Violences sexuelles, changements climatiques : deux combats pour une même direction

Je m’appelle Camille, je suis militante féministe et écologue, je marcherai le 24 novembre et le 8 décembre. Je marcherai pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, pour lutter contre les changements climatiques et l’inaction face au déclin de la biodiversité. Je marcherai pour la liberté de chacun.e, pour la vie, la mienne et celle des autres. Je marcherai pour que toutes les personnes qui ont subi et subissent encore du harcèlement, des agressions, des discriminations, des violences sexuelles verbales et physiques, ne se sentent enfin plus seules. Pour que le quotidien des femmes et personnes s’identifiant comme telles ne soit plus associé à la méfiance et la crainte. Je marcherai parce que je ne peux rester les bras croisés à regarder le monde se consumer autour de nous, les océans se remplir de plastique et les arbres tomber au passage des bulldozers.

 

Je m’appelle Anne-Charlotte, je suis une citoyenne non affiliée, juste une personne concernée pour l’avenir de cette humanité qui déraisonne. Je marcherai le 24 novembre et le 8 décembre pour défendre nos droits en tant qu’êtres humains, pour résister à cette idée d’une fatalité inévitable. Je marcherai car il faut que le nombre se réveille et prouve que nous sommes les détenteurs de notre avenir. Notre mobilisation pour le climat est un combat que nous ne pouvons pas perdre. A l’image du combat mené pour redonner leur place aux femmes victimes de toutes formes de violences, nous ne saurons taire nos revendications, nous ne saurons nous murer dans un mutisme autodestructeur. Nous ne pourrons pas expliquer notre inaction aux générations futures, alors unissons nous pour sauver l’humanité, la biodiversité, le vivant... car la planète, elle, nous survivra quoi que l’on fasse !

 

Nos combats de lutte contre les violences et les changements climatiques sont directement associés. Au cours des 10 dernières années, 87 % des catastrophes naturelles étaient liées au climat 1 et ce nombre ne fera que croître si nous ne faisons rien. Les femmes et les enfants ont 14 fois plus de risque de mourir que les hommes lors de ces catastrophes et, ensuite, les risques que les filles et femmes soient victimes de violences sont accrus notamment du fait du manque d'espaces privés dans les zones de réinstallation et des déplacements massifs de populations. 2,3,4

La collecte de l'eau se fait principalement par les filles et les femmes ; leur parcours pour aller la chercher s'allonge en cas de sécheresse et c'est autant de temps qu'elles ne consacrent pas à l'école, aux formations ou à participer aux décisions. 4,5

Dans de nombreux pays en voie de développement, les femmes produisent entre 60 et 80 % de la nourriture mais ne touchent que 10 % des revenus 3 et leur activité sera parmi les premières à être impactées par les changements climatiques 5. Pourtant, la diminution des inégalités entre les femmes et les hommes pourrait apporter beaucoup à la lutte contre les changements climatiques et ses conséquences. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, « si les femmes avaient le même accès que les hommes aux ressources productives, elles pourraient augmenter de 20 à 30 % les rendements de leur exploitation, ce qui aurait pour effet d’accroître la production agricole totale des pays en développement de 2,5 à 4 %, hausse qui, à son tour, pourrait se traduire par une réduction de 12 à 17 % du nombre de personnes souffrant de faim dans le monde ».6

Les connaissances qu’ont les femmes de leur environnement et de la gestion des ressources naturelles les placent comme actrices essentielles de la lutte contre les changements climatiques : elles sont compétentes pour définir des stratégies d’adaptation.4 Ainsi, la lutte contre les changements climatiques est l’occasion d’ouvrir des voies vers l’égalité et l’autonomisation 1. Pour Achim Steiner, Secrétaire général adjoint des Nations Unies et directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'Environnement, « La réussite de l’adaptation durable passe donc par l’importance donnée à l’égalité des sexes et au rôle des femmes ».4

 

Comment bâtir un équilibre écologique sur un monde déséquilibré par les inégalités ? Nous refusons de laisser à nos enfants un monde détruit, un monde de violences et de dangers.

Il est temps d'agir, aujourd'hui pour demain.

Marchons avec #NousToutes le 24 novembre et pour le climat le 8 décembre.

 

Sources :

1ONU Femmes, 2015a. http://www.onufemmes.fr/femmes-et-climat-entretien-avec-dr-yannick-glemarec, consulté le 17/10/2018 : Femmes et Climat : Entretien avec Dr. Yannick Glemarec. Article du 21/10/2015

2PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), 2010. Genre et Catastrophes. Bureau pour la Prévention des Crises et le Relèvement, 4 p.

3Consoglobe, 2015. https://www.consoglobe.com/femmes-victimes-changement-climatique-cg, consulté le 17/10/2018 : Les femmes sont les premières victimes du changement climatique. Article du 12/11/2015

4ONU Femmes, 2015b. http://www.onufemmes.fr/cop-21-les-enjeux-de-lintegration-des-femmes-dans-la-lutte-contre-le-rechauffement-climatique/, consulté le 17/10/2018 : COP 21 : les enjeux de l’intégration des femmes dans la lutte contre le réchauffement climatique. Article du 04/12/2015

5ONU Femmes, 2017. http://www.onufemmes.fr/laurence-tubiana-apres-une-catastrophe-naturelle-les-femmes-ont-plus-de-risques-detre-victimes-de-violences-domestiques-et-sexuelles/, consulté le 17/10/2018 : Laurence Tubiana : "Après une catastrophe naturelle, les femmes ont plus de risques d'être victimes de violences domestiques et sexuelles". Article du 20/10/2017.

6Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, 2011. La situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture. Le rôle des femmes dans l'agriculture. Combler le fossé entre les hommes et les femmes pour soutenir le développement. Rome, 161 p

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