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Billet de blog 2 juil. 2022

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Plus loin, plus fort, plus vite mais dans le mauvais sens.

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La première fois que j’ai lu « la Servante Ecarlate », je me disais que certains auteurs avaient un talent immense pour imaginer le pire. En ce moment je me demande plutôt si ces auteurs ne sont en fait pas juste des voyageurs temporels. 

Partons du postulat que les scénaristes et réalisateurs qui se sont échinés depuis des décennies à nous représenter un monde dystopique sont effectivement des voyageurs temporels, essayons de donner une appréciation à leur travail. Bien évidemment, le grand spectacle faisant toujours plus d’entrées que le simplement social, on pourrait s’attarder sur des productions mettant en scène un monde brûlé par le consumérisme absolu de notre espèce, se présentant encore aujourd'hui comme la plus sage du règne animal. 

Je vous laisse quelques secondes pour apprécier la blague.

Mais aujourd’hui, la prophétie de l’auteure Margaret Atwood semble prendre des formes véritables dans une  Amérique qui revient à des formes de puritanisme qui n’ont rien à envier à celles des colons de la Nouvelle-Angleterre du 17ème siècle. On réalise que les terres du progressisme américain s’arrête bel et bien aux limites d’Hollywood. Comme s’il s’agissait d’une propriété de chasse bien gardée - une chose que nous autres français connaissons bien puisque comme les américains, nos chasseurs ont l’habitude de tirer d’abord et parler ensuite. Une fois dépassés l’argent et l’or de la cité des Anges et que la vie réelle vient frapper à la porte, le constat est glaçant. 

Les Etats-Unis se sont payé un double voyage dans le passé, avec une première étape en 1973.

Alors que le Disco et les pattes d’eph règnent sur le monde, la Cour Suprême américaine décide que la loi texane qui interdit l’avortement est anti-constitutionnelle car elle limitent la liberté des femmes à disposer de leurs corps. 

Le pays de l’Oncle Sam fait un grand pas en avant dans la lutte contre les inégalités des sexes. Et pendant 30 ans, Démocrates et Républicains se sont écharpés sur ce sujet, les uns souhaitant conserver l’arrêt, les autres cherchant à le limiter, voire à le renverser. 

Et avec le temps, il était légitime de se dire que malgré un puritanisme et un évangélisme croissant, l’Amérique ne reviendrait pas sur une telle avancée. Que les vieux démons des procès de Salem resteraient à leur juste place : dans un coin reculé et honteux de l’Histoire. 

Seulement, l’homme étant un mauvais élève et préférant se vautrer dans le confort du consumérisme immédiat, ignorant que l’incendie n’est désormais plus à des centaines de kilomètres mais juste dans son jardin, beaucoup se sont endormis, ainsi que le présente le personnage principal de la « Servante Ecarlate ». Et l’obscurantisme ne vit jamais aussi bien que lorsque la population s’endort. 

Seulement là, on parle d’une prise de somnifères généralisée. Parce qu’il ne s’agit plus d’un doux sommeil cotonneux et chaud, c’est un putain de coma profond!

De l’élection surprise de Donald Trump, qu’on voyait tellement ridicule qu’il serait dégagé du pouvoir aussi rapidement qu’il y était arrivé pour finalement récolter un record de votes  Républicains lors de l'élection de 2021. Mais même dans cette défaite, les traces étaient bien présentes, avec notamment la nomination de juges ultra-conservateurs dans les rangs de la Cour Suprême. 

Ces mêmes juges qui décidèrent de donner aux états le pouvoir de légiférer sur un amendement considéré anti-constitutionnel il y’a seulement 40 ans. 

Au-delà de ce choix rétrograde, c’est la vitesse à laquelle ce type de décisions a  été prise : c’est littéralement l’autobahn troisième voie en direction du moyen-âge ( a droite après le Leroy-Merlin, vous ne pouvez pas la rater). 

En seulement une semaine de temps, la Cour Suprême a pris une succession de décisions qui défient le bon sens, à croire que le Q.I. moyen se développe de façon inversement proportionnelle à l'évangélisme de télévision. 

Florilège : 

  • 23 Juin 2022 : la Cour Suprême entérine le port d’armes en dehors du domicile, allant à l’encontre d’une loi de l’état de New-York. La raison invoquée? Le droit aux Américains de se protéger en dehors de leur domicile.
  • 24 Juin 2022 : cette même Cour Suprême revient sur l’arrêt de 1973 ‘Roe contre Wade’. Cet arrêt considérait comme anticonstitutionnelle une loi du Texas anti-avortement. La Cour Suprême avait alors décidé que le droit à l’avortement découlait du 14eme amendement de la Constitution, rendant ainsi légal l’avortement.
  • 30 juin 2022 : la Cour Suprême, toujours elle, décide que l’Agence américaine pour la protection de l’environnement n’a pas de légitimité à édicter les règles de rejet de gaz à effet de serre aux grandes compagnies américaines.

Tout ça en une semaine de temps. Il s’agit là du record le plus tordu de l’histoire du pays à coup sûr. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, ces juges sont parvenus à dynamiter quasiment toutes les luttes occupant le devant de la scène : la protection de l’environnement, les luttes contre les inégalités et le fléau des armes à feu alors même que le pays se remet d’une énième tuerie de masse. 

On a affaire à un ‘Dîner de cons’ version américaine : en inviter deux ou trois ne suffit pas, invitons tout le pays. 

Tout récemment, le Texas, en plus d’avoir été parmi les premiers à interdire l’avortement veut maintenant s’attaquer à … la sodomie qui n’était plus considérée comme un crime depuis 2003. En d’autres termes, l’homosexualité redeviendrait pénalement réprehensible.

Qui peut encore donner le moindre crédit à l’arbitre du monde qui dit vouloir combattre l’islamisme, tout en s'enfonçant dans l’obscurantisme le plus moyenâgeux? Dans une vision tordue de l’avenir, on pourrait croire que les extrémismes seraient amenés à se rapprocher. 

D’un point de vue logique et froid, qu’est ce qui différencie les obscurantistes américains des obscurantistes de l’état islamique?

Et enfin, quand est-ce que la chute s’arrête? Qu’est-ce qui stoppera les Etats-Unis de reculer encore dans le temps?

On réalise que le futur présenté dans le ‘Blade Runner’ de Ridley Scott est encore très optimiste et que notre planète de plus en plus brûlante se dirige vers un monde à la Mad Max. 

On réalise que le destin funeste des ‘Servantes écarlates’ commence à ne plus rien avoir d’une dystopie de fiction mais confinerait plutôt au récit d’anticipation. 

Même les comédies d’action comme ‘Demolition Man’ pour tout ce qu’elles ont de profondément débile, commence à revêtir un habit prophétique d’une société de fragiles qui ont oublié la violence du monde en s’enfonçant la tête dans le sable, tout ça pour que cette même violence qui n’avait finalement jamais disparu, revienne leur mordre le fond du froc. 

Ce qui nous faisait rire il y’a quinze ou vingt ans vient frapper à notre porte. Et je ne crois pas que nous soyons suffisamment réveillés pour aller lui ouvrir.

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