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CONFINEMENT OU PAS, DE-CONFINEMENT, FINEMENT-CON ?

 

Pour lutter contre le Covid 19 nous avons choisi le confinement. C’est un choix qui présente les avantages que l’on connait mais aussi des inconvénients.

Les pays où l’isolement est total comme la France, l’Espagne et l’Italie sont ceux qui ont aujourd’hui le plus de décès. Le choix de l’isolement s’est imposé car nos capacités d’accueil des cas graves dans les services de réanimation ont été drastiquement réduites par soucis de rentabilité. Ce confinement permet d’éviter leur engorgement. C’est surement la vraie raison de ce choix mais il présente en contrepartie, l’inconvénient d’empêcher la propagation du virus ; or, la fin de la pandémie correspond à une transmission du virus à 60% de la population.

Le choix est discutable mais nul ne peut prédire l’avenir. L’important est d’avoir l’adhésion de la majorité de la population et pour cela, il faut que nous comprenions, et pour comprendre, il faut nous expliquer. Nous pouvons nous interroger sur la capacité qu’ont les hommes politiques à mentir et à ne jamais reconnaitre qu’ils ont tort. Il aurait été si simple et si digeste pour nous que l’on nous dise : « Nous avons fait l’erreur depuis des années de baisser le budget de la santé, ce qui nous oblige à choisir le confinement par défaut », au lieu de nous saturer le cerveau de peur et de culpabilisation.

Pour la  grippe saisonnière, le confinement pour les gens malades se fait naturellement : on reste au lit une semaine, les personnes en bonne santé continuent de vivre, le virus passe d’un individu à l’autre sans qu’ils s’en aperçoivent, puis l’épidémie se tarit naturellement. Même si nous n’adhérons pas à ce choix moyenâgeux, nous nous y soumettons par solidarité.

Le confinement présente des risques, car à  long terme, il risque de baisser l’immunité des gens en bonne santé et, au moment du dé-confinement, d’augmenter le nombre de décès. Car, quand nous en sortirons, non seulement, nous n’aurons pas eu de contact avec le virus, mais en plus, nous serons immunitairement déficients, ce qui pourra provoquer une seconde vague très meurtrière.

Heureusement, on peut s’y préparer en comprenant le mécanisme du stress du confinement.

Le terme de stress a été introduit en médecine et en biologie par le Canadien H. Selye. Il en a donné la définition suivante : « C’est la réponse non spécifique de l’organisme à toute demande qui lui a été faite ». En 1936, il a d’abord décrit un certain nombre de modifications organiques touchant un animal soumis à un agent agressif physique ou toxique. Mais très vite, il a montré qu’une contrainte psychologique (par exemple l’immobilisation non traumatique du rat) pouvait produire les mêmes effets. Le stress, conséquence à court et à long terme d’agents psychosociaux que le sujet ne peut contrôler, est caractérisé par diverses manifestations principalement neurovégétatives et endocriniennes.

Cette sensation a quelque chose de désagréable - « dystress » - et de nocif dans ses conséquences. À cette détresse vient s’adjoindre la notion inverse de « l’eustress » qui représente la bonne réponse au stress.

Le modèle actuel du stress s’appuie sur le « syndrome général d’adaptation ».

La notion d’adaptation est essentielle car un confinement est un événement stressant qui nécessite une adaptation. Cet événement est nouveau non seulement pour nous, mais aussi pour notre pays et pour l’humanité, ce qui majore son pouvoir stressant.

Si on codait le niveau de stress de 0 à 10, le stress consécutif au confinement serait noté « 10 + ».

Au stress découlant du corona virus s’ajoute le stress des médias qui nous gavent de drames individuels et de mauvaises nouvelles alimentant chaque jour la peur. De plus, comme si cela ne suffisait pas, on nous soumet à la terreur de la police, des amendes et maintenant, de la prison.

Le syndrome général d’adaptation (SGA).

