Entretien avec Josza Anjembe, réalisatrice du film "Baltringue"

"Baltringue", le court métrage réalisé par Josza Anjembe, se déroule dans un milieu carcéral où une rencontre chargée d'intention secrète se fait entre un homme prêt à retrouver sa liberté et un autre qui vient d'en être privé. Ce film fait partie des cinq actuellement à concourir pour le César 2021 du meilleur court métrage français.

Cédric Lépine : Comment en êtes-vous venu à vous intéresser au monde carcéral ?
Josza Anjembe : Je m’y suis intéressée au fil des années. Plus jeune, cette question ne me traversait pas. Il y a eu un faisceau de circonstances qui m’a conduit à ouvrir les yeux sur ce « monde ». Le film en fait évidemment partie mais aujourd’hui plus que jamais, mes réflexions vont bien au-delà de mon film. Nous avons tous éprouvés la sensation d’enfermement avec les confinements que vous avons vécu. Aujourd’hui, je me pose la question de l’enfermement, aussi bien en prison, qu’en psychiatrie notamment. Questions que de nombreux collectifs, associations et autres défenseurs de droits humains se posent depuis des années. Je suis passée à côté par confort. Aujourd’hui, j’essaie de mieux la regarder. Du coup, j’ai repris la lecture de Surveiller et punir de Foucault. Et c’est chaud !


C. L. : Est-ce que vos débuts dans la réalisation de documentaires continuent à vous influencer dans vos choix de mise en scène de fictions ?
J. A. :
Oui. Je n’y pense pas quand je développe un scénario mais ce qui est certain c’est que la démarche est là. Se documenter, enquêter, s’immerger dans un monde/milieu que je ne connais avant d’en parler, de le filmer, est quelque chose que j’aime beaucoup faire.


C. L. : Pouvez-vous définir le terme « baltringue » et pourquoi avez-vous décider d’en faire le titre de votre film ?
J. A. :
C’était l’insulte utilisée pour désigner des homos quand j’étais petite. C’est resté, ça m’a marqué.


C. L. : Est-ce que la communauté masculine comme décrite dans votre film est un sujet d’inspiration à part entière pour vous ?
J. A. :
Ce qui m’intéresse, c’est de raconter une histoire, les complexités. En revanche parler de pouvoir, de mécanismes de domination, de sexisme, d’hétéro-sexisme… des violences que ces réalités engendrent, des conditions de leur mise en œuvre et de leur subsistance, c’est une source certaine de réflexion.


"Baltringue" de Josza Anjembe © Yukunkun "Baltringue" de Josza Anjembe © Yukunkun
C. L. : Faites-vous un lien, comme le suggère votre film, entre l’impossibilité de trouver un foyer à l’extérieur (notamment celui de la mère d’Issa) et la prison comme refuge du désespoir ?
J. A. :
Je ne perçois pas l’intrigue comme ça, comme un « refuge du désespoir ».  Difficile pour moi de répondre à cette question. Mais c’est intéressant. Chaque spectateur s’approprie les films en fonction de leur vécu, de leur milieu, de leur parcours.


C. L. : Considérez-vous l’homosexualité dans le milieu carcéral comme un plus gros tabou dans le monde dit libre ou bien l’un n’est-il que le pâle reflet de l’autre ?
J. A. :
Soyons clair. Ce n’est pas l’homosexualité qui est le problème mais l’homophobie. Quant à l’idée d’opposer milieu carcéral et monde libre, je n’y suis pas. Le milieu carcéral n’est pas un monde imaginaire à part qui n’appartiendrait pas à notre société. Tout comme les personnes qui y sont. J’entends souvent « ce sont des monstres ». C’est la meilleure façon de se dédouaner de notre responsabilité. Les prisons sont des constructions de notre société. À nous de les penser et de les envisager autrement.


C. L. : Pourquoi avoir tourné à Troyes ?
J. A. :
Parce que nous avons bénéficier de 9000 euros de la ville de Troyes et de 30 000 de la région Grand Est sur les 120 000 euros qu’a coûté le film. Un territoire investit dans le film, et en contrepartie, on fait tourner son économie (techniciens, acteurs, hôtels, restaurants, location de matériel…) en tournant sur place. La région et son mécanisme d’intervention supplémentaire appelé Plato, continue de promouvoir le film sur son territoire.

 

 

 

media
Baltringue
de Josza Anjembe

Fiction
20 minutes 52 secondes. France, 2019.
Couleur
Langue originale : français

Avec : Alassane Diong (Issa), Yoann Zimmer (Gaëtan), Émile Fofana (Jordan), Nacima Bekhtaoui (la conseillère), Miglen Mirtchev (Rémi), Steven Dagrou (Bambi), Thibaut Guillemaille (un détenu), Fabien Joubert (Hervé), Frédéric Prigent (l’auxiliaire de la bibliothèque), Gisèle Torterolo (la surveillante)
Scénario : Josza Anjembe
Images : Aurélien Marra
Montage : Louise Decelle
Musique : Kelly Carpaye
Son : Benoît Guérineau
Décors : Guillaume Landron
Costumes : Julia Fouroux
Production : Yukunkun Productions
Producteur : Nelson Ghrenassia

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.