Le grand vide

Après la défaite électorale …

À B.R. et ses collègues

 

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J’ai ce matin une pensée émue pour ceux qui viennent de perdre un poste pour lequel, des années durant ils se sont échinés, oublieux alors de leur famille, de leurs loisirs, de leur repos. Ils œuvraient en ayant totalement le sentiment d’agir pour le bien de tous, sans mesurer ni leur peine ni leur temps, en offrant aux autres, le meilleur d’eux-mêmes. Qu’importe leurs options politiques, ils furent alors pris dans le tourbillon de la fonction, oubliant souvent de tenir la ligne officielle pour se rendre utile à chacun.

J’évoque non pas ici les têtes de liste et les premiers rôles dont je doute parfois de la sincérité, mais bien de ces seconds couteaux sans lesquels rien ne serait tout à fait pareil. Ceux-là ont été d’un dévouement extrême, aveugles sans doute aux errements de leur mentor, ce qui ne leur permit jamais de tirer la sonnette d’alarme avant le grand coup de gong fatal.

Ce matin, leur existence se vide soudainement. Il n’y aura plus d’action, plus de représentation, plus de réunion, plus d’obligation. Tout s’achève alors qu’ils voulaient encore continuer à porter à bout de bras la destinée de leur commune. Ce trou béant dans l’emploi du temps des prochains mois est une épreuve redoutable. Je l’image aisément moi qui connut comme entraîneur les affres du limogeage, passage devenu presque rituel des carrières sportives.

Soudainement vous n’êtes plus rien. Pire encore, des dos se tournent, des gens que l’on pensait être des amis n’étaient en fait que des solliciteurs, des quémandeurs, des personnes intéressées. Le plus redoutable étant ce temps d’une immense vacuité qui s’impose à vous là où vous étiez dans l’agitation permanente. C’est un gouffre dans lequel on s’engloutit jusqu’à perdre pied et âme.

Il faut alors trouver au plus vite des dérivatifs, des activités de substitution sinon c’est la lente plongée dans le marasme intérieur, la déprime et plus encore. Tout l’édifice patiemment construit s’effondre qui plus est dans un grand fracas qui réjouit ceux qui voulaient votre place, ceux qui pensaient du mal de vous sans jamais le montrer vraiment, ceux qui ne sont jamais contents et qui sont de loin les plus nombreux. C’est non seulement une claque mais une succession de coups dans le dos, de remarques acerbes, de sourires narquois. Vous vous trouvez soudainement cloué au pilori, abandonné à la vindicte populeuse.

C’est à eux et en particulier à quelques personnes dévouées dont le seul tort fut de se tromper de cheval que je pense aujourd’hui. Je leur adresse mes sincères encouragements pour que la défaite du jour soit suivie d’un rebond demain. Je leur offre mes pensées émues pour qu’elles sachent que le monde ne s’arrête pas sur une défaite électorale ou sportive même si sur le coup, le ciel vous tombe sur la tête.

Du vide, il convient de bâtir un nouveau rêve tout en se promettant de ne pas se préoccuper de ce que font ceux qui vous ont privé de votre cher jouet. Leur laisser les mains libres en dépit des frustrations légitimes, des doutes inévitables, des désaccords certains, c’est une garantie de mieux vivre ce qui est suffisamment douloureux pour qu’il ne soit pas nécessaire d’en rajouter.

J’invite donc les battus de la campagne qui s’achève à venir partager avec moi une balade contée sur les quais, pour évoquer le passé glorieux et légendaire de cette cité pour laquelle vous avez tant donné. Vous profiterez ainsi de cette distance historique qui nous rappelle sans cesse à l’humilité. Nous ne sommes que si peu de chose dans ce grand théâtre de l’histoire. Profiter des explications d’un personnage qui n’est rien qui vaille vous remettra sans doute les idées en place.

Rendez-vous mardi 7 juillet à 18 h devant le bateau lavoir pour un voyage dans le passé de la cité ligérienne. Prévoyez des chaussures pour marcher sur le pierré. Il a été conçu pour des ânes bâtés de mon espèce ! Ceci échappe naturellement au programme officiel de la ville et de son office de tourisme.

Invitationnement vôtre.

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