Il y a stress quand il y a SGA et on considère tout agent qui provoque un SGA comme un « stresseur ». Le SGA représente toutes les modifications non spécifiques, c'est-à-dire indépendantes du type de stresseur, qui se développent dans l’organisme au cours de l’exposition aux stimuli.

Il touche tout l’organisme et se traduit par un ensemble de modifications biologiques responsables de différentes manifestations symptomatiques fonctionnelles et organiques.

Il évolue en trois phases :

1- Une phase d’alarme

2- Une phase de résistance

3-Une phase d’épuisement

 

1 La phase d’alarme

C’est une période aiguë de réception du stimulus stresseur. C’est une phase d’urgence qui est responsable de grandes modifications physiologiques. L’accélération du cœur pour envoyer le sang en périphérie, l’approfondissement de la respiration pour sur-oxygéner l’ensemble du corps, la dilatation des pupilles et surtout, l’augmentation des globules rouges et des lymphocytes, phénomène essentiel dans un stress touchant notre santé, car les lymphocytes sont des agents importants de nos défenses.

Toutes ces modifications s’installent en quelques secondes ou en quelques minutes. Nous possédons un système de réponse très compliqué dont nous ne connaissons qu’une infime partie. Quand une information arrive, elle passe par le cerveau qui grosso modocide, puis il transmet l’ordre à deux glandes (hypophyse et hypothalamus) qui matérialisent cet ordre et l’envoient aux glandes périphériques (surrénales, par exemple) qui elles-mêmes  répercutent cette décision aux organes, viscères, muscles et vaisseaux via une transmission nerveuse et hormonale (notamment, par la cortisone).

Un peu à l’image d’un pays où le chef de l’État (le cerveau)cide le confinement, le gouvernement joue le rôle de l’hypophyse et de l’hypothalamus ; les préfets et autres maires (glandes périphériques) transmettent les ordres à la région qui leur est dévolue ; les organes, vaisseaux, viscères (police, soignants, militaires) font exécuter tous les ordres et les milliards de cellules du corps (le peuple) exécutent et subissent ce confinement. Le problème survient lorsque l’ordre de départ n’est pas le bon !!

C’est l’image de l’homme des cavernes dans sa grotte qui voit arriver un tigre : tout son organisme se met en préparation pour pouvoir réagir, soit en se défendant, soit en fuyant. C’est cela la phase d’alarme. Un sprinter dans ses starting blocks est en phase d’alarme.

 

2-Une phase de résistance

L’agression est controlée, elle correspond à l’adaptation de l’organisme au stress. Cette phase de résistance correspond à une action : fuite, agression, etc.

 

3-Une phase d’épuisement

Elle survient si la réaction d’alarme est exceptionnellement subite ou intense ou si l’alternance entre phases d’alarme et de résistance se répète trop souvent (c’est ce que l’on vit dans une période de confinement) ou si le stress est permanent comme nous le subissons aujourd'hui.

Il se produit une baisse des hormones sur-utilisées, nous ne pouvons plus réagir : c’est la phase d’épuisement.

Elle entraine un effondrement de notre immunité et nous entraine dans la catégorie des  personnes dites « à risque » (personnes âgées ou ayant une immunité déficiente à cause d’une maladie préexistante) sur lesquelles le virus aura un impact beaucoup plus important.

C’est comme si on posait une flèche sur un arc et qu’on le bandait, sans lâcher la corde ; on finirait par s’épuiser à rester dans cette tension permanente : c’est ce que l’on ressent dans un confinement.

Un reportage télévisé décrivait la vie d’une famille confinée, on y retrouvait les trois phases décrites par Selye.

Une première phase d’excitation où tout est nouveau, où les enfants ne vont plus à l’école : c’est la phase d’alarme ; puis une phase d’organisation, on joue, on trouve des occupations : c’est la phase de résistance ; et enfin, ils décrivent qu’ils ne font plus que subir et là, c’est la phase d’épuisement. C’est là tout le danger du confinement.

