La balance bénéfice-risque.

Le fléau de la novlangue.

Question d'équilibre

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J'avoue parfois ne plus rien comprendre au jargon usité par des sommités de l'élite intellectuelle de cette nation même si j'en perçois les redoutables intentions. Que peut bien faire une balance ici, une sorte de « lèse-personne » pour adoucir l'éventualité d'un risque purement individuel ? Nous entrons ainsi dans une véritable rupture idéologique, loin de la théorie précédente du principe de précaution.

Il y a peu, un seul d'entre-nous aurait été mis en danger par une substance quelconque et la machine s'emballait pour bannir à jamais ledit produit, rangé dans la catégorie des nuisances définitives. La personne était alors placée au cœur d'une idéologie fondée sur l'individualisme à outrance, le « Moi d'abord, les autres après ! »

Puis soudainement, un basculement s'est opéré sur la fameuse bascule médiatique qui a fait des bonds de géants avec la fameuse crise dont on ne sait plus si elle est salutaire, sanitaire ou délétère. Nous redevenons des êtres sociaux inscrits dans une collectivité humaine qui nous dépasse et pour laquelle nous avons à rendre des comptes tout autant qu'à tenir des engagements.

La susdite bascule ne serait-elle pas qu'un simple Culbuto nous renvoyant à notre statut archaïque de membre indifférencié d'une vaste tribu. Le « Moi, je » soudain révolu pour retrouver l'éternel « Nous, on » des temps anciens. Tout cela serait une formidable nouvelle si le terme bénéfice ne venait pas insinuer un terrible doute.

Pour qui sont ces bénéfices faramineux que la période actuelle ne cesse d'engranger dans quelques cassettes mystérieuses. Le pognon de dingue va bien quelque part, dans des officines hideuses qui n'ont quant à elle aucune idée des équilibres financiers. Leur bascule penche toujours et pour longtemps dans leurs mains avides.

Le fameux risque qui pèse non sur la bascule mais sur les individus échappe à leur empathie. Ils ne vont pas abolir leurs bénéfices pour sauver les plus pauvres, les plus isolés, les plus en difficulté. Ils ont même aboli le risque pour eux en imposant leurs produits au détriment d'autres venus de nations peu recommandables selon des normes qui n'ont rien de sanitaire.

La bascule bénéfice-risque affole les compteurs de la balance commerciale. Elle se moque de toute forme de moralité tandis qu'elle se pare d'un prétendu intérêt général. Elle est la plus extraordinaire expression de l'inhumanité du système néo-libéral qui ne prend aucun gant pour piller les trésors publics au profit d'actionnaires adipeux qui ne rêvent que d'aller faire un tour dans l'espace.

Autre phénomène qui relève véritablement de l'épidémie se manifeste dans le succès des formules toutes faites comme celle-ci pour noyer le « poison ». L'expression tourne en boucle, est assénée par de doctes savants de plateaux, est reprise par des ministres qui obéissent stupidement à l'air du temps, démontrant qu'ils se contentent de n'être qu'une chambre d'écho. Puis le bon peuple, agglutiné devant les chaînes infos se gargarise à son tour de la belle formule.

Nous en avons vu défiler des éléments de langage aussi creux que désastreux. Ils n'ont pour seul objectif de nous contraindre à n'être plus qu'une masse bêlante, obéissante et incapable de penser par nous-même. Cela relève de la manipulation mentale, du conditionnement de masse, de la sidération. Les mots bien arrangés sont censés résoudre nos maux et non donner à comprendre des situations qui nous échappent.

La politique de communication ne vise qu'un seul but : « Rendre totalement inintelligible la situation actuelle dans sa complexité en mettant en avant des slogans simplistes, des formules creuses et le plus souvent porteuses d'insidieux travers sémantiques. Prenez garde à ne pas tomber dans le panneau.

Sémantiquement leur.

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