De l’origine des mythes et de la civilisation

À la lumière des découvertes scientifiques, de nouveaux éclaircissements sur la fin du dernier âge glaciaire et sur l’origine de la civilisation... Récit d’une catastrophe qui mit en péril la survie de l’humanité il y a 13 000 ans...

Après 100 000 ans de consolidation sur les deux pôles, la glace qui pouvait atteindre 3 km d’épaisseur, s’étalant là ou se tiennent aujourd’hui Londres ou New York, commença à fondre il y a 25 000 ans. On sait aujourd’hui que ce processus très lent fut fortement accéléré par une collision survenue il y a près de 13000 ans : vers 10800 avant JC, une pluie de météorites frappa le Groenland et ses environs. Cette catastrophe engendra des conséquences qui sont observées dans le monde entier et qui sont détaillées dans des articles scientifiques spécialisés (comme ci-dessous)

https://cordis.europa.eu/article/id/34823-an-extraterrestrial-collision-of-international-importance/fr - https://www.journals.uchicago.edu/doi/10.1086/695703 - https://www.sciencedaily.com/releases/2019/10/191002110329.htm

Notre planète fut plongée dans un long cauchemar. En plus de la lumière aveuglante et des radiations mortelles autour des cratères, de la foudre, de la suie couvrant le ciel, des violents séismes et d’ecpyroses ravageuses (10% de la surface terrestre en flammes), des millions de tonnes de glace se déversèrent dans les océans, liquéfiées par la chaleur des impacts. Le niveau de la mer monta de plusieurs dizaines de mètres, par vagues brusques, engloutissant les côtes dans d’immenses tsunamis. Une superficie équivalente à la Chine et à l’Europe réunies fut ainsi submergée. Par exemple, le Japon ou l’Indonésie étaient auparavant reliés au continent asiatique... https://vividmaps.com/coastlines-of-ice-age/

Notre planète avant la fonte massive des glaces Notre planète avant la fonte massive des glaces

La nature connut l’extinction de la majeure partie de la mégafaune (dont les mammouths), dans une période d’instabilité et de spasmes climatiques extrêmes, le Dryas récent qui dura de -10800 à -9500. Avec deux épisodes de montée cataclysmique du niveau des océans. L‘un à son commencement et l‘autre à son terme. Cette période affecta considérablement l’humanité entière, qui dut quitter les vallées fertiles pour se réfugier dans les grottes et les montagnes. Nos ancêtres furent traumatisés et on peut encore en voir l’empreinte dans notre psychologie collective. De cette nature déchaînée, perçue comme cruelle, vint l’image du créateur tyrannique, du Dieu tout-puissant des religions abrahamiques, mais aussi la peur eschatologique que «le ciel nous tombe sur la tête». De là vinrent les mythes d’un grand déluge, les récits d’une catastrophe qu’on retrouve dans de nombreuses cultures partout sur terre, réminiscences métaphoriques de ce souvenir remontant à 500 générations. La culture dite «Clovis», qui vivait alors en Amérique du nord, fut complètement anéantie par le cataclysme. Ce climat profondément et durablement déstabilisé rendit la survie des humains plus que jamais dépendante de leur coopération et de leur ingéniosité. L’importance de la transmission entre générations était absolument primordiale pour surmonter ces épreuves et tenter de se protéger de celles à venir. Cet événement agit comme un catalyseur du désir de maîtriser et de prédire la nature, qui est à l’origine de toute notre société technologique.

De cette catastrophe vint le mythe de l’Atlantide raconté par Platon dans le Timée et le Critias. Insistant sur la véracité de son histoire, qui lui serait arrivée en Grèce depuis l’Égypte, il situe l’évènement 9000 ans avant Solon, soit 9600 avant JC : pendant le Dryas récent. Les côtes et les vallées fluviales qui furent submergées étaient le lieu idéal pour le développement de communautés sédentaires et agricoles. Des ruines sous-marines ont été identifiées, comme la ville dans le Golfe de Cambay en Inde, vestige d’une civilisation disparue sous la mer à cette époque. http://news.bbc.co.uk/2/hi/south_asia/1768109.stm

