Un inceste 37 ans après...

Je m'appelle Cécile A.. J’ai 48 ans. A l’âge de 11 ans, j’ai été victime d’attouchements de part de mon oncle paternel : Rémy ou Rémi A. ex enseignant à Clermont Ferrand et par ailleurs, directeur de colonie de vacances. Pendant des années, j’ai portée seule ce poids. J’ai réussi à le faire condamné, mais aujourd’hui encore, j’en paye le prix. Je suis une survivante.

Bonjour,

Je m'appelle Cécile A.. J’ai 48 ans. Fille aînée d’une fratrie de 5 enfants et victime d’attouchements  incestueux.

Récit

Lorsque j'avais 11 ans (1982), j'ai subi des attouchements de la part de mon oncle paternel Rémy ou Rémi A..

Le contexte commun à beaucoup de pédocriminel c'est de s'attaquer à de petites victimes dont l'environnement familial est fragile. C'était mon cas : ma mère était maltraitante envers moi et mes parents étaient par ailleurs écrasés de chagrin par la maladie de mon petit frère David.

  • Avant mes onze ans, un été où mes parents nous avaient confié à la garde de Rémy et celle d’un de ses frères Michel, il y a eu un bain qu’il a tenu à ce que je prenne devant lui , en compagnie d’un de mes frères ou sœurs. Je ne voulais pas me dévêtir devant lui, mais il a insisté. La suite a été un jeu où on lavait nos vêtements en même temps que nous. Mon oncle Michel s’était absenté et lorsqu’il est rentré, j’ai voulu le lui raconter. Rémy m’a alors lancé un tel regard que je me suis tue et même que j’ai oublié des dizaines d’années cet événement.
  • Eté 1982 : Lors d’une pause faite au cours d’une promenade en forêt, Rémi s’est mis à me dire, comme l’avait souligné ma mère, que je devais porter des soutiens gorge et il s’est mis à me caresser la poitrine, ce qu’il a continué à faire tout le chemin du retour. Mon anniversaire est le 30 juillet. Je venais d’avoir mes onze ans.
  • Hiver 1982, une énorme tempête venait de frapper la Corrèze. Rémy possédait un bois dans les environs de la maison. Il était venu à Rioubazet, un hameau de la commune de Mercoeur où se trouvait la ferme de mon père, afin de constater les dégâts et tirer partie des arbres abattus par la tempête. Un matin, je me suis réveillée dans ma chambre et il était là, à coté de mon lit, assis sur une chaise. Sa main a caressé ma poitrine, mon ventre et au moment ou il atteignait ma culotte, j’ai entendu mon père l’appeler pour partir travailler dans les bois. J’ai voulu fuir cette main dans mon lit, mais impossible…Je n’ai pas appelé ma mère de peur qu’elle ne me fasse porter les stigmates de ce qui m’arrivait. Et puis, je suis allée prendre un verrou que j’avais vu dans le hangar à outils de mon père et je l’ai posé à ma porte, afin que plus personne ne puisse pénétrer dans ma chambre pendant mon sommeil. Ensuite, j’ai inventé un jeu ou mes deux sœurs et mon frère venaient dans ma chambre le matin pour faire un maximum de bruit. Ca s’appelait la foire. J’entendais frapper à la porte. Je voyais la poignée de la porte tourner. Je savais que c’était lui derrière la porte, mais je ne disais rien.

 

Par la suite, j’ai averti mes sœurs et mon frère qu’il devait se méfier de Rémy. Je ne voulais pas qu’il s’en prenne à eux. J’étais très protectrice, ayant par ailleurs eu souvent à jouer le rôle de maman…

1982 a été une année terrible pour moi : Rémy, mon frère décédé, ma marraine que j’adorais décédée. 

Rémy est venu à l’enterrement de David. Il a essayé à cette occasion de pénétrer dans ma chambre et du haut de mes onze ans, j’ai dû le mettre  à la porte.

De temps en temps, il venait à la maison, m’offrait des bandes dessinées que je n’osais refuser de peur d’attirer l’attention. Ensuite, il me faisait fâcher par ma mère, car ma chambre était en désordre. Il a aussi  insisté pour m’offrir un cadeau pour ma communion, dans l’impossibilité de refuser sans attirer l’attention, j’ai demandé une statue de la vierge Marie.

