carolinedehaas
Féministe
Abonné·e de Mediapart

156 Billets

2 Éditions

Billet de blog 1 juil. 2022

Traiter des cas de violences sexistes et sexuelles

Dans un monde qui fonctionnerait, une personne victime de violences saurait à qui s’adresser en cas de problème. Ce monde n’existe pas. Notre monde ne fonctionne pas correctement. Ça foire à tous les étages. 1 femme sur 2 a déjà subi des violences sexuelles en France. 1 femme sur 8 a été victime de viol. Quelques règles et clés pour traiter les faits de violences.

carolinedehaas
Féministe
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dans un monde qui fonctionnerait, une personne victime de violences saurait à qui s’adresser en cas de problème. Elle pourrait signaler en interne de sa structure facilement avec un mail dédié, sans avoir peur des représailles. Elle pourrait aller porter plainte sans craindre d’être traitée de « grosse pute » (comme l’a récemment fait un policier) ou d’être malmenée par un processus judiciaire.

Dans un monde qui fonctionnerait, les militantes féministes ne recevraient pas chaque semaine des témoignages de victimes qui ne savent pas à qui s’adresser car tout le monde leur a fermé la porte au nez.

Dans un monde qui fonctionnerait, les militantes féministes ne se feraient pas insulter ou cyberharcelées lorsqu’elles essayent d’alerter sur des violences sexistes ou sexuelles. 

Ce monde n’existe pas. Notre monde ne fonctionne pas correctement. Ça foire à tous les étages. 

Et dans ce monde qui foire, on a parfois envie de tout balancer. Parce que l’impunité nous fait vriller. 


1 femme sur 2 a déjà subi des violences sexuelles en France. 1 femme sur 8 a été victime de viol. 

Parmi les personnes qui liront ce billet, il y a beaucoup de femmes victimes. Il y a aussi des hommes auteurs de violences. Les violences sexuelles sont massives. Le déni et l'absence de traitement des violences l'est aussi. 


Lorsque dans son organisation (parti, institution, entreprise), quelqu’un est mis en cause, on doit mener une enquête. C’est le seul moyen de régler le problème. Soit parce que ça permet d’identifier les violences et de les sanctionner, soit parce que ça permet d’identifier que les faits ne sont pas matérialisés et de faire cesser les informations qui circulent.

On ne laisse pas pourrir une situation, c’est irresponsable.

J’ai lu le communiqué de la FI disant « On a pas reçu de signalement ». Hum.

Qu’est-ce que c’est un signalement ? Il faut envoyer un courrier avec accusé de réception ? Ou on peut se dire qu’un article de presse, on considère que c’est un signalement ? On peut se dire que 3, 4 ou 10 personnes qui disent « Il y a un problème », c’est un signalement ? 

Pour ma part, je pense que tout élément d’alerte (SMS, paroles, article) est un signalement et doit être traité. Quand un article de presse écrit qu’un député aurait commis du harcèlement sexuel et une agression sexuelle, on lance une enquête et on traite le problème. On laisse pas le truc dormir. Jamais. 

Parce que laisser dormir un signalement, c’est soit risquer que d’autres violences soient commises, soit laisser exister des informations diffamatoires. Dans les deux cas, c’est un problème grave. 

En n'intervenant pas, on risque de voir les faits s’aggraver. Je pense qu’il faut réagir dès le premier comportement problématique, même s’il parait « petit ». En recadrant la personne et en lui rappelant les règles. Si 100% des structures réagissaient dès le premier agissement sexiste, on éviterait bon nombre de cas de harcèlement sexuel. 

Quand on entend « Untel est un gros lourd » ou  « C'est connu, c'est un forceur, surtout avec les plus jeunes », il y a une alerte. Il faut la traiter. 


Lire l'article : "Les gros lourds n'existent pas, ce sont des harceleurs"


Bref, c’est la responsabilité des organisations de traiter les alertes. Soit pour faire cesser des violences soit pour faire cesser la diffamation. Dans les deux cas, il faut agir. 

Une fois que j’ai écrit cela, ce n’est pas parce que les organisations ne font pas le boulot que tous les raccourcis sont bons à prendre. Et notamment parler à la place des victimes.

C’est déflagrateur. Et inefficace. 

Pour signaler des faits à la direction ou la cellule d’une instance, au procureur, ou pour en parler publiquement, on doit avoir un témoignage. On ne signale pas dans connaître la nature des faits. S’agit-il d’un outrage sexiste, d’une injure, de harcèlement ou d’une agression ou d’un viol ? Ce n’est pas la même chose. Ces faits ne seront pas traités, sanctionnés de la même manière.  

Ensuite, on vérifie le consentement de la victime. Est-elle d’accord pour signaler ? Si elle a parlé il y a 4 ans dans un média, est-elle d’accord aujourd’hui pour qu’on en reparle ? 

Suite au signalement, une enquête doit être lancée par la structure saisie. Si rien n'est fait, on peut se tourner vers les médias pour qu'une enquête soit menée et permette de faire sortir l’affaire afin que cesse l’impunité.

