SANTE PUBLIQUE: LABORATOIRES PHARMACEUTIQUES ET BACLOFENE

Les Francs-Maçons, L’Amour, Les Juifs, La Pauvreté, Les Etrangers, Les Riches … Pour tous ces sujets qui s’invitent a intervalles réguliers dans les éditoriaux, les journalistes ont forgé un mot : Les Marronniers.

Le principe du marronnier est simple. Un sujet intemporel ou suffisamment large auquel il ne faut surtout apporter aucune réponse. Leurs fréquences d’apparitions tenant lieu de traitement. Pourtant la frénésie d’une information en continue sans limite ne peut plus se contenter de ces marronniers, elle a un besoin vital d’autres sujets.

A bien des égards, les laboratoires pharmaceutiques présentent toutes les caractéristiques nécessaires pour prétendre entrer dans le genre. Un monstre tentaculaire, des situations monopolistiques, une opacité à toutes épreuves, des conflits d’intérêts comme moteur de développement, et bien entendu de l’argent qui coule à flot et qui a l’occasion servira toute autre chose que la santé. Ces questions bien que légitimes ne pourront jamais être traitées efficacement, si dans le même mouvement, on n’interroge pas l’indépendance d’un secteur comme la santé.

Est-il raisonnable de continuer à déléguer à ce point la santé de milliards d’individus à une poignée de multinationales de droits privés ? Car au delà des enjeux financiers et des multiples accros aux règles de droits les plus élémentaires, dont nous avons presque pris l’habitude aujourd’hui, les enjeux sont :

Quelle est la nature d’une recherche orientée par des enjeux financiers?

Comment se définit le traitement et le soin à cette aune là ?

Enfin, la question de la vie et de la mort a t-elle encore un avenir philosophique où doit elle être conditionnée par la logique libérale du moment ?

Il faut être précis.

Servier et le Médiator, Jean-Claude Mas et les prothèses mammaires, Aquilino Morelle et le Seroplex, auxquels il faudra ajouter l’ensemble des prochains scandales qui alimenteront les éditoriaux, ont tous un point commun. Une logique exclusivement financière qui affecte la santé de nos concitoyens et détourne la recherche de son but principal soigner et guérir.

Nous avons nous, citoyens, par faiblesse, par manque d’informations, par manque de temps aussi, tant les dérégulations auxquelles nous avons à faire face sont nombreuses, abdiqués.

Alors, aujourd’hui et demain plus encore, ce sont des entreprises privées qui détermineront ce qui doit être soignés et ce qui ne doit pas l’être. Plus effrayant encore, comment soigner telle ou telle pathologie, non plus en fonction des chances de rémission ou d’éradication de la maladie mais en fonction de ce qui sera le plus rentable pour l’économie de la santé.

Le baclofène en offre probablement la preuve la plus récente.

Ce médicament découvert par le docteur Olivier Ameisen en 2008  et qui traite l’alcoolisme de manière efficace a le terrible désavantage d’être tombé dans le domaine public et de ne pouvoir apporter aucune retombées financières. Sa seule valeur : permettre de guérir des millions de personnes. L’alcoolisme qui tue une personne toutes les 10 minutes dans le monde, n’aura retenu l’intérêt d’aucun laboratoire. En se refusant a investir le moindre centime dans un protocole scientifique qui permettrait d’établir de façon incontestable son efficacité, des millions de malades meurent chaque année depuis 2008 alors qu’il pourrait être traités.

Pourtant, si cela est encore possible, il y a plus grave. Ces mêmes laboratoires pharmaceutiques continuent dans le même temps a investir des milliards pour améliorer un traitement contre l’alcoolisme, qui en ne faisant que diminuer l’appétence à l’alcool, permet la perpétuation d’une chronicité, elle même génératrice d’énormes profits. Au détriment de la recherche, des malades et des comptes sociaux !

Aussi peut-on envisager un monde où la maladie en viendrait a changer de paradigme.

La question n’étant plus sa guérison ou sa disparition mais sa préservation sous une forme socialement acceptable et dépendante d’une pharmacologie idéologisée.

La maladie ne serait donc plus un critère, c’est l’économie de la maladie qui le deviendrait.

Ce n’est pas de la politique fiction, cela se passe aujourd’hui et la France en est le principal théâtre.

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