Harcèlement sexuel : La violence psychologique n’est pas un crime

Une étude datée de 2001 concernant le harcèlement sexuel en France a fait l'objet en 2003 d'une critique nommée "Homo mulieri lupus?" par Marcela Iacub et Hervé Le Bras, qui sert aujourd'hui d'arme indiscutable aux défenseurs de la cause patriarcale. Une arme vraiment indiscutable?

Citizenside © AFP Citizenside © AFP

Cet article est né par le constat que, malgré l’âge et les multiples critiques et contre critiques apparus suite à cette étude, la cause des hommes continue à utiliser ce texte pour défendre le droit à la drague. Cette incohérence, où amalgame volontaire entre consentement et non-consentement d’une personne responsable lors d’un échange social se focalise plus sur l’inconnue d’un accord réciproque que sur la nécessité de ne pas insister lorsqu’il y a rejet. Ainsi, la première avance englobe la totalité des avances pour permettre au harcèlement de s’épanouir. Je ne pouvais pas savoir mon bon seigneur !

Il est préférable, avant toute lecture du présent article, de lire cette critique afin d'avoir les points de référence en tête:

L’étude :

http://lagitation.free.fr/IMG/pdf/enquete_enveff.pdf

La critique :

http://www.la-cause-des-hommes.com/spip.php?article203

L'indice de harcèlement, ou la redéfinition du terme

La critique se base pour une très grande partie sur l’indice général de harcèlement proposé par l’étude, qui est censé donner une idée globale des harcèlements subis par les participants. Si le choix de regrouper tout type de harcèlement est discutable, l’étude fait néanmoins l’effort de scinder les parties et de détailler chaque option afin de ne pas tomber dans la désinformation et l’amalgame. La critique devrait donc se porter sur le choix d’afficher seulement cet indice et de l’utiliser pour orienter l’opinion sur les harcèlements sexuels de façon partisane et non logique. Ce n’est manifestement pas le cas, hormis dans le cadre de la critique, l’étude étant parfaitement explicite sur ses analyses.

Un indice permettant d'englober très largement les diverses catégories de harcèlement sexuel, ici critiqué pour son incapacité à définir clairement un harcèlement et pour englober hypothétiquement des témoignages biaisés de personnes mal informées. Ceci est néanmoins avancé un peu vite et avec la conviction que les participants à l'étude sont incapables de faire la différence entre un harcèlement et une tentative de drague ratée.

Il est dit que cet indice tente de créer la confusion, car il englobe de nombreuses sous-définitions de l'agression sexuelle. Dans la critique, il est noté qu'elles sont assemblées pour gonfler le résultat afin d'avoir un indice le plus haut possible de manière fallacieuse. Il s'agit pourtant d'un indice appelé "Indice global de harcèlement sexuel". Non seulement ce terme vague englobe la totalité des harcèlements à caractère sexuel que l'on peut trouver dans la société, ce qui justifie l'inclusion de diverse sous-catégorie, mais l'on parle ici de harcèlement et non d'agression.

Ainsi, le propos de la critique tente d'orienter l'indice sur les agressions pour décrédibiliser les résultats en s’interrogeant sur le besoin d'y inclure les problèmes qui n'entrent pas dans l'agression selon la définition qu’en ont les auteurs. Il est dommage que la critique s'invite à dénoncer ce rapport par cet angle, car elle joue ainsi avec les mots et pose le problème de la manipulation qu’elle tente de dénoncer.

La critique s'égare même à qualifier de gêne les réponses des participants de l'étude, sans aucune information précise les concernant. Ainsi l'on peut critiquer l'arbitraire des mots utilisés dans une étude, et faire la même chose dans sa critique en usant de termes peu avisés en tentant de faire passer un indice global de harcèlement pour un indice d'agression avéré. Une confirmation est trouvée avec cette transformation qui vise à faire passer un harcèlement pour une simple drague dans un sex-shop, l'on part ainsi dans l'extrapolation la plus totale et l'on descend très vite dans l'absurde en parlant d'exhibitionnisme dans les piscines publiques, afin de rendre le propos ridicule au-delà du raisonnable.