Il y a eu un épisode terrible. J’étais en colonie de vacances. Rémy qui était souvent directeur de colonie de vacances m’a envoyé une lettre en colonie. Deux pages écrites à l’encre noire et accompagné d’un billet de deux cents francs.  Je n’ai lu que la première ligne dans laquelle il écrivait que les jeux sexuels étaient normaux à l’adolescence.  J’ai ensuite passé la journée à me griffer les jambes. Personnes n’a pu me faire dire ce qui m’arrivait. Par la suite, j’ai caché longtemps cette lettre dans le sommier d’un lit qui se trouvait dans ma chambre et un jour, pendant que ma famille était à la messe, je l’ai brûlée, de peur que ma mère ne la trouve. J’ai répondu à cette lettre « Ne refais jamais plus ça, plus jamais, plus jamais. »

N’ayant personne à qui raconter ce que Rémy m’avait fait, j’écrivais un journal où je racontais ce qui s’était passé, où je disais ma souffrance, mon incompréhension, ma misère. Ma mère fouillait ma chambre et trouvait ces journaux. Elle les subtilisait et niait ensuite l’avoir fait avec une telle assurance que je croyais devenir folle, prise dans l’incompréhension que ces révélations ne produisent aucun effet. La vérité était impensable pour moi. Pendant longtemps, je me suis tue, car j’imaginais le suicide de ma mère et le fratricide de mon père, mais rien. J’ai écrit 4 journaux. 4 vols. 4viols de plus. Je me suis enfoncée dans la dépression et personne ne m’a aidée.

Un Noël, j’avais environ 16 ans, Rémy s’est permis de pontifier sur mon petit ami de l’époque J-Y L. Lorsque j’ai voulu quitter cet homme, celui-ci a menacé ma famille. J’étais sous son emprise. C’était un profiteur manipulateur qui m’avait violé une fois, même si je ne savais pas mettre de mots sur ce qui m’était arrivée à ce moment là. Mon père a décidé de me cacher à Lyon chez son frère Michel. Rémy donnait de l’argent pour mes études et bien sûr je devais le remercier au téléphone, sans quoi, je passais pour une ingrate. Je n’avais pas honte d’utiliser cet argent donné par Rémy, car si j’en étais là, il n’y était pas pour rien.

Le dévoilement :

1997, je suis à la fac où je suis des cours notamment pour devenir ingénieur en documentation scientifique et technique. Le lendemain de Noël 1996, je me réveille et tout tourne au point qu’il m’est impossible de me lever de mon lit. Pendant trois semaines cela tournera et j’obtiendrai plus tard un certificat du médecin qui m’avait soignée attestant que mes vertiges étaient dûs à une dépression.

Contre l’avis du médecin, je retourne à la fac, pour ne pas trop manquer de cours. Sauf que l’idée du suicide qui m’a hantée tant d’années, est à nouveau là, très forte. Je passe près du passage à l’acte. J’en parle à mon médecin, il a peur pour moi et m’envoie aux urgences de Grange Blanche, avec une lettre demandant mon hospitalisation. En même temps, j’ai fais un énorme surmenage accompagnés d’épisodes crépusculaires qui me font quitter la réalité parfois  45mn. Un dimanche soir, probablement fin février, les vertiges reviennent plus forts et je demande à mon ami de m’enmener aux urgences psychiatrique du Vinatier à Lyon. J’y reste un mois.

Mon parrain, Joseph, autre frère de mon père, vient me visiter et je dis, pour la première fois à un membre de ma famille ce que Rémy m’a fait. Il blanchit.

Mon oncle Michel, réponse, « tu es sûre que tu ne l’avais pas cherché ». Il s’est excusé par la suite.

Mon père, « j’aurais dû le savoir plus tôt ». Puis, « ne m’en parle pas plus, je ne pourrai pas dormir la nuit ».

Dénonciation auprès des tribunaux.

Des années durant, j’ai emmagasiné des témoignages, fait des recherches, écrit un manuscrit autobiographique. Tout cela dans le but de parvenir à dénoncer mon oncle. En effet, je me sentais coupable de ne pas l’avoir dénoncé  pensant à toutes  les victimes qu’il avait pu faire en tant qu’enseignant et directeur de colonies. Lui qui savait se montrer dans la peau de l’homme au dessus de tous soupçons…

Je crois que dans un premier temps ma sœur Lucie s’est rendue à Clermont-Ferrand pour y rencontrer Rémy. Tout ce que j’en ai retiré c’est que « le pauvre avait pleuré ».

Mon père a joué les messagers à la sale besogne, pour porter la parole de Rémy qui me proposait 40 000 francs. J’ai refusé. Mon père m’a demandé » c e que je voulais ». J’ai dit une lettre où Rémy reconnaisse ce qu’il a fait. Pour mon père l’affaire devait s’arrêter là… Pour moi pas. J’ai eu la lettre en même temps qu’une partie de la famille. Sauf que mon oncle disait que j’avais 15ou 16 ans : faux : 11 ans. Il parlait d’un acte. Faux il y a eu répétition, sans parler du harcèlement. Je l’ai appelé pour lui demander de corriger. Il l’a fait, à pleuré, avoué avoir été victime de mon arrière grand père et s’est rebiffé à l’idée d’envoyer une lettre corrigée quelques membres de la famille.

