Se faire tirer l’oreille.

Il n’est pire sourd …

Que l'âne qui ne veut rien entendre !

a1

 

Il fut un temps où des maîtres qu’on disait bienveillants, dans un souci louable voulaient que leurs élèves ne rentrent pas à la maison l’oreille basse. C’est ainsi que dès qu’un enseignant percevait un léger fléchissement de l’attention, il n’hésitait à pas relever le niveau par une virile élévation de l’organe défaillant. Écouter en classe était alors la clef de voute de la pédagogie de l’enseignement magistral.

Le bouche à oreille mettait son mouchoir sur cette pratique douteuse, chacun savait parmi les cancres que se plaindre auprès de ses géniteurs était la garantie de récolter une autre récompense. La paire de claques venait immanquablement réchauffer celui des organes qui avait connu la main du maître tandis que l’autre par solidarité sans doute, héritait d’un retour qui faisait la paire.

D’autres plus chanceux, se voyaient coiffés d’un bonnet d’âne, le pédagogue ayant renoncé à monter aussi haut le bout de l’oreille de celui dont il ne pouvait rien tirer. Paradoxalement quand l’adulte renonçait à dresser le chenapan, il élevait un mausolée sur ce crâne qui sonnait trop creux à son goût. Seuls les ânes auraient pu s’élever contre l’usage abusif de leur image, mais nul animal ne fut jamais consulté à ce propos.

L’oreille aux aguets, le bon hussard noir de la République voulait entendre voler une mouche dans sa classe quand les élèves tiraient la langue sur un devoir. Mettre ainsi dans un coin un âne putatif c’était prendre le risque de s’entendre dire que les murs ont des oreilles, deux en la circonstance, à l’affût du moindre murmure. C’est ainsi que le banni ne faisait jamais la sourde oreille quand un de ses condisciples émettait un petit bruit.

Le proscrit intrigué ou amusé pointait alors le bout de son oreille pour attirer l’attention de ceux qui planchaient sur un problème délicat de trains qui finissent toujours par se croiser en dépit des circonstances. La classe toute entière se remettait sur les rails de la raillerie, le rire fusait sous cape et l’intransigeant censeur prenait sa badine pour cingler quelques croupes.

C’est ainsi que le savoir entrait dans les têtes, dans l’acceptation contrainte d’une discipline de fer. Il n’était pas question de chauffer l’oreille de ce digne représentant du ministère de l’instruction publique. Il était perché sur son estrade, sorte de mirador pour des élèves qui ne devaient pas bouger les deux oreilles ni même dormir sur elles.

Les garnements étaient mâtés, les cancres châtiés, les étourdis secoués, les bons élèves n’échappaient pas à la distribution au nom d’un principe d’équité qui était gravé au fronton de l’école. Pour ce faire, le bon maître n’hésitait pas à rebattre les oreilles de ses élèves de ses sempiternelles remarques, remontrances et leçons de morale. En fin de journée, à ce tarif, les gamins rentraient chez eux, les oreilles sifflantes, ignorant que les parents allaient remettre le couvert à leur tour.

La pédagogie a évolué, les méthodes modernes ont eu l’oreille des autorités puis des enseignants bardés de diplôme. Les élèves ont cessé d’être la cible de cette pédagogie de la contrainte et de la menace. La pédagogie s’est faite active, naturelle, différenciée, institutionnelle, démocratique, douce ou positive. Les résultats ne sautent pas aux yeux de ceux qui en jugent les effets. Ceux-là ne veulent pas le croire, le niveau aurait-il baissé à ce point ?

Ceux qui ne l’entendent pas de cette oreille finiront tôt ou tard par prendre en main l’éducation de leurs rejetons. L’école à la maison est leur ultime espoir pour échapper à l’effondrement d’une éducation Nationale en pleine déconfiture avec l’assentiment d’un pouvoir qui n’entend pas les cris d’alarme de ceux qui veulent lui mettre la puce à l’oreille.

Auriculairement vôtre.

a0

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.