ou ces « elles » qui ne sont plus qu'un lointain souvenir d'une grammaire dépassée. Le « on » fera bien l'affaire tant il est passé dans la pratique quotidienne. Il a le double avantage de se penser singulier tout en s'affirmant pluriel et comme nos chers responsables ont depuis fort longtemps choisi de nous prendre pour des « On », la boucle est bouclée !

 

Genrement leur.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.