Hommage attentif à M Erner

Lettre ouverte à M Erner, de France Culture, sur l'admirable veille, toute de neutralité et d'objectivité, qu'il assure sur le front des fake news en notre nom à tous.

M Erner, vous êtres un héros, vous combattez au quotidien, dès l’aube, sur le front des fakenews. Ce matin encore, j’étais presque en extase devant votre geste épique : votre veille attentive vous a permis, alors que Mme Marie-Anne Cohendet osait suggérer que peut-être M Sarkozy aurait essayé de placer ses amis – je ne me remets toujours pas de tant d'audace ! – de  bondir afin de l’empêcher de distiller le poison comploto-corporato-fakenewsien qu’on n’ose à peine appeler des explications de son propos.

                Ébloui par tant de clarté, comme j’étais au volant, j’ai dû couper la radio. Mais conscient de ma faute, j’ai réécouté avant d’écrire ce courrier, afin de boire jusqu’à la lie la coupe de votre sagesse médiatique.

                Seulement, je suis conscient de l’investissement et de la tension permanente qu’implique cette veille attentive, de légers relâchements sont évidemment nécessaires, comme lorsque vous racontâtes cette histoire drôle d’un étrange sondage qui suggère – j’en ris encore – que 70% des électeurs de Mélenchon soutiennent le plan de départ volontaire des fonctionnaires et la rémunération de ceux-ci au mérite. Ne pas donner la source ni la fiche technique dudit sondage était un trait de plus de votre humour glacé et sophistiqué.

                Mais voilà, c’est ce nécessaire relâchement, sans doute, qui vous a conduit, bien malgré vous je le sais, à laisser passer une fake news plus énorme encore. Je me permets donc, soucieux de vous aider selon mes moyens dans votre noble entreprise, de vous la signaler.

                M Thierry Pech, directeur de la congrégation pour la doctrine de la foi l’Institut Terra Nova, expliquait qu’il avait trouvé, dans son infinie sagesse, la cause profonde et essentielle de cette maladie si répandue aujourd’hui qu’est le statut de fonctionnaire. Je le cite, ça commence à 11 :44 : « Arrêtons-nous sur la question du statut des fonctionnaires un instant (Ok). Si on fait un peu d’histoire (Diable. Allons-y), pourquoi il y a un statut des fonctionnaires ? (Peut-être parce qu’au lendemain de la seconde guerre mondiale et du règne de Pétain, le gouvernement avait compris qu’il fallait protéger l’appareil d’état des manipulations grossières de dirigeants mal intentionnés ?) et qu’est-ce qu’il dit ce statut ? (Peut-être que de ce fait, le licenciement d’un fonctionnaire n’est possible que dans des conditions réglementaires très strictes, rendant par exemple impossible un licenciement pour motif économique ?) Ce statut, c’est un contrat incomplet (Il me semblait que les fonctionnaires ne signaient pas de contrat ?). C’est comme si je vous proposais de vous embaucher, je vous dis combien je vous paye, je vous promets que je vous donnerai une carrière mais je ne vous dis pas ce que vous allez faire pendant dix ans, quinze ans, ou vingt ans à mon service (Seulement ? Je croyais qu’on était fonctionnaire à vie ?), c’est ça un contrat incomplet. Dans le privé c’est pas comme ça que ça se passe, on vous dit ce que vous allez faire. »

                Alors bon, outre que je ne vois toujours pas où est, dans le propos de M Thierry Pech, la leçon d’histoire, je me vois obligé de lui rappeler que les fonctionnaires savent ce qu’ils doivent faire, sans ambiguïté, puisque c’est écrit noir sur blanc dans une série de textes qui s’appellent des décrets et qui ont force de loi (mais qu’est-ce que la loi face au divin contrat ?).

               

                Je vous prie humblement de recevoir, M Erner, l’expression de mes génuflexions les plus empesées.

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