La crise au Venezuela, une manne pour le narco trafic colombien

ANALYSE - La Colombie se relève à peine d’un conflit armé vieux de 50 ans avec les trafiquants de drogue et guérillas marxistes, qu’elle subit de plein fouet la crise du Venezuela. L’afflux de migrants à ses frontières laisse planer le risque d’une rechute dans l’enfer de la guerre des drogues.

Il semble loin le temps des Pablo Escobar, des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) et autres semeurs de trouble à l’ordre public. Depuis 2016 et l’accord de paix historique signé par le président Juan Manuel Santos avec les FARC, la Colombie a entamé une nouvelle page de son histoire marquée par le renouveau, la paix et la prospérité. Jusqu’à ce que son voisin et ancien allié, le Venezuela, plonge à son tour dans le chaos. La crise économique de 2014, puis la crise politique d’avril dernier ont fait affluer en Colombie une vague de plus de 300 000 migrants vénézuéliens qui pourrait bien menacer la stabilité encore fragile du pays. Et raviver la verve des trafiquants de drogue.

Les villes frontalières touchées par le chômage de masse


La politique drastique de lutte contre le trafic de drogue menée par les différents gouvernements successifs n’a pas réussi à déloger le pays de sa première place de producteur de cocaïne au monde. Au contraire, les cultures de coca ont augmenté de 52% en 2016. « La hausse se concentre dans des zones qui produisaient déjà de la coca par le passé, nous ne sommes pas face à un phénomène d’expansion », tient à rassurer Leonardo Correa, coordinateur du Système intégré de surveillance des cultures illicites (SIMCI). Pourtant, les zones concernées se trouvent à la frontière avec le Venezuela, là où le taux de chômage national évalué à 9,2% explose pour atteindre jusqu’à 16,6% à la ville frontalière de Cucuta.


La ville fait partie des sept postes frontières entre le Venezuela et la Colombie (pour environ 500 points de passage illégaux). C’est là que le 11 octobre dernier les autorités ont découvert une fosse commune. Des témoignages faisant état de fusillades, de disparitions et de meurtres de contrebandiers dans le secteur ne sont pas sans rappeler les heures les plus sombres de la guerre contre le baron de la drogue Pablo Escobar. La ville tient en outre le record de la plus large proportion de population à travailler au noir : 70,4% selon les chiffres officiels. Les autorités estiment à 140 000 le nombre de migrants vénézuéliens entrés en 2017 en situation irrégulière dans le pays, soit près de la moitié du flux migratoire.

Une main d'oeuvre pour les trafiquants de drogue


Il va sans dire que cet afflux de main d’œuvre bon marché déstabilise l’économie locale. Les colombiens entrent en concurrence avec leurs pairs vénézuéliens sur le marché du travail. Et la promesse du gouvernement d’allouer des subventions aux fermiers pour se tourner vers d’autres cultures que celle de la coca fait chou blanc. D’autant que les FARC, qui contrôlaient depuis des décennies ces plantations illégales, ont rendus le 26 juillet leurs dernières armes. Une aubaine pour les cartels de drogue qui peuvent proliférer à bon compte.


La Colombie présentait jusqu’alors de nombreux point d’amélioration : une meilleure sécurité intérieure, un net recul de la pauvreté etc., jusqu’à devenir la quatrième économie d’Amérique latine. Mais il ne faut pas négliger l’impact de la crise vénézuélienne et de ses milliers de migrants qui viennent contrebalancer tous les efforts faits en faveur de la lutte contre le trafic de drogue. L’insécurité constatée à Cucuta et le long de la frontière colombo-vénézuélienne tend à se propager dans tout le pays. Et la reddition des FARC pourrait bien laisser le champ libre à de nouvelles organisations armées parallèles. La paix semble bel et bien en sursis en Colombie.

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