De la descente en général

Pour vous remonter le moral

Un petit remontant ?

 

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À force de descendre en flèche la classe politique, il m’appartient de me pencher sur ce gouffre qui me sépare de ceux qui nous prennent de haut. C’est sans doute ce qui me pousse à tendre une jambe mesquine en travers de leur chemin, afin qu’il goûte au plaisir de se ramasser. Mais là n’est pas la question, les virtuoses de la bicyclette, dévalant le Galibier, m’incitent à leur tour à dérouler en roue libre tous les possibles de cette activité aux multiples facettes.

Le ligérien que je suis ne peut pas débuter ce tour d’horizon sans commencer par me jouir pleinement et sans effort du sens du courant. Cette descente là se nomme avalaison, un joli mot qui n’incite pas à la modération sur cette rivière à vins. Il convient de ne pas se laisser aller sans garder l’œil aux pièges qui se mettent en travers d’un parcours qui n’a jamais de repos.

À vrai dire, la descente de l’ivrogne notoire implique en elle-même bien des dérives et des travers. Avec ou sans verre à pied, notre buveur file un mauvais coton qui peut très vite le conduire tout droit en enfer. Voilà une acception du terme qu’il convient de repousser pour ne pas trinquer dans l’existence.

La police aime à pratiquer la chose, en bande pour frapper les imaginations tout autant que prendre au dépourvu ceux qui sont en ligne de mire. Ce n’est jamais en vain que la troupe surgit ainsi, jouant de l’effet de surprise pour remonter les bretelles à quelques malfaisants qui finiront dans des cachots de basses-fosses. On comprend mieux ainsi le choix de la formule.

La descente d’organe n’a quant à elle rien de drôle. Il ne s’agit plus alors de prendre des vessies pour des lanternes rouges. Le redoutable prolapsus ne trompe pas son monde, son acception médicale atteste de sa gravité tout autant que de sa dimension taboue. L’évoquer ici c’est considérer qu’il convient de remonter le moral à celles qui en sont les victimes.

La descente peut être chromatique ou fatidique même s’il n’y a véritablement aucun rapport entre le virtuose et le tueur à gage à moins que la marche funèbre rassemble ces deux activités. Pour peu que des violons soient dans le coup, nous pourrions même y établir un rapport de cause à effet tiré par les cheveux.

Si la descente est souvent une épreuve sportive prisée des amoureux de la vitesse, elle est à contrario une douleur psychologique quand elle vous conduit dans les profondeurs de la dépression. Si dans le premier cas, finir le premier tout en bas, est le but ultime, c’est malheureusement le risque tant redouté dans le second. Il est donc des descentes beaucoup moins recommandables que d’autres.

La descente de rein est quant à elle celle qui suscite le plus grand consensus. Personne ne la regarde d’un mauvais œil et beaucoup y prennent même un malin plaisir. Pour peu que cette admiration ne se fasse que du regard, vous ne risquerez pas de tomber sous les flèches, non de Cupidon, mais de celles de la bonne moralité. L’évoquez ici, c’est d’ailleurs assumer l’éventualité de remarques acerbes de féministes impitoyables.

Je ne saurai pourtant pas passer à côté de descentes qui élèveront le débat. Pour l’architecte, une descente est un tuyau qui emporte les eaux d’un chéneau jusqu’au pavé, celui que je lance dans la marre en rappelant mon sujet favori. En effet, il est aussi une descente que vous repousserez d’un geste méprisant ; c’est encore la chausse ou poterie qui évacue les excréments du siège de commodité jusqu’à la fosse d’aisance. J’en vois qui se pince le nez.

J’ai peut-être fait fausse route en évoquant cette descente. Le sujet peut vous rester en travers de la gorge. Je n’en disconviens pas. Laissez donc glisser vos remarques acerbes sur ce modeste article qui ne me mènera nullement aux sommets de la pensée. Je ferai mieux d’aller me coucher, de retourner à ma descente de lit. Réussir sa chute avec un tel sujet s’avère excessivement compliqué à moins de soigner la phase terminale tout autant que l’atterrissage final d’un texte pour lequel je m’y suis pris comme un manche.

En ayant fini des effets secondaires de mes produits hallucinogènes, le choc est terrible à la relecture en pleine descente. Mon retour à l’état de conscience ne peut se satisfaire d’un tel salmigondis indigeste. Qu’importe, je me ferai descendre une fois de plus, je dois avouer que j’aime ça.

Remontement vôtre.

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