Les personnes présentes dans une piscine publique sont parfaitement conscientes qu'il est nécessaire de se dévêtir pour pouvoir nager correctement, et il est donc peu probable qu'elles s'en plaignent, car dans ce cas nous aurions une désertion des piscines. Dans le cas des sex-shops, il faut noter que la clientèle de ces lieux est principalement masculine, et qu'il n'est pas pertinent de considérer ces lieux comme un espace de fréquentation habituel pour des personnes soucieuses de ne pas recevoir d'avance sexuelle. Quand bien même il ou elle en recevrait, la décence n’impose pas l’insistance et la logique n’interdit pas à un homme d’éviter l’approche lourde et autoritaire commune aux prédateurs.

Les exemples décrits dans la critique sont absurdes. Le naturisme? Il est bien évident que les personnes pratiquant cette discipline sont parfaitement d'accord pour accepter l'exhibitionnisme, j'irai même jusqu'à avancer que c'est ce qu'elles recherchent avant tout. Il est donc peu probable qu'elles aient participé à gonfler les statistiques dans cette étude, comme le suggère cette critique.

Par ailleurs, qui définit la limite entre drague et harcèlement? N'est-ce pas les victimes elles-mêmes? Doit-on les forcer à accepter le harcèlement parce que l'on considère arbitrairement cela comme de la drague? Il s'agit alors d'un concept autoritaire basé sur l'avis des personnes mis en cause, et non celles des victimes. Définir arbitrairement ces cas comme anodins, sans preuve, n'est pas recevable, participant à rendre cette partie de la critique peu convaincante.

Le fait est qu'il parait évident que les participants ont répondu consciemment à un questionnaire qui visait à leur demander s'ils ont déjà été harcelés sexuellement. Le propos de la critique aurait pu être justifié dans le cas où les participants n'auraient pas été mis au courant de la nature de l'enquête, et auraient répondu sans savoir clairement à quoi ils participaient. Il est pourtant évident que ce n'est pas le cas, il faut donc se fier à l'intelligence des participants, sachant faire la différence entre un harcèlement et une simple drague. Car dans le cas de cette critique, l'on discrédite tous les participants, incapables de définir correctement un harcèlement sexuel, et ne sachant pas à quoi ils répondaient.

L’amalgame, ou l'art d'être inopérant dans son discours

L'on commence ici la critique de l'étude en créant un amalgame entre l'aspect politique et illégal de la faute. Tout ceci pour juger un amalgame présumé. Nous poursuivons en fournissant simplement les morceaux d'une définition qui créditent la critique, en se gardant bien de donner celles qui la discréditent.

Voici ce que retient la critique de la loi de 1992 concernant le harcèlement sexuel:

"pour une personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction, est puni le fait de harceler autrui en usant d’ordres, de menaces ou de contraintes dans le but d’obtenir "des faveurs de nature sexuelle."

Les hommes abusent pourtant bien de leur position dominante pour assujettir les femmes et les violenter sexuellement. Des cas judiciaires l’ont déjà prouvé, c’est donc une réalité qui entre parfaitement dans le cadre de cette définition. Mais l’on peut concevoir qu’elle s’arrêterait possiblement à l’aspect professionnel et éventuellement contester cette définition dans un cadre plus large, comme celui traité par l’étude.

Celle-ci ne tenait pas son indice comme enfermé dans le cadre professionnel, bien qu’elle le mentionnait dans une section, mais était considérée de manière générale. Il me semble peu probable que les personnes responsables de la critique, lorsqu'elle cite la piscine publique ou les clients d'un sex-shop, n'aient pas compris l'orientation de cet indice. Néanmoins, il est manifeste ici qu'il s'agit soit d'un manque flagrant de compréhension, soit d'une volonté de tromper les lecteurs.

Dans les deux cas, cela réduit la crédibilité du propos tenu dans cette critique qu'il faudra traiter avec la plus grande précaution. Par ailleurs, les textes ayant évolué pendant toutes ces années, il est peu judicieux de tenir cette critique et les définitions de l'époque comme légitime de nos jours. Même les auteurs devraient se rendre compte qu'elle n'a plus lieu d'être en 2003 si l’on souhaite être en accord avec la loi. Et je m'étonne de voir des articles ou commentaires la citer actuellement pour valider leur propos, alors qu'au contraire, l'étude incriminée n'a fait qu'être justifiée durant toutes ces années, ce qui ne fait que confirmer son propos.

