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Billet de blog 29 sept. 2022

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PRENDRE LE LARGE AVEC MERCEDES 12

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Chaque année en début d'automne avait lieu à la pane le concours de pêche, évènement de la plus haute importance.

Les organisateurs tenaient secret le poste de pêche choisi, pour éviter que des tricheurs aillent y déposer la veille deux kilos de pageots achetés à la criée puis mis dans une nasse flottante et lestée, histoire d'être sûrs de remporter le premier prix. Certains trichaient quand même...

Des prix il y en avait beaucoup : le poids le plus élevé, le plus gros poisson, le plus petit, le prix de consolation pour ceux qui n'avaient pêché que des bogues, la bogue étant bien entendu le poisson de la honte par définition, suivie de près par la chuscle et la castagnole rouge ou noire.

Fin prêts pour le concours, les piades et les bibis à bord, les croissants chauds parce que le large ça creuse, top départ à la corne de brume vers 6h30, toutes barquettes confondues, à la queue leu leu.

Destination inconnue, départ avant l'aube, frissons garantis.

Arrivés sur le poste, les organisateurs posaient les balises pour délimiter la zone et nous attendions le coup de sifflet qui nous autorisait à envoyer les palangottes à l'eau.

"Allez caille, on pinaille pas !" ça, c'était adressé à ma mère..

Les pageots et les sars scintillaient sur le pont de Mercedes, les sourires étaient sur les lèvres, la concentration était au taquet jusqu'au coup de sifflet final.

De retour au port chaque bateau avait un numéro attribué et chaque capitaine faisait peser sa poiscaille frétillante, pendant que certains criaient "j'ai le plus petit !" ou d'autres "j'ai le plus gros !" .

Bref vous l'aurez compris, c'était pas triste..

En 1969 nous avons gagné le concours, les prix étant distribués sur le port vers 18h avec un apéro géant où les olives cassées étaient de la fête.

Le prix était un tourne disque avec deux 45 tours.

Nous n'en avions pas à la maison, et ce fut pour moi un bonheur total. Les deux disques étaient "casse noisette" de Tchaïkovski et "tout éclate tout explose" de l'illustre Cloclo.

Je n'ose dire le nombre de fois où ils ont tourné volume à fond. Quand je saoulais trop mes parents j'emportais le tourne disque dans la chambre que je partageais avec ma sœur. Et je saoulais ma sœur.

La marque de cet électrophone était "ITT Oceanic", et nous ne savions strictement rien de l'implication de cette multinationale au Chili.

Epoque insouciante, époque ignorante, infos au compte goutte.

Nous ne savions pas non plus que bien des chansons du "hit parade" étaient des reprises américaines modifiées par des textes français mielleux à souhait. Chez les prolos la culture gnan gnan était servie sur un plateau par l'ORTF. Pendant ce temps, Ferrat était censuré.

L'année suivante Mercedes et son équipage de choc gagna encore le concours et c'est une magnifique annexe rigide avec ses rames qui fit notre bonheur.

Premier essai : attacher l'annexe à la poupe et se faire tirer au large du Pharo, vers la jetée des Catalans.

Mayday, on prenait l'eau. Point mort et sauvetage sous l'œil de ma maman très contrariée !!!

Interdiction maternelle de recommencer ces âneries, sans appel et non négociable. L'annexe servit donc uniquement dans les calanques peinardes du Frioul, et le plaisir de ramer, le petit bruit de l'eau sous la coque, la sensation de "pousser l'eau" avec mes bras, les rames,  et d'avancer au fil de l'eau, ne m'ont jamais quittée...

A la pane il y avait du pastis, beaucoup de pastis, servi dès 11 heures du matin et dès 18 heures le soir. Les bouteilles étaient payées avec les cotisations des sociétaires (consentants). Ricard Casanis ou 51, je ne sais plus. Tous sans exception buvaient des pastagas et fumaient des gauloises brunes ou gitanes.

Epoque d'insouciance, époque d'ignorance. 

A l'heure où j'écris, Mercedes est en chantier sur le Vieux port. 

Carlita V. 

Quelques photos dans les commentaires, comme d'hab... 🙂

© Carlita

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