Finalement, les travaux de Laborit ont montré le lien entre stress et immunité. Ces expériences imagent bien l’état de confinement.

Dans ses expériences, il a isolé un rat dans une cage (et oui les pauvres bêtes, on les malmène bien avec nos expériences) puis a déclenché un stress par un stimulus qui pouvait être sonore ou tactile. Le rat sécrétait alors divers hormones (adrénaline, cortisone principalement) qui entraînaient trois types de réactions :

1- on lui ouvre la cage et il s’enfuit ;

2- on fait entrer dans la cage un autre rat et et il se bat ;

3- on ne fait rien et le rat n’a aucune action. Cette phase s’appelle l’inhibition de l’action. Le « non agir » des bouddhistes, qui a du sens quand il est choisi. 

Les deux premières réactions permettent d’utiliser les hormones produites alors que dans la dernière, les hormones s’élèvent sans utilisation. Si cette phase-là se répète, les réserves d’hormones vont baisser pour finir par disparaitre : c’est la phase d’épuisement, avec une dégradation physique, psychologique et immunitaire.

Nous sommes en confinement comme ces rats en cage et nous retrouvons les trois types de réactions du rat :

- les rats qui se battent pour utiliser leur stress comme les soignants, les politiques, les policiers ;

- les rats qui sont les rebelles qui fuient en bravant les interdictions ou en trouvant un bénéfice à l’isolement ;

- enfin, tout le reste de la population confinée qui est dans une phase d’inhibition de toute action qui finira par les épuiser et détruire leurs défenses.

La médecine traditionnelle chinoise a choisie comme symbole le TAO qui signifie « aller vers », c'est-à-dire être en mouvement vers un but. Si on nous immobilise sans but, on va devenir malade, c’est aussi ce que disait EINSTEIN : « La vie c’est comme le vélo, si on s’arrête, on tombe. »

C’est ce qui est arrivé en 1917 pour la grippe espagnole qui a fait 50 million de morts. À l’époque, les communications étant moins rapides, c’est la deuxième vague de la pandémie qui a été la plus meurtrière. C’est en arrivant sur le continent américain qu’elle a fait le plus de décès. Le virus a touché une population n’ayant eu, au préalable, aucun contact avec ce virus. C’est ce qui peut nous arriver avec un dé-confinement qui peut être extrêmement délicat car on va ouvrir les portes à une population extrêmement fragilisée.

 

A quoi servent ces infos si ce n’est à nous faire peur ?

1- Tout simplement à être informés, à comprendre, à anticiper. Même si les politiques nous considèrent comme des moutons, ils nous doivent ce droit. On peut comparer cette situation à celle du malade à qui les médecins ne disaient pas de quoi il souffrait. Aujourd’hui, on lui dit la vérité et on constate qu’il peut mieux se défendre. Il en est de même pour une population. Nous devons être véritablement informés et non soumis à un bourrage de crâne médiatique qui désigne les bons Français et les mauvais et nous monte les uns contre les autres en alimentant une peur excessive.

 2- Il faudrait nous dé-confiner progressivement pour permettre à notre système hormonal de remonter et ne pas nous exposer au virus avec des défenses diminuées. De la même façon que, quand on pose sur une hémorragie un garrot, on sait qu’il faut le sortir progressivement pour éviter des lésions irréversibles.

3- Gérer le confinement pour ceux qui sont dans « le non agir » sera plus difficile pour ceux qui sont dans l’action (médecins, gendarmes, politiques). Être dans « l’acceptation » sans  aller contre, car cela nous fait du mal. Essayer de gérer le temps avec le moins de tension possible pour préserver son corps.

Et surtout essayer de s’adapter, d’accepter en évitant surtout la phase D’ÉPUISEMENT.

Et espérer que ce virus destructeur dans l’instant, deviendra constructif dans le temps en nous remettant sur la route d’une vraie démocratie.

Le 22 mars 2020

Dr  Bernard VITRIS

 

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