Ainsi, la critique tente de justifier son caractère visionnaire, en parlant de l'aspect politique qui viserait à transformer la loi pour punir les actes de harcèlement. Tout ceci en avançant que le harcèlement s'est vu redéfinir en 2002, alors que l'étude date de 2001, mais en se gardant bien de dire que l’indice était parfaitement légitime à l’époque de la critique. Pourquoi ? Il est pourtant naturel que des personnes débâtent et élargissent le champ de possibilité dans de nombreux domaines, et, considérant que la loi fût modifiée seulement un an plus tard, il n’est pas pertinent de parler d’extrapolation, puisque la définition devait déjà être un consensus à ce moment-là.

Harcèlement © TissoT éditions Harcèlement © TissoT éditions

Il s’agit donc d’une critique de la loi elle-même sous couvert d’une critique de l’étude. Ce qui est bien plus problématique. Car redéfinir arbitrairement une définition qui ne nous convient pas, en faisant remarquer qu’une étude élargissait une définition légale, et quelque peu contradictoire. L’on s’arroge alors des droits, que l’on n’admet pas pour ceux ayant fait l’étude. Pourquoi ?

Lorsque les arguments factuels ne sont plus d'actualité, l'on commence alors à envisager la philosophie. Domaine hautement subjectif où tous les rêves sont permis. Quoi de mieux pour définir un aspect concret et illégal? Ainsi, la critique tente l'approche qui consiste à considérer un indice général comme fumeux, car ne faisant pas mention des sensibilités de chaque personne, omettant d'inclure la notion de subjectivité dans sa conclusion. La logique d'un indice général est pourtant d'inclure des données et non l'inverse.

Ainsi, nous ne pouvons en aucun cas définir ce qu'est le harcèlement sexuel. Oui, nous pouvons définir précisément un meurtre, un vol, une agression physique, cela ne dérange nullement les auteurs. En revanche, un harcèlement serait trop contraint par la philosophie pour pouvoir posséder une définition précise et claire, comme si la philosophie écrivait les textes de loi. Belle tentative de censure par la propagation d'une idée pourtant avouée comme parfaitement subjective.

Le corps et l’esprit qui s'entrechoquent ou fusionnent

La violence psychologique n'est pas une réalité pour tous. Ainsi, certains, comme les auteurs de cette critique, s'insurgent que l'on puisse faire une comparaison entre les violences physiques et psychologiques. Preuves à l'appui, qu'une violence physique est immédiatement reconnaissable, alors qu'une violence psychologique ne l'est pas! C'est omettre de considérer qu'une violence psychologique soutenue et constante amène parfois la victime à se suicider, mélangeant ainsi l'aspect psychologique avec l'aspect physique que les auteurs tentent pourtant de dissocier sans grande conviction.

Ainsi, la violence psychologique devrait être quantifiable, comme l'est la violence physique, pour avoir le droit de porter ce nom. Nous voilà donc rassurés, comme pour la violence physique nous quantifions les résultats, un mort, une dépression, une incapacité de travail, un mal-être, que nos auteurs devraient apprécier dans leur recherche de légitimité quant à la définition du terme. Soulagement.

S’il est parfaitement évident que l’on ne peut comparer une fracture de mâchoire et une remarque désobligeante sur un aspect physique, il est nécessaire de ne pas définir arbitrairement une échelle de la souffrance, comme le font les auteurs, qui se permettent d’expliquer ce que doivent ressentir les victimes en fonction de leur propre définition de la souffrance. En matière de subjectivité et d’inconsistance, l’on brise des murs à une vitesse catastrophique.

Remettre en doute un indice car il assemble souffrance physique et souffrance psychologique (cela passe mieux en changeant le terme) n’est pas très pertinent. Si l’aspect quantifiable peut être discuté concernant la souffrance psychologique, son impact ne peut pas être nié, et doit donc être répertorié, quand bien même cela ne serait pas du goût des critiques.

L’ôter de l’étude, comme le suggèrent les auteurs à demi-mot, serait une faute majeure qui serait réellement critiquable. Il ne s’agit pas tant de faire un amalgame, puisque là n’est pas le propos, mais de donner une notion générale qui inclut ces souffrances. Il est pertinent de dissocier les définitions pour les analyser, mais cela ne l'est pas de remettre en cause une étude sous prétexte qu’un indice donnerait une idée trop générale du harcèlement. Ce qui n’est même pas réfuté par la critique, un comble.