Le plus ancien des sites mégalithiques datés dans le monde, Göbekli Tepe, est situé dans les hauteurs du nord de la Mésopotamie. Il fut construit à la fin du Dryas récent, vers le milieu du dixième millénaire avant JC. Puis sans explication apparente, il fut volontairement et méticuleusement enfoui sous un monticule de terre en -8500, ce qui a rendu possible sa datation précise. Göbekli Tepe témoigne de connaissances architecturales et astronomiques très avancées pour une population de chasseurs-cueilleurs censée être au début de sa transition vers l’agriculture et la sédentarité. On y voit des symboles qu’on retrouve dans des cultures anciennes jusqu’en Australie ou en Amérique. 

https://www.haaretz.com/archaeology/.premium-israeli-archaeologists-find-hidden-pattern-at-gobekli-tepe-1.8799837 - https://medium.com/@gauthamvreddy/gobekli-tepe-and-its-potential-connection-to-the-vedic-culture-c36af1ead657  - http://brucefenton.info/2017/02/08/ancient-handbags-in-stone-and-art-true-origin-and-meaning-revealed/

Un des centaines de pilliers découverts à Göbekli Tepe Un des centaines de pilliers découverts à Göbekli Tepe

 

 

 

 

 


Un autre mystère réside dans le Sphinx de Gizeh. Fixant l’orient, le Sphinx fait parfaitement face au soleil levant le jour de l’équinoxe du printemps. Ce gardien des pyramides, daté sans preuves concrètes à 2520 av JC, serait en réalité un monument bien plus vieux rénové par les pharaons. Les études menées par le géologue Robert Schoch montrent que les modèles d’érosion observés sur le corps du Sphinx sont caractéristiques d’une exposition prolongée à des pluies torrentielles. Or il faut remonter des millénaires plus tôt pour trouver les traces de telles précipitations, avant la désertification du Sahara, lorsque que la région était encore verdoyante. C’est à dire à l’époque des bouleversements climatiques. Il pourrait donc trouver son origine dans ces temps reculés, si l’on en croit la géologie et la climatologie, et non le paradigme historique des archéologues et égyptologues... https://www.robertschoch.com/sphinx.html

Les ruines sous-marines d’Inde ou du Japon, le sanctuaire de Gobekli Tepe ou le mystère du Sphinx illustrent bien notre amnésie sur ce passé, avant l’apparition il y a 5000 ans de l’écriture, et l’essor théorique des premières civilisations en Egypte, Mesopotamie, Inde, Chine et au Pérou. Toutes sont censées remonter au même moment, et toutes commencent avec des réalisations exceptionnelles, Gizeh, Mohenjo Daro, Caral... Sans qu’on puisse tracer l’origine d’un tel savoir nécessaire à leur construction.

Les preuves mises en évidence par les scientifiques s’accumulent ces dernières années, contredisant le conformisme instinctif, parfois dogmatique, à un récit établi et enseigné depuis des années, celui d’une évolution linéaire, d’un perfectionnement exponentiel aboutissant à l’humanité d’aujourd’hui. Mais c’est oublier que l’histoire de notre développement fut enrayée plusieurs fois par les catastrophes naturelles. Certaines traditions religieuses évoquent un grand cycle de destruction et de renaissance. La précession des équinoxes est le cycle de changement de direction de l'axe de rotation de la Terre, sous l'influence gravitationnelle du soleil et de la lune. https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Précession_des_équinoxes 

Ce cycle dure environ 25920 ans, validant l’estimation qu’en donnait Platon. 12 mois cosmiques de 2160 ans. Dans un cercle de 360 degrés, 72 ans correspondent à un degré. https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Ann%C3%A9e?wprov=sfti1

Bien sûr, ne respectant pas le processus de la méthode scientifique, les connaissances des civilisations anciennes étaient chancelantes et brodées de mythes, desquels dérivent des nombres «sacrés» qui restent utilisés dans la mesure du temps et de l’espace. C’est la cas des multiples de 12 (comme 24, 36, 72, 84, 108, 360, 432, 684, 1080, 2160, 12960, ou 25920 (6x6x6x5x4x3x2x1), la durée de la précession).

