Rue des trois moulins

Histoire d'Eau

La précarité au fil des flots.

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Ce qu'il advint à madame Do est une histoire qui n'en finira jamais de faire couler beaucoup d'eau sous les ponts. Il est parfois des situations qui se jouent des coïncidences et qu'on pourrait juger drôles si de braves gens, à l'instar de cette brave femme, n'en faisaient pas les frais. C'est ainsi que cette curieuse aventure, mérite de vous être narrée au fil des mots et des flots. Qu'un proverbe puisse prétendre que plaie d'argent n'est pas mortelle, atteste sans nul doute que son auteur disposait autour de lui de connaissances en mesure d'échapper aux naufrages des dettes et des créances. Ce n'est hélas pas le cas de tout à chacun.

Madame Do avait tout pour être heureuse jusqu'alors puisqu'elle attendait impatiemment un heureux événement. Elle a sans nul doute en tête l'arrivée de son premier bébé qu'elle compte accueillir dans les meilleures conditions ce qui la pousse à quelques dépenses qu'elle ne peut payer en liquide. Dans l'euphorie de la naissance à venir, elle s'endette inconsidérément diront les gens qui sont à l'abri du besoin. Elle contracte des emprunts à la consommation omettant concomitamment de payer son loyer. Une cascade de désagréments qui seront vite oubliés quand l'enfant arrivera. C'est du moins ce qu'espère cette brave femme.

Hélas, quand on demeure rue des trois moulins on peut tout craindre d'une brusque montée des eaux, la roue de l'infortune en somme quand on n'a pas assez de grains à moudre. La rivière se moque des échéances humaines, elle déborde au plus mauvais moment, contraignant la malheureuse à trouver un refuge pour rester les pieds et surtout le ventre au sec. La région ne disposant pas d'une grotte où même d'une étable où s'établir, c'est tout naturellement vers un hôtel que la mènera sa bonne étoile

Elle espère alors en avoir fini des ennuis quand elle reçoit une mise en demeure (elle qui n'a justement plus de chez elle, les expressions ont parfois la fâcheuse tendance de remuer le couteau dans la plaie) de payer ses arrières de loyer. Le coup est rude, elle en perd les eaux ce qui pour une naufragée des inondations est un comble. La voilà prise au dépourvu, ne sachant où trouver refuge avec son bébé à son retour de la maternité.

Sa situation critique émeut des bénévoles d'une association familiale qui s'empressent d'éponger les dettes et les débordements. La roue tourne enfin du bon côté, la dame et son enfant étant placés sous l'aile protectrice de ces bons samaritains. Son dossier est épluché, des éléments donnent du grain à moudre à ces anges gardiens, son cas sera réexaminé par une commission ad-hoc avec un capitaine bienveillant à sa tête pour que sa situation puisse être remise à flot.

Forte de ses soutiens, madame Do peut retrouver le sourire, se refaire un peu et s'embarquer pour une nouvelle aventure. Il n'est pas certain qu'elle revienne rue des trois moulins, les bons comptes ne font pas toujours les bons épilogues. Elle ira où le vent la mène, préférant certainement se mettre à l'abri de la colère des eaux. Elle évitera de revenir Rue des Trois Moulins, le poivre lui ai monté au nez en ce lieu par trop aqueux.

L'enfant se porte à merveille, c'est un garçon qu'elle a cru judicieux de prénommer Noë. Qui osera lui en faire reproche ? On peut se louer du reste que la dame connaisse la mythologie et en use fort à propos même si jusqu'alors elle avait été, ce qu'on a coutume d'appeler : « un panier percé ». Gageons que désormais, elle saura colmater les brèches, éviter les avaries et les fuites d'oie afin de mettre sur la bonne voie celui qui fut cause indirectement de cette histoire.

Cette anecdote m'a touché car notre rescapée, grâce à ces bienveillants bénévoles, n'a pas sombré dans les travers qui menacent toujours dans pareil cas. Elle a pu repartir du bon pied et c'est bien là l'essentiel. Une association m'a demandé de la narrer à la manière marinière, j'ai fait au mieux pour satisfaire cette lettre de mission.

Innondement sien.

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