Car les auteurs basculent très vite sur la critique pure et simple des lois visant à protéger les victimes de souffrances psychologiques, en dénonçant tout un tas de mesures prises en ce sens et en arguant que cela mènerait à des dérives consistant à aller toujours plus dans l’excès par fautes de définition et de quantification possible.

Il s’agit pourtant là d’une extrapolation dans son plus simple appareil. Tout comme l’on a peur de se prendre un Airbus sur la tête en sortant de chez soi, il faut pourtant bien sortir afin d’aller travailler ou faire les courses. La nécessité est donc de règlementer l’aviation pour éviter un maximum ce genre de chose, et non d’interdire les gens de sortir de chez eux.

Il est par ailleurs regrettable qu’à ce niveau d’argumentation, les auteurs se vautrent encore dans l’amalgame qu’ils critiquent, en mélangeant les violences psychologiques et les pressions psychologiques. Car les deux termes ont une définition et une intensité qui n’est pas comparable. Ainsi, lorsque l’on critique l’amalgame, l’on devrait être exemplaire dans son propos, ce qui n’est pas le cas ici, une fois de plus. Eux qui cherchent ainsi à construire une échelle de la souffrance clairement définie, se retrouvent à mélanger les termes pour assoir un propos qui leur échappe dans un discours intellectuel qui n’en a que le nom.

Il y a pourtant une critique fondée dans toute cette incohérence, mais il faut pour cela parcourir la moitié de l’article afin d’y gouter. Cela n’a entre autres rien à voir avec la critique de l’étude, mais annonce un fait communément admis.

Les femmes peuvent aussi être coupables de pressions psychologiques sur les hommes. C’est un fait. Cela ne remet pas en cause l’étude ni ne justifie les fautes des hommes. Cela n'invalide pas plus le combat féministe ou discrédite leur parole. Mais les auteurs enfoncent ici une porte ouverte, qu’il est intéressant de garder en tête, même si elle est affichée pour donner de la consistance à un texte qui en manque cruellement.

Parler de subtilité dans une relation entre hommes et femme quand la domination masculine est un fait avéré, pourtant contesté par les auteurs, est hautement cocasse. Comment ne pas parler des différences de salaire ? Des travaux et fonctions interdites aux femmes ? De la domination imposée par le patriarcat depuis tant de siècles, imposant le silence du vote des femmes ou la nécessité qu’elles avaient de devoir manger dans une autre pièce que celle des hommes et les tâches ménagères qui leur sont de facto réservées.

Consultations au Japon © nippon.com Consultations au Japon © nippon.com

La domination est une réalité autrement plus référencée que sa négation. Partant de ce constat, en prenant en compte le nombre de couples présent en France et en liant la religion hautement patriarcale dans le champ de la critique, une relation de couple ne peut en aucun cas être équilibrée. Cela se ressent dans l'attitude de certains hommes à discréditer la souffrance des femmes lorsqu’elles sont psychologiquement violentées.

Mécaniquement, nous en venons à la victimisation des hommes. Venant de ces femmes et de cette étude qui chercherait à faire de l'homme un monstre assoiffé de domination. N’y aurait-il pas comme une volonté de légitimer des actes en tentant de faire croire que le remède serait pire que la maladie ? Doit-on faire une étude pour démontrer la souffrance qu’imposent les femmes aux hommes ?

Si une telle étude devait voir le jour, j’ai peu d’espoir qu’elle crédibilise cette critique, même si j’ai conscience que de tels cas peuvent parfaitement se produire, ayant moi-même été témoin d’une femme autoritaire abusant d’un homme passif et le violentant physiquement. Oui, cela arrive. Mais si le but, comme le souhaitent les auteurs, est de créer un comparatif, la note risque d’être salée pour leurs conclusions.

La sexualité, violence maximale, ou la pratique d’un joyeux sport ancestral

L’on commence cette section, pour ne pas déroger à la règle, par une extrapolation qui tente de nous convaincre d’un cheminement des pressions psychologiques jusqu’au viol. La nuance tant réclamée par les auteurs est ici éjectée, et l’on s’enferme dans la simplicité. Ainsi l’ordre d’une colonne est défini par la gravité de l’acte, et doit être un chemin parcouru par les délinquants sexuels sans qu'ils puissent s'en écarter ou sauter des étapes.

