Une présidente écolo en 2017 : et pourquoi pas ?

Un des quatre candidat à la primaire de l’écologie a affirmé hier lors du deuxième débat télévisé qu’il n'y aura pas de président écolo en 2017. Je ne suis pas d’accord.

Nous sommes donc à 6 mois d’une élection présidentielle et un candidat explique qu’il a déjà perdu. Que son objectif n’est pas de gagner la présidentielle mais de faire en sorte que le mouvement écolo pèse dans les débats. La candidature sert à préparer « la suite ».

Je ne suis pas d’accord. Pas du tout.

D’abord, parce que je trouve cela méprisant. Se dire en 2016, qu’on « prépare la suite », c'est donc qu’on n'envisage pas d’exercer nos responsabilités avant 6, 11 ou 16 ans. On prépare « le coup d’après ».

Mais qui peut attendre 2022 pour que nos vies changent ? Les responsables politiques qui montent des schémas à trois bandes en préparant « le coup d’après » pensent-ils aux 6 millions de chômeurs et chômeuses ? Aux 400 000 retraité.e.s vivent avec le minimum vieillesse ? Pensent-ils que la transition écologique peut attendre 6 ans de plus ? Pensent-ils à celles et ceux qui se font contrôler dix fois plus que les autres juste parce qu'ils ne sont pas blancs ? Pensent-ils en prononçant « on prépare le coup d’après » que chaque jour, dans le pays qu’ils aspirent à diriger, 2 enfants meurent de maltraitances, 230 femmes sont victimes de viols, 135 personnes meurent de la pollution et 1700 personnes ont un accident du travail. (Oui, oui, vous avez bien lu).  

Si je me suis engagée en politique, c’est pour changer ça. Pas le changer dans 10 ans ou 20 ans. Le changer maintenant. « On ne fera pas disparaître les viols en 2 ans, Caroline, tu rêves ». D’abord, on n'en sait rien puisqu’on n’a jamais essayé de politique publique suffisament ambitieuse dans ce domaine. Et même s’il faudra plus de 2 ans pour en finir avec les violences à l’encontre des femmes, si on ne commence pas, on n’y arrivera jamais. 

Je ne suis pas d’accord ensuite parce qu’une candidature de témoignage à l’élection présidentielle ne m’intéresse pas. Pas qu’elle n’ait pas d’utilité ! Chaque candidature permet de faire avancer des idées, de convaincre, de recruter de nouvelles militant.e.s qui viendront grossir les rangs de l’écologie et de la gauche (qui en ont bien besoin). Une candidature, même de témoignage, est donc utile. Cela ne me suffit pas. 

Je ne veux pas me limiter à un rôle de témoignage, d’interpellation pour regarder depuis mon canapé, dans un second tour déprimant, des candidatures qui finissent par se ressembler tellement sur le fond et la forme qu’on a du mal à les distinguer l’une de l’autre. 

Je ne suis pas d’accord enfin parce que je pense que nous pouvons écrire une autre histoire. 

Nous sommes des millions. A galérer pour trouver un boulot ou pour le garder. A chercher le moyen de consommer autrement. A tenter de préserver notre santé dans un monde qui manifestement n’en n’a rien à cirer. A s’énerver devant le fait qu’en 2016, un chef d’entreprise du CAC40 gagne en moyenne 130 fois plus que les salarié.e.s de son entreprise. A essayer de nous sortir de la tête qu’il n’y aurait pas d’autre choix possible.

Nous sommes des millions. Pendant la COP21 comme pendant les mobilisations contre la loi travail, nous avons relevé la tête. Nous avons dit : stop. Ce monde ne tourne pas rond. 

Nos énergies n’ont pas disparu. 

Si je me suis engagée aux côtés de Cécile Duflot dans cette élection, c’est que je suis convaincue que nous pouvons écrire une autre histoire. Certes, ce sera une histoire différente. Vous n'entendrez pas parler dans notre campagne de Bygmalion, de nos "ancêtres les gaulois" ou de la baisse du RSA. Vous entendrez parler d'éducation, de santé, d'emploi, d'énergies renouvelables, d'égalité, de démocratie. 

Nous pouvons l'écrire cette histoire. Une histoire qui surprenne, qui nous redonne de l’espoir, qui nous fasse relever la tête. 

« Caro, tu rêves là ». Ah bon ? Qui peut prédire ce qui va se passer dans les mois qui viennent ? Qui pouvait prédire qu’en Autriche, un écolo deviendrait président de la République ? Qui pouvait prédire en Espagne qu’un parti d’à peine 2 ans ferait tanguer les partis traditionnels ?

Je ne sais pas qui va gagner la présidentielle en 2017. Ce dont je suis certaine, c’est que si on part perdants, nos chances de succès, mêmes infimes, disparaissent totalement.

Imaginons. Si les 17 000 personnes inscrites à la primaire de l’écologie se mettent en mouvement en novembre pour aller convaincre les citoyennes et citoyens que le projet écologiste, social et démocratique porté par Cécile Duflot ou une autre est le meilleur pour nos vies, combien de personnes pouvons nous convaincre ?

En fait, j’ai fait le calcul. Pour faire 10 millions de voix au 1er tour, il faut que chaque électeur et électrice de la primaire de l’écologie convainque, d’ici le 1er tour, 3 personnes par jour. 3 personnes. Impossible ? Je ne crois pas. (Les mathématicien.ne.s me feront remarquer qu'en plus, je n'ai pas pris en compte l'aspect exponentiel de la campagne. Ce qui rend la chose encore plus probable).

Bref. La politique, c'est une histoire de dynamique. Et quand la dynamique est de notre côté, qui sait ce qui peut se passer ?

Caroline De Haas, militante féministe

@carolinedehaas

> RDV sur http://duflot2017.fr pour participer à la campagne !

 

 

 

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