Au café de l’union

Le lieu où l’on cause

Le Veurdre

 

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C’est au Veurdre que le dimanche matin, la Chavannée vient faire son grand chahut. Avec l’ami Georges, nous avons pris les devants pour nous poser quelques instant dans ce café à l’ancienne, un bistrot où chacun se connaît, s’apostrophe, se lance des piques et des répliques qui fleurent bon l’authentique. Ici, on est tout autant auvergnat que bourbonnais avec un verre de petit gris à la main.

Tout commença par une maladresse de Georges qui critiqua le cadrage d’une photographie accrochée au mur. Malheur à lui, celle qui avait pris le cliché n’était autre que la patronne, Nathalie, qui vint lui dire deux amabilités, comme il semble être de coutume dans ce troquet au verbe haut. La glace était brisée, nous pouvions nous attabler pour un bon moment.

Au comptoir, le blanc devant lui, la voix qui sonne comme un tonnerre, une casquette rouge vissée sur la tête, une trogne sympathique en dépit de ses propos d’ancien blouson noir, Gérard tonne, lance des propos acerbes vis à vis de la maréchaussée et des canailles qui nous gouvernent. L’homme est un berrichon pure souche, le propriétaire d’un âne, un sujet qui nous permit d’entrer en conversation.

Gérard a l’intention de quitter le pays, de vendre tout son bien afin de partir à Hong Kong. Sa dernière épouse est de là-bas. Il a envie de sortir du carcan administratif dans lequel il a le sentiment d’étouffer. Il est évident qu’à l’entendre vitupérer contre tout ce qui peut nous mettre sous surveillance, l’homme est un joyeux anarchiste.

Il a fui la région à dix-sept ans au guidon de sa Flandria, une mobylette qui à l’époque, se prenait pour une motocyclette, avec ses quatre vitesses et son bruit aigu. C’est du côté de Cosnes sur Loire qu'il posa son inséparable cran d’arrêt, son blouson de cuir et sa grande gueule. Il s’est retrouvé employé dans une filature, gagnant sa vie tout autant qu’il la brûlait par les deux bouts.

C’est surtout ce sujet qui revient de temps à autre dans sa conversation. L’homme est truculent et la fréquentation des ânes ne lui fait pas seulement dresser les oreilles. Autour de nous, les quelques clients s’esclaffent, on aime la grivoiserie en ce beau pays. Pourtant la gravité s’installe bien vite dans notre conversation quand on évoque l’état de nos rivières et du climat.

Le sable, l’Allier, la pollution, les barrages, le cours de nos rivières deviennent alors des sujets sérieux. Gérard change de tout au tout, il est convaincu, il explique, il se fait grave. Autour de nous, il en va de même. Même si l’Écologie n’a pas forcément bonne presse à la campagne, nous devinons que pour tous, le respect de la nature et de nos deux rivières : la Loire et sa sœur jumelle sont les sujets principaux d’inquiétude.

J’aime ce passage du léger au sérieux. Le café de l’Union devient ainsi tribune politique. Les propos tenus sont bien plus pertinents que ceux qui volent dans notre parlement. C’est là qu’il faudrait certainement venir sentir le pouls du pays. Pourtant Gérard et ses amis ne sont pas dupes, ce qu’ils pensent n’a que peu d’importance pour ceux qui nous gouvernent.

Alors, notre ami reprend ses pirouettes. Un bon rire et tout redevient comme au début. Il faut paraître léger pour ne pas se désespérer d’un monde qui va droit dans le mur. Gérad est un sage, il reprend un verre et noie son inquiétude sourde dans ce délicieux petit blanc de Riousse. On trinque et on oublie les fâcheux, ceux qui insultent notre avenir commun.

L’assemblée ne cesse d’aller et venir. Chacun vient prendre son petit ballon, ici la vie demeure légère en dépit de la gravité des temps. Thierry derrière son bar demeure imperturbable. Partage-t-il les opinions de ses clients ? Le commerce impose de la retenue. Il reste silencieux tandis que les plaisanteries fusent à nouveau.

Si vous voulez retrouver Gérard et ses facéties, dépêchez-vous de passer au Veurdre avant qu’il ne parte à Hong-Kong. N’oubliez pas de lui offrir un verre, ce sera le signal. Vous lui parlerez de ce billet, il éclatera de ce rire communicatif qui enchantera votre passage dans ce café comme autrefois.

Chavannement vôtre.

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