11 septembre 1973 par Rubén Bag

Article de Rubén BAG sur la mémoire sélective des 11 septembre 1973 et 11 septembre 2001

11 septembre 1973, Rubén Bag

Lors du congrès annuel de la Latin American Studies Association (LASA), qui s'est tenu à Washington en 2001, j'ai présidé l'une des séances au cours de laquelle plusieurs travaux ont été présentés, dont celui que j'ai écrit sur mon approche et méthode « Contact pour la créativité, pour le développement humain et social ».

Je n'imaginais pas ce qui m'attendait les jours suivants.

Le 9 septembre 2001, j'ai pris un train de Washington à New York. A la gare, m'attendait mon ami chilien Horacio Gutiérrez qui m'a emmené chez lui. J'ai profité de ce dimanche puis du lundi pour visiter quelques endroits de la ville qui m'intéressaient, dont les librairies les plus importantes.

Le mardi 11 au matin, Horacito, l'un des fils de mon ami, revint à l'improviste et m'informa qu'il se passait quelque chose de grave. A la télévision, tout l'écran était couvert de ces mots : l'Amérique attaquée. J'ai été impressionné par les divers commentaires des politiciens américains car ils dénotaient une ignorance totale de ce qui se passait sur la planète. Seul le secrétaire d'État Colin Powell semblait comprendre ce qui s'était passé. Pendant de nombreuses heures, nous n'avons pas eu de nouvelles de mon ami Horacio. J'étais devenu le central téléphonique recevant de multiples appels exprimant des inquiétudes au sujet de "Mister Gutiérrez". Quelques heures plus tard, nous avons eu des nouvelles de mon ami qui travaillait dans la zone du Lower Manhattan à New York.

Les deux symboles représentant la ville avaient été détruits. J'ai vu beaucoup de gens pleurer. De Brooklyn, on pouvait voir l'épaisse fumée.

Tous les vols ont été suspendus pendant plusieurs jours.

Après le 11 septembre, le professeur Gregory Julian de la Pace University à New York m'a invité à participer à l'un de ses cours de sciences politiques. Je connaissais le combat de Greg pour soutenir une Science Politique à dimension humaniste. Je l'avais rencontré à Berkeley en 1980, en participant à un cours de Charles Hampden-Turner, auteur d'un livre fondamental : "The Radical Man", qui avait déjà été publié et traduit en espagnol.

 

Les étudiants du cours de Gregory ont mis en scène une session des Nations Unies. Chacun d'eux représentait un pays qu'ils avaient choisi. C'était très intéressant pour moi d'écouter les discussions que les étudiants ont eues. Ils étaient visiblement très choqués par ce qui s'était passé quelques jours plus tôt avec la destruction des deux tours jumelles. J'en ai profité pour leur demander s'ils savaient ce qui s'était passé le 11 septembre 1973 au Chili. Aucun des étudiants en sciences politiques ne savait ce qui s'était passé à cette date. Cela m'a permis de leur dire ce qu'ils ignoraient et de les informer du rôle fondamental que le gouvernement de leur pays a eu dans la réalisation du coup d'État sous la présidence de Richard Nixon et l'influence d'Henry Kissinger.

Cela me rappelle le grand poète et militant politique Pablo Neruda qui a écrit "Incitation au nixonicide et éloge de la révolution chilienne".

 Cela m'a fait très mal de constater que, bien des années après la dictature de Pinochet, la rue 11 de Septiembre continuait d'exister à Santiago du Chili, ce qui symbolisait pour le pinochetisme la célébration de la date du coup d'État contre la démocratie chilienne.

Plusieurs des gouvernements prétendument démocratiques après Pinochet n'ont pas pu changer le nom de cette rue.

 Ce 11 septembre 2021, le peuple chilien se souviendra de cette date pour rendre hommage à Salvador Allende et à tous les autres assassinés, torturés et persécutés par la dictature. Le peuple chilien continue sa résistance et lutte pour mettre en œuvre une nouvelle législation qui permette une société avec plus de justice et sans discrimination.

 

 

 

 

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