C/Com: Gilets jaunes, indicateurs préventifs

Ceci est un commentaire, ou une réponse à un commentaire. Il me sert à donner une opinion sur un sujet, lorsqu'il est suffisamment explicite ou qu'il dépasse la longueur tolérable pour les lecteurs. Il me sert de rappel et je n'ai aucun grief contre les personnes citées dans ces commentaires. Objet: Les Gilets Jaunes

Une simple boite aux lettres © unfragmentdetemps Une simple boite aux lettres © unfragmentdetemps

C'est dans la contradiction qu'il faut chercher la vérité. Les médias annoncent un mouvement qui s'essouffle, qui se radicalise, qui n'est pas légitime, et qui ne concerne qu'une frange minoritaire de la population. Mais dans un second temps, ils annoncent 70/80% d'adhérents au mouvement. La contradiction impose le doute. L'on aurait tendance à prendre l'opinion la moins partisane pour se construire une idée valide. La presse minimise les coups de projecteur sur les zones pacifiques du mouvement, pour en appuyer les zones anarchiques et violentes.

Le contraste entre les articles de Mediapart, qui tente de montrer l'intégralité du mouvement, avec ceux des journaux grand public est saisissant. L'aspect partisan est donc du côté opposé au mouvement, et il est bien défini comme tel, car l'on devrait voir apparaitre un nombre équitable d'articles entre les zones agitées et revendicatives. Ce n'est pas le cas. Ils ne tirent ainsi aucun bénéfice d'un sondage qui légitimerait le mouvement, s'ils l'affichent néanmoins, c'est par nécessité, celui-ci aurait vu le jour sans leur aide.

Rien n'est une science absolue, et tout doit être traité avec précaution et recul. Le sondage est néanmoins à favoriser si l'on veut se forger une idée sur le niveau de participation, active ou passive de la population. Cela peut être observé par une autre méthode, les partisans affichant volontiers leur soutien en plaçant un gilet jaune derrière leur pare-brise. Il est alors difficile de nier le soutien massif au mouvement, ce qui conforte un peu plus la réalité du sondage et la partisanerie de certains médias.

Le mouvement ne peut être soutenu uniquement par l'un ou l'autre côté du spectre politique. Une orientation politique est évidente, que l'on soit encarté ou non à un parti, tout le monde possède des idées et avis sur les questions politiques. Les résultats des élections précédentes nous donnent, là aussi, un indicateur de la segmentation des idées politiques en France. Celles-ci sont plus ou moins égales, et l'on se doit d'envisager que la contamination des idées politiques est également égale dans les esprits apolitiques. Le mouvement est donc contradictoire et diversifié.

Il est possible d'avoir une idée assez juste de la puissance du mouvement, mais pas du terrain qu'y occupe chaque orientation politique. C'est là le risque et la crainte. Cela donne deux conclusions faciles, la première, c'est qu'il est effectivement soutenu par des personnes adhérentes aux idées d'extrême droite. La deuxième, c'est qu'il existe aussi, dans une proportion tout aussi plausible, des gauchistes y participant. Chacun des apolitiques pouvant renfermer un humaniste ou un extrémiste selon le contexte.

Il est alors absurde de cataloguer les manifestants, en les parquant dans de petites cases comme le font le gouvernement et les médias dominants. Si l'on voit bien l'intérêt, politique, qui est d'éviter un retour de bâton général du mouvement, la logique, elle, est partie en vacance. Les articles de Mediapart montrent clairement qu'il existe souvent, chez les participants, des idées contradictoires et incohérentes. Un problème lié au manque de connaissance des sujets abordés, les manifestants ayant pris le pavé de la rue récemment, l'expérience idéologique et politique leur manquent encore.

Nous pouvons analyser un autre indicateur, celui des revendications, dont j'avais déjà parlé lors d'une autre discussion sur ce site. Nous y trouvons effectivement des revendications d'extrême droite, preuve qu'ils participent bien au mouvement, mais nous y trouvons aussi de nombreuses revendications de gauche, concernant l'immigration, ou l'aspect social et économique.

Les 42 revendications qui avaient été fournies il y a quelque temps donnaient pour moi une mesure encourageante, je n'y avais aperçu que deux points radicaux, qui étaient néanmoins contrebalancés par des mesures de gauche qui les rendaient très peu dangereuses. Mais je me doutais déjà à l'époque que la guerre des opinions dans le mouvement n'était pas terminée et que les revendications pouvaient fortement évoluer au fil des joutes idéologiques.