Tableau © Homo mulieri lupus Tableau © Homo mulieri lupus

Non contents de ne pas justifier la numérotation des questions comme une simple mesure de praticité, les auteurs ont décidé d’y ajouter deux colonnes supplémentaires, afin de dissocier le cheminement des violences qu’il considère arbitrairement comme ordinaires, des violences sexuelles. Tel quel, et sorti de son contexte, le tri peut avoir un certain sens, effectivement. Mais je m’interroge toujours de l’empressement des auteurs à intégrer de force l'aspect ordinaire des violences dans un rapport qui analyse les violences sexuelles.

Le questionnaire a été créé et expliqué dans ce but. Pourquoi remettre en cause le fait que les participants devaient forcément connaitre la nature et le contexte des questions posées ? Pourquoi penser qu’une insulte est forcément une violence ordinaire, quand celle-ci peut inclure des propos sexistes? N’est-ce pas là une tentative de combiner toutes les définitions pour discréditer cette étude ?

Nous avons ensuite un grave cas de manipulation. Munis de ces nouvelles colonnes, les auteurs s’empressent de nous démontrer la volonté manifeste de l’étude à vouloir minimiser les cas de violence par armes, contre celle des violences sexuelles. Propos indémontrable si l’on n’a pas ces deux colonnes sous les yeux, et qui ne sont pas disponibles dans l’étude de base.

La critique serait donc portée sur le fait que les auteurs de l’étude auraient voulu aggraver les cas de violences sexuelles en mettant en place un ordre insidieusement qui viserait à l’ancrer dans l’inconscient des lecteurs. Les théories du complot ont encore de beaux jours devant eux. L’on peut définitivement faire dire n’importe quoi à des chiffres et à un récapitulatif, en y ajoutant quelques artifices qui nous aident bien à les transformer en preuves indiscutables. Le comble du ridicule étant atteint lorsque le propos vire à la comparaison religieuse. Nous voilà propulsés des mathématiques à la théologie en un saut de sauterelle. Très belle performance.

Ainsi le propos des auteurs de la critique vise à conspuer la manipulation supposée de l’étude à vouloir créer un cheminement des faits qui obligerait les participants à en venir à parler de violences sexuelles. Ne l’auraient-elles pas vécu tout de même ? Était-il préférable qu’elles les taisent ? La critique semble vouloir insinuer que si l’étude avait été traitée autrement, les résultats auraient été tout autre, car les faits de violence sexuelle auraient magiquement disparu de l’étude. Sous quel pouvoir me direz-vous ? Celui de créer la confusion dans l’esprit des gens en leur expliquant qu’une insulte sexiste n’est qu’un fait banal qui ne peut être considéré comme une violence à caractère sexuel.

Cela est hautement manipulatoire et n’est qu’une façon d’orienter les réponses des victimes, ce que font les auteurs de la critique, tout en se plaignant d’une manipulation fantasmée de l’étude qu’ils n’arrivent à prouver qu’en la modifiant avec leurs propres données. Il est donc plus que nécessaire d’être attentif aux critiques lorsqu’elles paraissent dénoncer des procédés qu’elles mettent elles-mêmes en place pour convaincre du bien-fondé de leur propos.

Une critique fallacieuse et un abus d’affichage public du diable politique

Le propos est ici encore d’actualité, il s’agit de remettre en doute les témoignages qui peuvent être biaisés par divers facteurs et par le contexte subjectif de l’auteur. Je ne peux qu’être d’accord avec ceci. Les témoignages sont en effet durs à transformer en faits et il est nécessaire d’être prudent lorsque l’on étudie le phénomène des violences sexuelles. C’est sans doute là le seul aspect pertinent de la critique vis-à-vis de l'étude.

Cela ne la remet pourtant pas en cause, car elle vise à accorder du crédit aux témoignages dans un but informatif, et non à créer des investigations poussées en vue de traiter des affaires en justice. Il faut là être cohérent avec les ressources déployées par l’étude et celles déployées par une enquête judiciaire. La prudence nous impose de ne pas considérer ce nombre comme absolu, comme pour toute étude, comme il est pertinent de le considérer comme un indice, ce qu’il prétend être. Il s'agit de donner une estimation sur le ressenti des femmes. Ce qui ne peut être mis en doute, car leur ressenti est subjectif, mais réel.