Les dimensions de la grande pyramide de Gizeh ont un ratio quasi-exact de 1 sur 43200 par rapport à un hémisphère de notre planète. C’est le nombre de secondes en 12 heures. 43200 = 400x108

En multipliant le diamètre du soleil par 108 (12x9), on obtient sa distance à la terre, l’unité astronomique moderne. On observe ce même rapport de 108 entre le diamètre de la lune et sa distance à la terre et la mythologie hindoue parle des 108 titres de Krishna et des 108 temples de Vishnou et Shiva. 

Le diamètre du soleil est 400 fois plus grand que celui de la lune, et la lune est 400 fois plus proche de la terre, ce qui permet les éclipses. Si l’on divise 400 par 108, on obtient : 3,7037037037... Si l’on divise 400 par 37, on obtient : 10,8108108108108...

Le nombre 37 combine avec les multiples de 3
37 x 3 = 111
37 x 9 = 333
37 x 27 = 999

Très présent dans les mythes, le chiffre 7 (homonyme de Seth, dieu égyptien maléfique) semble être l’articulation du système décimal
1x2x3x4x5x6x7 = 7x8x9x10

D’autres calculs du cycle de la précession peuvent être imaginés à partir de nombres “sacrés”, du nombre d’or ou de Pi.
1/2 x (9x8x7x6x5x4x3x2x1) / 7 = 25920
666 x φ x 24 ≈ 25862
φ x 16 x 1000 ≈ 25888
φ φ x π x π x 1000 ≈ 25838

La «section dorée», comme l’appelait Léonard de Vinci, était déjà utilisée par les anciens égyptiens comme proportion divine dans leurs temples. En plaçant trois points sur une droite, le plus petit segment vaut 1 et le plus grand vaut φ = (1+√5)/2 = 1,6180339887... C’est un nombre irrationnel, qui s’étire vers l’infiniment petit. Il est connu par les mathématiciens pour ses propriétés étonnantes  :
1 divisé par φ = φ - 1 = 0,618...
φ multiplié par φ = φ + 1 = 2,618...
On retrouve dans la nature ce rapport harmonieux entre 1,618 et 1, par exemple entre la longueur allant du coude au poignet et celle allant du poignet à l’extrémité du majeur. Ou dans la géométrie de fleurs, de coquilles d’escargots, du mouvement des vagues ou de la spirale de notre galaxie. Il fut utilisé dans la peinture de la Renaissance, dans la musique de compositeurs classiques, et dans l’architecture : la pyramide de Gizeh, le Parthénon, la cathédrale Notre-Dame de Paris ou le Taj Mahal ont des proportions liées au nombre d’or.

Ils utilisaient aussi un «nombre d’argent»...
δS = 1+√2 = 2.4142135623...
1 / δS = δS - 2 = 0.414...
δS x δS = 2 x δS + 1 = 5.828...

De «bronze»...
(3+√13)/2 = 3,3027756377...
1 / 3,302 = 3,302 - 3 = 0,302...
3,302 x 3,302 = 3 x 3,302 + 1 = 10,908...

Et on peut continuer ainsi avec
n : (n+ √(4+n2))/2
4 : 4,236...
5 : 5,192...
6 : 6,162...
7 : 7,140...
8 : 8,123...
9 : 9,109...
10 : 10,099...
11 : 11,090...
12 : 12,082...

Les humains étaient des mathématiciens, géodésiens et astronomes de génie depuis bien avant la propagation de l’écriture et de la science. Ils étaient fascinés par les nombres qu’ils associaient en proportions et délimitations géométriques harmonieuses, et qu’ils utilisèrent à travers l’histoire dans des constructions... Ces nombres et leurs secrets furent incorporés dans des traditions orales. La cabale y prend ses racines, cheminement vers la «révélation de sa divinité à ses créatures en ce monde».

Les nombres incarnent l’intangibilité de toute théorie du langage, qui n’est qu’un balbutiant rapport esthétique au monde. Un nombre ne veut rien dire en lui-même, mais les rapports entre plusieurs nombres sont déjà bien plus intéressants, comme pour les mots...