J'avais alors tenu une position simple, celle de ne surtout pas laisser un mouvement, possédant une telle force, avec un tel soutien populaire, aux mains de l'extrême droite. Au risque de voir apparaitre un attachement massif de leurs idées aux gilets jaunes, ainsi que des propositions de plus en plus radicales et une catastrophe prévisible pour les prochaines élections, si ce soutien devait être récupéré massivement.

https://blogs.mediapart.fr/cedric-bras/blog/241118/ccom-gilets-jaunes-un-mouvement-dextreme-droite

Il convenait alors de ne pas s'en désolidariser, mais de l'appuyer et d'y apporter ses idées humanistes, pour ne pas laisser les extrémistes dominer le terrain en défenseurs du peuple face à la macronie. Pendant que la gauche se tiendrait alors en retrait par peur d'une contamination, laissant ces gens trouver leurs allies parmi ceux qui restent.

C'est une position logique, si l'on tient compte des indicateurs qui nous montrent la puissance du mouvement, et la présence de l'extrême droite en plein milieu. Cela revient à laisser son enfant jouer avec une grenade, par peur qu'elle ne vous blesse en explosant.*

La raison morale menait à la même posture. L'on ne peut décemment pas laisser les gens que l'on dit défendre, se battre seuls contre ce que nous critiquons depuis des années. Quel genre de gauchistes humanistes serions-nous, si nous laissions le peuple face aux répressions de la dictature capitaliste et aux côtés du plus dangereux des mouvements idéologiques?

Il ne s'agit pas ici de récupération politique, il ne s'agit pas de nommer, ou faire concourir des partis, il s'agit d'orientation politique. Ce concept parfois obscur chez certains est pourtant très simple. Les partis servent une orientation, et chacun glisse dans l'une ou dans l'autre à mesure qu'il affine ses positions idéologiques. Il n'est absolument pas besoin d'adhérer à un parti pour être politisé.

La gauche, c'est avant tout l'altruisme dans ma vision des choses, à l'inverse de la droite qui privilégie l'égocentrisme et l'enrichissement personnel. Qu'importe si l'on doit se trouver à côté des extrémistes de droite, qu'importe si l'on respire le même air qu'eux, qu'importe si l'on doit chanter la Marseillaise et brandir le drapeau tricolore, qu'importe tout ça. Il ne s'agit pas de nous, mais d'eux. Qui souhaite une haie d'honneur pour gauchistes irréprochables et intègres? À part des droitistes refoulés?

De tout cela, il n'y a que des indicateurs, pas de preuves incontestables, pas d'évidences et pas de généralités. Nous devons nous plier à un exercice fastidieux, qui revient à trouver de bonnes positions dans un mélange improbable, un chaos monumental où les idées contraires se côtoient, où la contradiction abonde, et où l'on ne peut se permettre de faire des amalgames au risque de voir la situation nous échapper. Ce qui ne manquerait pas de satisfaire les complotistes ou dénonciateurs du fascisme, qui auraient alors du travail à revendre pour valoriser leur égo. Moi, cela me fait peur. Ce mouvement est une bombe, elle ne peut pas être désamorcée et elle ne peut pas être ignorée, elle doit nécessairement exploser du bon côté.

Je préfère le travail collectif et préventif. La réflexion plutôt que la vanité d'une position dangereusement ferme et inaltérable. Nous avons un travail à faire sur le terrain, et c'est cela qui écrit l'histoire, soit nous donnons ce pays aux eugénistes, soit nous triomphons du capitalisme et de l'extrémisme. Mais cela ne peut se faire qu'avec le peuple, surement pas dans notre intimité bornée.

Ceci est mon opinion de la situation, et je ne demande pas à tout le monde d'en suivre l'exemple. Il peut exister des arguments logiques qui la mettent en défaut, mais je n'en ai pas encore vu. Alors je m'en tiens à cette position pour le moment. Je lis chacun des commentaires sur ce sujet, ainsi que les articles de la rédaction et d'ailleurs. Des sites généralistes, je passe aux blogs néonazis et reviens sur les commentaires anticapitalistes et autres pamphlets révolutionnaires de tout type. Cela me conforte dans l'idée qu'il ne faut pas ignorer ou rejeter ce mouvement. Une erreur dangereuse à éviter.

* Attention à la métaphore, celle-ci est centrée sur la dangerosité d'une grenade, et la fragilité d'un enfant, et non sur la supposée ignorance du mouvement que je qualifierais d'enfantin. Là n'est absolument pas mon propos, merci.

Source:

https://www.mediapart.fr/journal/france/081218/gilets-jaunes-paris-est-en-train-d-ecrire-l-histoire/commentaires#comment-9177485

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.