À J-1 de l’ouverture d’EntreVues

Juste avant le coup d'envoi du festival EntreVues, qui se tient actuellement à Belfort jusqu'au 2 décembre en partenariat avec Mediapart, la bonne nouvelle est enfin arrivée: nous aurons une copie, certes en beta numérique -mais c’est une copie quand même - de L’Annonce faite à Marie d’Alain Cuny. Voilà des semaines que nous bataillons avec Duc le régisseur copie du festival et nous avons l’impression vraiment d’avoir vaincu… je ne sais quel ennemi d’ailleurs!

Juste avant le coup d'envoi du festival EntreVues, qui se tient actuellement à Belfort jusqu'au 2 décembre en partenariat avec Mediapart, la bonne nouvelle est enfin arrivée: nous aurons une copie, certes en beta numérique -mais c’est une copie quand même - de L’Annonce faite à Marie d’Alain Cuny. Voilà des semaines que nous bataillons avec Duc le régisseur copie du festival et nous avons l’impression vraiment d’avoir vaincu… je ne sais quel ennemi d’ailleurs!


L’annonce faite à Marie est LE film, seul et unique du grand acteur Alain Cuny. Catherine Millet qui a choisi de le montrer dans le cadre de la rétrospective « Art press 40 ans de regard » au festival cette année raconte qu’Alain Cuny a parlé pendant de très nombreuses années de ce film à faire. Alain Cuny réalise L’Annonce à 83 ans, il meurt 3 ans plus tard. Pour lui, dont la vraie vocation était la peinture, ce film fut sa grande œuvre de peintre.

Le film date de 1991… une petite vingtaine d’années, on pourrait croire pas grand chose, les années 90, c’était hier. Et d’ailleurs hier ce film avait encore un distributeur. Mais aujourd’hui L’annonce faite à Marie pourrait tout aussi bien être un film perdu. Le distributeur originel n’a plus les droits, et donc plus de copies. Curieusement ni la cinémathèque française ni la cinémathèque de Toulouse n’ont une copie du film… Lorsqu’on découvre cela, vouloir montrer le film devient plus qu’un désir, c’est une nécessité, une urgence…On se dit que si on trouve une copie, non seulement on aura plaisir à l’offrir à ses spectateurs comme une œuvre engloutie et sauvée des eaux, mais aussi peut-être, qu’on aura permis à ce que le film ne devienne pas une œuvre invisible. Une œuvre qui n’existerait plus que dans le souvenir de ceux qui, à l’époque, l’avait découvert en salle, tel un ovni, le film d’un homme âgé mais qui découvrait le plaisir du cinéma comme un enfant, un si grand connaisseur de Claudel qu’il pouvait en jouer à sa façon.

Lorsqu’on qu’on programme du cinéma de patrimoine, on a quelques réflexes : au-delà des cinémathèques en France et dans les pays francophones, deux mines aux trésors, le catalogue du ministère des affaires étrangères – aujourd’hui institut français – et celui du Forum des images. S’ils n’ont pas vocation à louer leurs copies, c’est toujours un soulagement que de savoir qu’ils sont dépositaires d’une rareté que l’on cherche en vain… Mais ici comme là pas d’Annonce , comme si ce film qui rassemblait deux figures de la culture française Claudel et Cuny, après une vie éclair sur les écrans, n’avait intéressé aucune institution culturelle…

C’est en revenant à la fiche technique du film que la solution m’a sauté aux yeux. Le film Oh miracle ! avait été coproduit par ARTE. Il existait donc sur une étagère de cette providentielle télévision une copie en format BETA, un PAD, prêt à diffuser… Maintenant que les salles de cinéma ont jeté au rebut (oui on peut le dire comme cela tellement les exploitants ont l’air de s’être hâté de se débarrasser des projecteurs 35 mm pour être bien sûr que l’ère de l’argentique ne reviendrait jamais !), passer un film tourné en 35 mm en numérique est une banalité… Et de toute façon pour moi, une seule chose importe : montrer le film quelque soit son format en salle, dans un cinéma, ce lieu magique où tous nous sommes à la fois ensemble et seul avec les images qui s’imposent à nous sur l’écran.

Retrouver la cassette sur l’étagère à ARTE ne fut pas compliqué…je suis rassurée de savoir que tout est bien rangé chez eux – d’autant plus rassurée que c’est sans doute là qu’il faudra désormais aller chercher le cinéma d’auteur français des années 90 et 2000 dans quelques années.

Rester à retrouver le producteur, ayant-droit du film. Lui aussi est toujours là. Même s’il ne fait plus de cinéma… Nous lui avons loué le film, Arte nous a envoyé une copie.


Vendredi 23 novembre 14h. Demain s’ouvre le festival et la cassette est là sur le bureau de Duc, le régisseur-copie (à qui j’ai promis le champagne pour ce coup là !), à côté d’Une sale histoire de Jean Eustache, (tourné en 16mm et en 35 mm au milieu des années soixante-dix) que nous montrerons aussi en beta numérique. Montrer les films coûte que coûte est devenu mon credo !

En revanche, nous ne montrerons pas La maman et la putain dont plus aucune copie n’est aujourd’hui dans un état suffisamment préservé pour pouvoir être projetée… Et là point de télévision providentielle pour nous sauver la mise… La maman et la putain, se meurt doucement dans des boites en fer blanc. Mais qui donc laisse ainsi ce chef-d’œuvre disparaître, comme s’il voulait tuer une deuxième fois Jean Eustache ?

Je crois que nous devrions lancer un appel, une pétition, et pourquoi pas une souscription pour UNE VERSION RESTAUREE DE LA MAMAN ET LA PUTAIN !!!!

 

Catherine Bizern,

vendredi 23 novembre 2012

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