Ce cycle de 25920 ans (divisé en 12 x 2160) est représenté métaphoriquement par les 12 signes du zodiaque, en fonction des constellations alignées sur le lever du soleil le jour des équinoxes. Selon l’astrologie, nous sommes à la frontière entre deux âges : à la fin de l’ère du «poisson», qui était le symbole des premiers chrétiens, et au début de l’ère du «verseau». Ce changement symbolique de constellation marquait la fin du calendrier calculé par les mayas, le 21 décembre 2012.

La probabilité que nous connaissions un événement d’ampleur comparable aux impacts d’il y a 13000 ans est tout à fait infime. Mais de plus petites météorites frappent la terre plus régulièrement. En 1908, la comète de Toungouska s’est écrasée dans les forêts de Sibérie, créant une explosion équivalente à 15 mégatonnes de TNT, mille fois plus que la bombe A d’Hiroshima en 1945. Nous avons eu de la chance que cela n’ait pas touché une ville... https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Événement_de_la_Toungouska En 1490, des fragments d’astéroïdes provoquèrent la mort de plusieurs dizaines de milliers de personnes en Chine. Sur les 10 000 dernières années, on estime à 500 le nombre d’impacts cosmiques, parmi lesquels plusieurs furent à l’origine de catastrophes climatiques. L’histoire de la terre en est remplie, bien plus qu’on ne le pensait encore récemment. L’apocalypse (révélation ou dévoilement en Grec) pourrait donc être « l’époque de l’ellipse », lorsque la trajectoire elliptique d’un astéroïde autour du soleil croise notre planète.

Chaque année, à deux reprises, nous passons quelques jours dans une zone à risque météoritique, les «Taurides». D’abord fin juin et début juillet (comme Tougounska), puis fin octobre début novembre (période d’Halloween)... Les Etats-Unis, l’Europe ou la Chine consacrent des recherches à l’identification des objets orbitant dans le système solaire pour prédire de potentielles menaces. Mais on ne repère qu’une partie de notre environnement cosmique. Cette éventualité devrait être davantage prise en compte dans les milliers de milliards investis chaque année dans la défense, pour laquelle nous produisons des armes de destruction massive capables de nous infliger ce qu’il faudrait plutôt chercher à éviter. Il serait en plus théoriquement possible de dévier un astéroïde de son orbite. En treize millénaires, l’espèce humaine s’est suffisamment développée pour empêcher une pareille catastrophe. 

Ignorant les millions d’années d’évolution antérieures, l’histoire qui nous est familière commence il y a 5000 ans, avec les premières sources écrites. Le récit de ce qui précède est un vaste inconnu interprété au fil des découvertes. On peut retracer des bribes de l’évolution arborescente de la lignée humaine depuis l’Afrique, nos premiers ancêtres bipèdes il y a 7 millions d’années, l’apparition des outils de pierre il y a 3 millions d’années et de la domestication du feu il y a 1 million d’années... Puis l’origine de sapiens et sa lente dispersion, ses liens et ses luttes avec les autres espèces humaines peuplant alors le monde (Néandertal, Erectus, Denisova, Florensiesis), qui finirent toutes par disparaître, ne subsistant que dans une fraction de notre ADN...

Les ancêtres communs à l’ensemble de l’humanité appartenaient à des groupes de quelques milliers d’individus en Afrique, qui réussirent à survivre à l’extinction pendant une autre période de terribles catastrophes climatiques il y a 70 millénaires. https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Théorie_de_la_catastrophe_de_Toba 

Ce fut aussi à cette époque que d’importantes évolutions s’opérèrent. Notre larynx descendit, créant une voix nouvelle pour l’humanité qui inventa nos langages actuels s’articulant dans une infinité de messages possibles. Avec les peintures pariétales et les premiers instruments de musique se dévoilèrent de nouveaux rapports à l’espace et au temps, fondés sur les lois du nombre et du concept. De cette préhistoire, seuls les mythes demeurent, métamorphosés par des millénaires de transmission, et des figures divines (Osiris, Vishnou, Quetzalcoatl) émergent du passé teintées d’un halo de mystère. Leurs significations dépassent notre dichotomie opposant croyance et science. Ces mythes sont nés d’un monde primitif de métaphores, surgissant en un flot ardent de la capacité originelle de l’imagination humaine. Source qui s’assécha sous l’influence paradoxale des religions du livre, avec leur croyance invincible en une vérité en soi, éternelle et fixe, accessible par le langage et la recherche scientifique. Cette croyance produit notre prosperité matérielle et notre avancement intellectuel, mais elle peut créer une douloureuse rigidité spirituelle face à l’inquantifiable et à l’indicible. Nos théories scientifiques, si efficaces soient-elles, sont faites des lois que nous attribuons nous-mêmes à la nature, par des rapports numériques et conceptuels. Nous ne savons plus de quelles intuitions sont nés les symboles que nous utilisons pour appréhender le monde. Nous comprenons seulement les vérités auxquelles ceux-ci peuvent nous faire accéder.


