Certains sont ce que vous en avez fait.

L’indignation sélective.

Le mépris est si commode pour éviter de se poser les bonnes questions

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Les bien-pensants se désolent, les corps constitués s’insurgent, les médias s’interrogent, les élus s’étonnent, les nantis s’exaspèrent, la droite se frotte les mains, la gauche y perd son latin ; les gilets jaunes mettent l’intelligentsia en émoi. Dans les rédactions on se plait d’ailleurs à faire tourner en boucle les exactions, les dérapages verbaux, les propos insupportables qui malheureusement, se passent ici ou là tandis que la plèbe, l’odieuse plèbe, exprime son mécontentent et sa colère à des élites, incapables désormais de les entendre alors que jusque là, les privilégiés se contentaient de ne pas sentir les gens de peu.

L’accusation tombe bien vite. Ces pauvres types sont instrumentalisés ! Il est vrai qu’à force de vouloir transformer les citoyens d’abord en modestes sujets qui deviendront bien vite de simples valets, les puissants ne peuvent admettre que les sous-couches de cette société qu’ils ont patiemment façonnée selon leur désir et leurs intérêts, puissent penser et agir de par elles-mêmes. Il faut nécessairement que quelqu’un ou bien un gourou quelconque souffle sur les braises.

Il est vrai que cette pensée est le fruit de tant d’années de nivellement par le bas, orchestrée et voulue par ceux qui dirigent le pays et ceux qui partagent leur idéologie. Il y avait tout à gagner à mettre en panne l’ascenseur social, abrutir les masses à coups d’émissions de télévision stupides, de casser l’école et la culture de masse. Tout a contribué à créer de sous-individus, incapables de s’exprimer dans un français convenable et d’élaborer une pensée cohérente. C’est du moins ce qui se murmure dans les beaux salons.

Comme chacun sait, la faiblesse du lexique pousse le plus souvent à choisir la violence. Quand les mots manquent, les poings prennent le relais de l’expression. Que certains succombent à cette facilité n’a rien d’étonnant d’autant plus que c’est précisément ce qu’attendent leurs pourfendeurs nantis, gavés à la bouche pleine d’anathèmes. Si à cette expression maladroite de la colère on ajoute l’étiquette fascisme, tout le monde peut se réjouir parmi les intellectuels condescendants.

D’autres encore sont responsables, à commencer par les Enseignants qui n’ont rien pu faire depuis quelques décennies pour contrer la terrible baisse du niveau et l’incroyable augmentation des incivilités. Les dégâts des Champs Élysées ne sont que la continuité de cette perte des valeurs du vivre ensemble qui ruine notre tissu social et qui trouve ses prémisses dès la communale. Le sentiment d’impunité continue de se construire par la suite tant la justice, débordée et la police, impuissante, ne peuvent donner réponse à chaque infraction.

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Cependant, il convient de préciser que cette violence réelle n’est que le corollaire d’une violence plus sournoise, bien plus forte encore, gonflée des inégalités et du mépris, des injustices et des mensonges que supporte un peuple devenu la variable d’ajustement pour le confort des privilégiés. La violence est d’abord dans le camp du pouvoir et les réponses que les beaux esprits déplorent ne sont qu’une réplique maladroite certes mais légitime dans un contexte devenu irrespirable, insupportable, inacceptable. Jamais société plus inégalitaire ne s’était prétendue démocratique alors qu’elle est de fait l’expression d’une dictature de l’argent.

Alors, continuez de dénigrer les gilets jaunes en les mettant tous dans le même panier, en les confondant fort opportunément avec les quelques moutons noirs égarés qui ternissent leur Jacquerie légitime. Votre condescendance vis à vis du peuple réel est à l’image de votre cécité face à leurs difficultés. Vous ne savez rien d’eux, vous n’êtes même pas en mesure d’imaginer la vie avec un SMIC ou un minima social. Cela dépasse totalement votre capacité de compréhension, vous qui êtes à l’abri de tout et surtout de l’humanité et de la pitié.

Leurs manières vous déplaisent, leurs actions vous horripilent, leurs paroles vous irritent, leurs tenues vous repoussent. Ils sont la Cour des Miracles à vos yeux de nantis, de privilégiés, de préservés des affres de l’existence. Continuez donc de les insulter, de les mépriser tout comme ce chef de l’état totalement incapable d'empathie pour les humbles. Ne soyez pas surpris qu’un jour, quelques têtes se mettent à tomber.

Vous allez les pousser à bout par vos anathèmes verbeux. Oui les insultes racistes sont inacceptables, oui, les émeutes ne sont pas dignes mais, pourquoi vouloir à tous prix résumer ce mouvement à ces quelques dérapages ? Je me demande bien si votre bonne conscience est suffisance ou bien folie, fuite en avant ou bien égoïsme scandaleux. Vous vous appropriez le droit de penser juste et vous les condamnez sans appel à celui d’agir de travers d’autant plus aisément que vous vous prévalez de cette gauche perdue qui a justement aboli le peuple.

Consternement vôtre.

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