A force de mettre la pression sur tout le monde, j’avais ma preuve.

De mémoire, en 2003 j’ai essayé de recueillir les témoignages de mes frères et sœurs. Peine perdue. Ma sœur Lucie m’a même déclaré que « je lui avais gâché son Noël, même si  ce n’était rien en comparaison de ma vie ». C’était dit sur un tel ton ironique qu’aujourd’hui encore, je ne l’ai pas oublié.

J’ai aussi dit à mon père que je souhaitais aller en justice. Mon père a dit qu’il m’écrirait. Sa lettre me « déconseillait » d’aller en justice. Selon lui, je devais plutôt m’investir dans une association. A la suite de ça, j’ai coupé les ponts avec toute ma famille. Ca a dû durer environ dix ans.

Pénal J’ai écrit au procureur de la République qui m’a fait convoquer au commissariat, afin que l’on me signifie que ma plainte ne pouvait aboutir pour cause de prescription.

Le temps, la douleur s’écoulaient

En 2008 j’ai porté plainte au tribunal civil. Mon but étant que mon témoignage puisse constituer un socle sur lequel d’autres victimes puissent s’appuyer. Un grand avocat en qui j’avais pleinement confiance m’a recommandé une consoeur, laquelle m’a demandé de lui faire confiance. Une avocate qui travaillait dans un cabinet du 16ème arrondissement parisien. Je n’ai pas su me battre contre elle malgré tous les documents accumulés. Elle n’a envoyé qu’une chose : le dossier psychiatrique du mois que j’avais passé à l’hôpital en 1997. La partie adverse au départ n’avait rien. Et là mon dossier est devenu un boulevard pour me discréditer. Je soupçonne fortement qu’elle s’est faite acheter puisqu’elle m’avait posé la question de cette éventualité à notre premier entretien.

Mon oncle a été condamné… à payer 5000 euros si mes souvenirs sont exacts. J’avais de gros frais d’avocats que j’ai payés et je suis allée en Tunisie avec cet argent. Mais 5000 euros pour 37 ans de souffrance, ce n’était pas cher payé. Mon oncle était si fier qu’il a envoyé le jugement à toute la famille. Je n’ai pas lu le jugement qui dès les premiers mots m‘a écoeuré, mais il disait une chose juste : la preuve du préjudice n’était pas faite. J’apprendrai , je crois à l’occasion du jugement que mes oncles Michel et Joseph ont témoigné par écrit pour dire que mes problèmes venaient de ma mère et non point d’un acte de pédophilie commis par leur frère. 

Pour ce qui est de mon avocate du 16ème recommandée.  Elle aurait mérité d’être dénoncée. Je l’ai fait et j’ai vu l’air dégouté de l’avocat qui donnait son nom au cabinet.

Peu de temps après, j’ai reçu un papier à signer par lequel, je renonçais à toutes poursuites ultérieures. Je l’ai signé, car je n’avais pas les reins pour aller en appel, que ce soit au point de vue de l’énergie ou des finances.

Les conséquences

Au jourd’hui, j’ai 48 ans et je m’aperçois que ma vie a été orientée par ce que j’ai subi de la part de mon oncle.

Changement de personnalité Moi qui était une enfant qui ne se laissait pas intimider pour deux sous, après Rémy, je suis devenu la tête de turc d’un petit groupe de ma classe et ça a duré plusieurs années.

Je me suis mise à avoir des insomnies, à manquer l’école, puis à très bien travailler pour me prouver qu’il ne m’avait pas détruite. Cela a duré jusqu’à ma rencontre avec J-Y L. Là je me suis effondrée et je n’ai pu me relever qu’en terminale à Lyon. Visiblement, je ne savais pas distinguer les personnes dangereuses pour moi.

Fin de mon rêve de faire des études : je manquais de confiance en moi et c’était en contradiction complète avec les études d’ingénieur plusieurs fois envisagées et qui  se sont terminées au printemps 1997. Après l’hôpital psy, je n’étais plus qu’une loque. Les médicaments m’enlevaient toute volonté, me faisant mal voir par ma famille. Ma confiance en moi était partie sous terre. Voyant cela, mon père m’a fait part de son idée de me marier à des agriculteurs que je ne connaissais pas.

Un premier travail comme femme de ménage : moi qui avait, m’avait-on dit, un niveau d’analyste programmeur et étais passée par la MIAG, j’ai pris le premier travail logé à Paris qui passait à ma hauteur : une grande école parisienne recherchait des femmes de ménage.