La responsabilité des médias ici est fondamentale : sortir une affaire sans nommer la personne mise en cause ou sans corroborer des faits n'aide pas beaucoup. Cela sert souvent les organisations qui se réfugient derrière "y a rien eu dans la presse". 

Si on "sort" une affaire sans les victimes, quelle est la conséquence ? 

La conséquence, c’est qu’on a pas de témoignages directs. Et résultat, la chape de plomb se referme immédiatement. Pourquoi ? Parce que l’institution visée va souvent se braquer, se protéger, se réfugier derrière le fait de n’avoir aucun élément matériel pour traiter le cas (plutôt qu’aller les chercher).

C’est une erreur de sa part. L’institution devrait dire : "Nous avons entendu qu’il y aurait un problème concernant le comportement de X. Nous prenons très au sérieux les alertes. A ce jour nous n’avons pas reçu de signalement. Notre boite mail (adresse) est ouverte. Nous les traiterons avec bienveillance et avec beaucoup de sérieux. Nous ne laisserons rien passer. Notre organisation se veut exemplaire : nous voulons créer un espace à l’abri de toute violence. C’est l’objet de notre commission."

Je le dis aux victimes de violences : elles ont chez les féministes des relais solides. Nous les protégerons. Nous ne lâcherons pas les organisations politiques. Nous avons traité des alertes pendant la campagne et continuons à le faire. 

Si elles ne veulent pas nous parler, c’est leur droit le plus strict. C’est difficile certes. Mais cela ne nous autorise pas à parler à leur place.

Caroline De Haas, militante féministe

Lire le billet "Les victimes de X ne veulent pas parler, comment faire ?"

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Corruption
Le fils du président du Congo est soupçonné d’avoir blanchi 19 millions d’euros en France
La justice anticorruption a saisi au début de l’été, à Neuilly-sur-Seine, un hôtel particulier suspecté d’appartenir à Denis Christel Sassou Nguesso, ministre et fils du président autocrate du Congo-Brazzaville. Pour justifier cet acte, les juges ont rédigé une ordonnance pénale, dont Mediapart a pris connaissance, qui détaille des années d’enquête sur un vertigineux train de vie.
par Fabrice Arfi
Journal
L’affaire des « biens mal acquis »
Les Bongo au Gabon, les Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville, les Obiang en Guinée équatoriale... Depuis 2007, la police et la justice enquêtent sur le patrimoine faramineux en France des familles de trois clans présidentiels africains qui règnent sans partage sur leur pays.
par La rédaction de Mediapart
Journal — Écologie
« L’urbanisation est un facteur aggravant des mégafeux en Gironde »
Si les dérèglements climatiques ont attisé les grands incendies qui ravagent les forêts des Landes cet été, l’urbanisation croissante de cette région de plus en plus attractive contribue aussi à l’intensification des mégafeux, alerte Christine Bouisset, géographe au CNRS.
par Mickaël Correia
Journal
En Inde, après l’attaque contre Rushdie, le silence éloquent des politiques
« Les Versets sataniques » ont été interdits en Inde, son pays natal, en 1988. Un an avant la fatwa prononcé par l’Iran contre Salman Rushdie, qui allait faire de sa vie un enfer. Son agression aux États-Unis en fin de semaine dernière n’a suscité aucune réaction officielle, dans un pays où les condamnations au nom du respect des croyants hindous se multiplient.
par Côme Bastin

La sélection du Club

Billet de blog
La sobriété, c'est maintenant ou jamais
Le bras de fer en cours avec la Russie autour des énergies fossiles est l’occasion d’entrer de plain-pied dans l’ère de la sobriété énergétique. Pourtant, nos gouvernants semblent lorgner vers une autre voie : celle qui consiste simplement à changer de fournisseur, au risque de perdre toute crédibilité morale et de manquer une occasion historique en faveur du climat.
par Sylvain BERMOND
Billet de blog
De quoi avons-nous vraiment besoin ?
[Rediffusion] Le choix de redéfinir collectivement ce dont nous avons besoin doit être au centre des débats à venir si l'on veut réussir la bifurcation sociale et écologique de nos sociétés, ce qui est à la fois urgent et incontournable.
par Eric Berr
Billet d’édition
Besoins, désirs, domination
[Rediffusion] Qu'arrive-t-il aux besoins des êtres humains sous le capitalisme ? Alors que la doxa libérale naturalise les besoins existants en en faisant des propriétés de la «nature humaine», nous sommes aujourd'hui forcé·es, à l'heure des urgences écologique, sociale et démocratique, à chercher à dévoiler et donc politiser leur construction sociale.
par Dimitris Fasfalis
Billet de blog
Leur sobriété et la nôtre
[Rediffusion] Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, et Patrick Pouyanné, directrice et directeurs de Engie, EDF et TotalEnergies, ont appelé dans le JDD à la sobriété. En réponse, des professionnel·les et ingénieur·es travaillant dans l'énergie dénoncent l'hypocrisie d'un appel à l'effort par des groupes qui portent une responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Un mea culpa eût été bienvenu, mais « difficile de demander pardon pour des erreurs dans lesquelles on continue de foncer tête baissée. »
par Les invités de Mediapart