ARABIE SAOUDITE - Le féminisme intéressé du Prince héritier

Les récentes avancées en matière de liberté de la femme en Arabie Saoudite, pays le plus conservateur au monde, cachent les aspirations mercantiles de Mohammed ben Salman pour redresser son pays de la crise.

L’Arabie Saoudite, nouveau chantre de la condition féminine au Moyen-Orient ? On a peine à y croire. Pourtant, ces derniers mois ont vu les femmes remporter une place inhabituelle dans les choix politiques du prince héritier Mohammed ben Salman (dit MBS). Après avoir obtenu l’autorisation de conduire, les Saoudiennes ont pu dès vendredi 12 janvier supporter leur équipe de foot préférée au stade de Jeddah (Ouest), tandis qu’un salon automobile leur était entièrement réservé.

Mais il ne faut pas se méprendre, « Mohammed ben Salman n’est pas un féministe » assure Clarence Rodriguez, auteure de La Révolution sous le voile (2014), aux éditions First. « C’est grâce –pourrait-on dire ‘à cause’- de la crise que les femmes occupent la place qui leur revient de droit », estime-t-elle.

Ressource économique

Depuis 2014 et la chute du cours du pétrole, le pays a sombré dans une crise économique sans précédent. Pour y répondre, le royaume a mis en place en avril 2016 le plan Vision 2030 : une série de réformes économiques et sociales dans lesquelles les femmes, main d’œuvre jusque-là inexploitée, sont appelées à jouer un rôle important. Les récentes mesures en sont le prolongement.

Une révolution sociétale que tout le monde attribue au prince héritier, mais dont Clarence Rodriguez tient à rectifier la paternité. « Feu roi Abdullah avait déjà commencé à ouvrir la porte aux femmes. Sa fille, la princesse Adila, était très investie dans les droits de la femme. C’est elle la véritable instigatrice de tout cela. »

Une population secouée

Et si l’auteure d’Arabie Saoudite 3.0 : Paroles de la jeunesse saoudienne (2017) salue ces réformes, elle tient à relativiser leur portée. « Le peuple saoudien est très conservateur. Il est paniqué. Cela s’est fait de manière rapide et brutale. » MBS appuie son pouvoir sur la répression brutale de toute forme de rébellion. Et en s’attirant la sympathie de la part féminine de sa population, le prince héritier pourrait compromettre son assise auprès de l’électorat masculin. D’autant que cette victoire reste précaire. Les Saoudiennes sont toujours soumises au régime du tutorat qui les place sous la responsabilité d’un homme de leur famille.

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