Perte de chance=perte d’argent = perte des moyens de se défendre et toujours peur de ne pas être entendue : Cela fait cette année 22 ans que je travaille au sein de cette institution. J’ai gravi les échelons suis devenue l’assistante de personnalités parfois très médiatiques, ai organisé des conférences internationales prestigieuses, ai géré de bout en bout des séminaires internationaux de premier plan et pourtant, mon salaire actuel est de 1574,50€ brut.

J’ai été victime d’un harcèlement moral qui m’a conduite à un effondrement psychologique, à des tentatives de suicides et à l’expérience d’un milieu psychiatrique si néfaste que l’on ne peut souhaiter ça qu’à son pire ennemi . En tout, plus d’un an d’hôpital. J’ai dû faire preuve de beaucoup de volonté pour m’en sortir.  Au passage merci à une infirmière corrézienne comme moi qui a su m’écouter, me comprendre et m’aider.

A ce jour ma harceleuse connue de tous est toujours en poste. Faute de l’énergie suffisante, des appuis nécessaires et surtout d’une solidité financière, je n’ai pu aller en justice contre elle. Elle m’avait dit que « mon suicide ne l’empêcherait pas de dormir la nuit ». Elle doit dormir remarquablement, contrairement à moi.

J’ai donc été obligée d’abandonné un travail que j’adorais réellement. Par ailleurs, je n’ai pas été en mesure de répondre aux offres d’emplois envoyées par l’OCDE qui avait retenu ma candidature, afin de devenir un de leur fonctionnaire internationaux.

Aujourd’hui, je suis webmastrice dans un laboratoire de recherche et chargée de la communication.

Les médicaments : cela fait 22 ans que je prends un traitement composé de neuroleptique, antidépresseur, etc.

Le poids : en arrivant à Paris, je pesais 56 kg et j’étais là pour prendre un nouveau départ. Quelques mois après mon arrivée, j’ai été agressée sexuellement par un collègue : il m’a filmée à plusieurs reprises dans les douches communes dont la configuration le permettait (j’habitais sur mon lieu de travail). J’ai porté plainte. Même en apportant les vidéos, ma plainte a été classée sans suite. Le type a juste été obligé de changer d’établissement.

Moi qui faisais énormément de sport et de danse, il semblerait que suite à la plainte déposée, j’ai été ostracisée. J’ai arrêté mes activités et aussi de faire attention à mon poids. Ce corps si sexy m’apportait vraiment trop d’ennuis…

De 2002 à 2004 environ, j’ai quand même suivi un régime et j’ai perdu 30 kg. Que j’ai repris aussitôt après être tombée amoureuse d’un chercheur russe spécialisé dans le ratissage des économies…

Vers 2013, après une tentative de suicide manquée, un chef de service d'un celebre hopital parisien a décrété que j’étais trop grosse. Il m’a donc prescrit un anoraxigène (des amphétamines probablement), sans se soucier que j’avais par le passé montré des tendances anoraxiques. J’ai perdu 60 kg. Au bout du compte, je ne supportais plus mon corps et j’ai laissé se réinstaller tous les kg perdus. Une autre conséquence de ce traitement est qu’à partir du moment où je me suis retrouvée à 60kg, j’ai commencé, sans comprendre vraiment ce qui m’arrivait à peiner à prendre des douches. Aujourd’hui encore, moi qui passais autrefois des heures dans la baignoire, je prends le minimum de douches et parfois, je n’arrive pas à prendre de douche et je ne sors pas de chez moi pour cette raison.

Situation familiale : célibataire sans enfant. J’ai trop souffert pour risquer de donner la vie à quelqu’un qui souffre autant que moi.

Héritage : il semblerait que mon père pour qui j’étais une personne sans parole qui avait mis en danger l’honneur de la famille, etc. ait décidé de faire son testament juste après avoir reçu le jugement qui condamnait mon oncle. Du coup, ne pouvant me déshériter selon la loi, il m’a punie en me léguant les terrains et bois de moindre valeur, plus un bois qui se trouve juste à coté de la parcelle que possède Rémy.

Ma souffrance et ma soif de justice : aujourd’hui, Rémy doit avoir dans les 85 ans. Il mourra probablement sans que justice soit faite. Jamais je ne le verrai condamné à de la prison. J’ai bien essayé de mettre une annonce sur twitter, mais elle n’est pas partagée.

Conclusion : un inceste, ça peut détruire une vie, une famille, ça engendre des souffrances physiques et psychologiques inimaginables. Je peux et souhaite témoigner de cela. Je suis une survivante.

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