Le 11 mai

Fables de JP

11 MAI

 

L'aurons-nous attendu ce sacré 11 mai,

Comme un rêve lointain, un nouveau jour de l'An,

Une libération à l'aube de l'été,

Une levée d'écrou, un déconfinement !

 

Notre liesse est telle à l'idée de lundi,

Que je pensais, benoît, qu'on pourrait aujourd'hui

Créer un jour chômé, en l'honneur de nos frères,

Restés cloîtrés sur ordre du boss Castaner !

 

Malheureux, me dit-on, mais vous n'y pensez pas,

Vous pourriez par ce geste, irréfléchi, coûteux,

Laisser croire aux Français qu'à leur chemin de croix,

Se pourraient succéder des lendemains heureux !

 

Voulez-vous donc ruiner notre subtil dessein

De faire bosser plus et d'être payé moins ?

Voulez-vous réveiller des espoirs insensés,

Fleurant bon le printemps, la mer, le farniente ?

 

Pour parler du futur, fomenter le destin,

Organiser la France, prévoir nos lendemains,

Nous n'avons nul besoin de vos vers mirlitons,

Mais d'esprits supérieurs, réfléchis et profonds !

 

A l'institut Montaigne, on réfléchit déjà,

A comment profiter de ce moment de joie

Pour sucrer RTT, vacances et fériés

A tous ces fainéants, glandeurs de confinés !

 

Ces sages libéraux, soutiennent, c'est leur loi

Qu'après ces mois d'arrêt, cette dolce vita,

Près de 60 jours à se croiser les bras,

Faut penser à sauver la Bourse, Air France, Axa !

 

Ce que Montaigne tait avec soin, embarras,

C'est que l'ordre donné de se cloîtrer chez soi,

Venait de L’Élysée, du sommet de l’État....

Que c'est pas les Gaulois qu'avaient décidé ça !

 

On leur dit maintenant que c'était pour leur bien,

Et qu'on va les punir en supprimant l'été,

La bronzette, le jaune et la plage et les bains,

Pour avoir obéi à Macron affolé.

 

Car ne vous trompez pas sur la nature cachée

De cette autorité venue droit du palais,

Ni sur l'apparition soudaine et spontanée

D'argent qui par milliards de Bercy s'écoulait :

 

La PANIQUE au sommet, la chocotte létale,

La frousse des banquiers, la Bourse qui s'emballe,

Les troupeaux d'ouvriers par la mort décimés,

Les usines arrêtées, les ateliers fermés....

 

Et quand le Corona se sera retiré,

Les commissions d'enquête et l’État soupçonné

D'avoir, tremblant de trouille, agi sans réflexion

Pour sauver en premier l’Élysée et Macron !

 

Car on entend déjà les hyènes rioter,

A percevoir le miasme embaumant de charnier,

Flottant sur le classieux Faubourg Saint-Honoré,

Beauvau ou Matignon, et autres beaux quartiers.

 

Et regardez aux cieux, ces vols tournoyants,

D'oiseaux crochus de bec que la curée attire,

Attendront-ils la fin du déconfinement

Pour dépecer la proie à laquelle ils aspirent ?

 

Depuis trois ans déjà que le gamin s'étale

Qu'à jouer Jupiter, même Brigitte ennuie,

Qu'il a voulu tuer l'école, l’hôpital,

Étouffer syndicat, département, mairie,

 

Réformer les retraites, tout donner au privé....

Voilà qu'aux gilets jaunes il a fallu céder,

Que la Santé passera bien avant les Armées,

Que la retraite à point est morte et enterrée

 

Que l'édile chez lui reprendra le pouvoir.

Sur sa France moderne et premiers de cordée,

Macron s'est ramassé...Aujourd'hui c'est à croire

Que tout sauf l’Élysée peut se déconfiner.

 

JP

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