«La Philosophie est une lutte contre l’ensorcellement de l’intelligence par les voies du langage.» - Ludwig Wittgenstein  

«C'est parce que l'intuition est surhumaine qu'il faut la croire, c'est parce qu'elle est mystérieuse qu'il faut l'écouter, c'est parce qu'elle semble obscure qu'elle est lumineuse.» - Victor Hugo

«Tout concept naît de l’identification du non-identique, car la nature ne connaît ni formes ni concepts, seulement un mystère pour nous inaccessible et indéfinissable. Qu’est-ce donc que la vérité ? Une multitude mouvante de métaphores, de métonymies, d’anthropomorphismes, qui a été poétiquement falsifiée, transposée et ornée, qui semble à un peuple ferme, canoniale et contraignante. Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont, elles ont perdu leur force sensible... Nous parlons inconsciemment de la manière désignée et selon des coutumes centenaires, et grâce à cette inconscience et à cet oubli, nous parvenons au sentiment de la vérité. L’homme généralise toutes ses impressions en des concepts décolorés et figés, afin de leur rattacher la conduite de sa vie et de son action...»

«Tout ce qui distingue l’humain de l’animal dépend de cette capacité de faire se dissoudre une image dans un concept. Dans le domaine de ces schèmes est possible ce qui jamais ne pourrait réussir au milieu des premières impressions intuitives. Construire un ordre pyramidal de castes et des degrés, créer un monde nouveau de lois, de privilèges, de subordinations, de délimitations, monde qui s’oppose désormais à l’autre monde des premières impressions, comme étant ce qu’il y a de plus ferme, de plus général, de plus connu, et de ce fait, comme ce qui est régulateur et impératif. Chaque peuple a au-dessus de lui un ciel de concepts mathématiquement répartis. Il faut ici admirer l’humain pour ce qu’il est un puissant génie de l’architecture qui réussit à ériger, sur des fondements mouvants, un dôme de concepts infiniment compliqué. Il faut que ce soit une construction comme faite de fils d’araignée, assez fine pour être transportée avec le flot, assez solide pour ne pas être dispersée au souffle des vents...»

«Que sait l’humain de lui-même ? La nature lui a caché la vérité, l'enfermant dans la fascination d'une conscience fière et chimérique, à l’écart des secrets de ses entrailles, du flux de son sang, du frémissement de ses fibres ; elle a jeté la clef, et l’homme, indifférent à sa propre ignorance, se tient dans ses rêves comme sur le dos d'un tigre...»

«Tandis que celui guidé par les concepts et les abstractions ne fait que se défendre contre le malheur sans pouvoir arracher le moindre bonheur, tandis qu’il aspire à être libéré le plus possible des souffrances, l’intuitif, lui, récolte un afflux permanent de lumière, de gaieté, de rédemption. Certes, il souffre plus violemment quand il souffre, il souffre même plus souvent, parce qu’il ne sait pas tirer les leçons de l’expérience et retombe toujours dans la même ornière. Dans la douleur il est alors aussi déraisonnable que dans le bonheur, il crie fort et rien ne le console...»

«Il est temps que l’humain se fixe à lui-même son but, qu’il cultive sa plus haute espérance. Maintenant son sol est encore assez riche, mais ce sol, un jour, sera pauvre et stérile, et aucun grand arbre ne pourra plus y croître. Il faut porter encore en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis. Vous portez en vous un chaos.» 

Cinq extraits de l’œuvre de Friedrich Nietzsche

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