L’erreur qui est faite ici par les auteurs, c’est de considérer que l’opinion publique verra tous les hommes comme des agresseurs potentiels, et qu’ils seront jugés par idéologie plutôt que par des preuves. Or, c’est parfaitement faux et chargé en extrapolations. Actuellement, la justice ne tranche pas sans preuve, et si l’on pouvait craindre, dans un univers fantaisiste, qu’elle décide de condamner sur la simple dénonciation d’une femme, il reste que le cas a déjà eu lieu et que l’on a déjà tiré les leçons de cet enseignement.

« En effet, la question des femmes peut être envisagée de deux manières opposées : en mettant l’accent sur leur absence d’autonomie, ou, au contraire, sur la violence dont elle seraient l’objet. »

Nous avons ici un lapsus fort révélateur de la pensée idéologique des auteurs. Deux manières opposées, alors qu’elles n’en font qu’une seul. La déconsidération du statut de la femme. L’on se permet de les violenter, parce qu’on ne risque quasiment rien à le faire. L’on se permet de les mépriser, parce qu’on les considère comme inférieurs. On ne leur donne pas de poste à responsabilité pour les mêmes raisons. Il n’y a aucune manière opposée de voir les choses, tout cela fait partie du même combat.

Dans un exemple de violences dans un couple, nous avons encore une preuve du refus catégorique de reconnaitre les sévices psychologiques comme un fait par les auteurs de la critique. Ainsi, une femme victime de violence par son mari ne pourrait pas partir du fait de son incapacité financière. Aucunement à cause de la domination psychologique qu’aurait le conjoint sur elle, la peur qu’elle ressentirait et qui l’empêcherait d’agir ou la soumission à un état qu’elle penserait irréversible. Non, c’est seulement une question d’argent, les auteurs ont donc trouvé la solution toute simple, il faut leur en donner, et ainsi le problème est réglé. Pire l’on pourrait même simplement se contenter d’adoucir l’inégalité sans la retirer. Pratique.

« Comment expliquer que ce qui fut un temps un grand mouvement d’émancipation et de levée des interdits ait pu en arriver parfois là ? »

Une plainte sur ce qu’est devenue la France, avec tous ces interdits, comment a-t-on pu en arriver là? Comment accepter que l’on nous interdise de monnayer de la chair humaine dans la prostitution pour combler des besoins si vitaux ? Comment accepter que l’on interdise à un homme d’user de sa force et de son intelligence supérieure pour maltraiter sa conjointe? Comment croire que l’on cherche l’égalité des sexes en prenant toutes ces décisions d’interdire des concepts rétrogrades ? Mais les auteurs nous le rappellent bien là, il s’agit de considérations tout à fait bolcheviques. Le rapport ? Il n’y en a aucun. Mais si l’on peut placer une petite propagande, c’est du bonus.

La suite du propos n’est pourtant pas dénuée de sensibilité et de pertinence. Ôter le concept de mère au foyer dans la conscience humaine, pour permettre aux hommes d’avoir plus de chances d’obtenir la garde de leurs enfants, ce qui est une vraie injustice actuellement. Et permettre aux femmes de s’émanciper de cette coquille qui les enferme dans un rôle dévolu à la famille, où le concept d’accomplissement personnel ne serait admissible que pour les hommes. Une vision sensée de ce qu’il conviendrait de faire. Mais cela passe néanmoins par une reconsidération de la place de la femme, et par une prise de conscience des hommes qu’abuser de leur autorité masculine est illégal et sévèrement puni. Pourquoi parler de changement dans les mentalités si l’on accepte que la loi tolère les abus ?

Il est en revanche dommage que cette conclusion insinue que l’inégalité se situe en défaveur des hommes, qui n’ont pas assez de considération dans leur rôle de père de famille. Ainsi, l’on évacue la souffrance et l’inégalité subies par les femmes, pour plaindre ces hommes, à qui l’on ne fait aucun cadeau, discriminé et maltraité par un courant féministe qui demande des lois pour appuyer leur domination déjà évidente sur le monde. Mais sur quelle planète vivez-vous ?

Sources :

http://lagitation.free.fr/IMG/pdf/enquete_enveff.pdf

http://www.la-cause-des-hommes.com/spip.php?article203

https://fr.wikipedia.org/wiki/Harc%C3%A8lement_sexuel

https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006070719&idArticle=LEGIARTI000006417706

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000359898&categorieLien=id

https://www.nippon.com/fr/currents/d00171/

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