La fée électricité

L’effet placébo pour tous nos maux.

Des déchets extrêmement durables ...

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C’est une affaire qui roule et qui ne tient plus qu’à un fil. La bonne fée peut aisément transformer un cheval de trait qui laisse derrière lui crottins et déchets en une magnifique bête de course pour vos achats en ville, sans faire le moindre bruit. On peut admirer le tour de passe-passe, d’autant plus que par un curieux stratagème, le kilowatt parviendra à coûter aussi cher qu’un plein d’essence.

Nonobstant, ils se tiennent tous la main, un ruban vert sur le cœur pour déclarer de concert que la bonne fée est l’avenir d’une humanité qui laissera derrière elle, non pas des déjections animales mais de la bonne matière radioactive, qui aura le mérite d’évoquer durablement notre civilisation aux générateurs futurs, pardon aux générations prochaines s’il en reste encore en vie. Des bus électriques donc nucléaires, il va en pleuvoir comme à Gravelotte. Et ce sera à la fin de la foire qu’on dénombrera les batteries hors d’usage, objets dûment fabriqués en Chine pour continuer le grand cirque de la mondialisation.

Pour ne pas être en reste et satisfaire toutes les bourses, tout ce qui roule sur une, deux ou trois roues prend en charge la délicieuse fée qui accélère les mobilités douces tout en marchant sur les pieds de ces irréductibles piétons qui s’obstinent à vouloir se déplacer gratuitement. Il conviendra du reste de leur mettre des bâtons dans les poux qu’on finira par leur chercher dans la tête. Le marcheur est une coupable entrave à l’évolution des adeptes de la mobilité nucléaire.

L’écho-logis est la nouvelle bâtisse de la fée. En prise directe avec le progrès, la bonne dame s’équipe de tous les ustensiles qui n’exigent qu’un bouton pressoir pour fonctionner. Adieu le moulin à légumes, le fouet ou bien encore la mandoline. Si dans nos rues, le silence sera la règle, dans les maisons, les appareils électroménagers continueront de faire grand bruit. Personne ne songe d’ailleurs à les remettre en cause, l’humain domestique ne doit pas fournir le plus petit effort, à l'instar du cycliste électrique.

L’environnement n’a nul besoin d’huile de coude ou de genou, produits pourtant qui ne sont pas dérivés du pétrole. Cet aspect là des choses est passé sous silence, la transition écologique n’est pas une révolution qui remettrait en cause nos manières folles mais un simple transfert des compétences du pétrole au nucléaire. La fée électrique de sa baguette magique transforme le plomb et le carbone en déchets radioactifs pour diminuer le taux de CO2 sans remettre en cause le dogme consumérisme. Quel prodige !

Merlin se désole. Il aurait aimé enchanter l’avenir en pensant un autre monde, un système qui cesse de courir, rouler, voler à sa perte. Lui n’a pas eu le plaisir de convaincre la fée électricité, petite cousine du Grand Capital. Le pauvre homme va se cacher encore un temps dans sa forêt de Brocéliande jusqu’à ce que le gouvernement ait privatisé les Eaux et Forêts. Il en sera alors fini de la nature dans ce pays qui restera atome et atone.

Si vous écoutez les sirènes, n’oubliez jamais qu’elles s’entraînent pour la prochaine alerte atomique, pas celle qui surviendra un mercredi à midi, mais la bonne, quand une centrale rendra l’âme et les vôtres avec. Tout ce joli montage pour remplacer le pétrole des Émirs par le noyau dur de la mort par radiation se moque des mirages d’un nouveau monde. Leur écologie est de pacotille, car elle entend reproduire sous une autre forme le vieux monde qui est en train de s’asphyxier.

Fondamentalement, ils ne veulent rien changer, ils ont simplement mis un peu de vert et de bio dans leurs dépliants. La fée électricité replacera l’or noir, Merlin et les tenants d’un monde naturel n’ont pas leur place dans leurs schémas de pensée. Ils veulent repartir pour un tour, la croissance toujours au bout de leurs formules magiques, celles qui profitent à quelques-uns et laissent le plus grand nombre en situation de domination, de dépendance et de conditionnement. Les prestidigitateurs ne font que changer de modèle sans rien remettre en cause de leur système mortifère.

Féériquement leur.

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