En quête d’une représentation du monde

Au Pays du Lac tranquille, tout pourrait aller pour le mieux, si le chien noir Killiok n’était pas inquiet en raison de l’absence de son ami Vari Tchésou. Il propose dès lors à Véronica de l’accompagner dans sa quête.

Parution de l’album : La Grande forêt d’Anne Brouillard

Dans un pays imaginaire, celui des Chintiens, les animaux et les êtres humains communiquent naturellement entre eux sans excès d’anthropocentrisme : nul besoin d’habiller les animaux façon Babar pour rendre attachant leur personnage ! Le parti pris de l’auteur de cet album consiste à développer une personnalité qui appartient à chacun dans un univers qui est d’autant plus crédible que les personnages y évoluent avec un véritable sérieux : c’est d’ailleurs sur ce ton que le lecteur se sent immédiatement invité à participer à l’aventure visant à retrouver Vari Tchésou. Ce récit est au bout du compte le prétexte à découvrir un espace traversé sur plusieurs jours, Killiok et Véronica récoltant patiemment leurs indices au fil de leur chemin et de leurs rencontres avec des personnages tous plus étonnants les uns que les autres, comme les Bébés Mousse qui s’enfouissent dans la terre et les inquiétants Nuisibles, croquemitaines à la mine blafarde. Un mystère annoncé dans le journal sera au terme de cette histoire résolue grâce à l’aide précieuse des différents habitants de la Grande forêt.
Développé sur 8 chapitre, le récit prend la forme de longs textes accompagnés d’images, de pages entièrement dessinées et de passages sous formes de cases de bande dessinée, auxquels il faut ajouter une reproduction d’une page de journal et des cartes géographiques. La multiplicité des formes pour raconter créer un rythme, cassant au préalable toute monotonie. Les chapitres se suivent dès lors comme des épisodes que l’on peut entrecouper d’une plus ou moins longue pause dans la lecture, pour étendre l’intrigue sur plusieurs jours. D’un point de vue pédagogique, il est saisissant au final de prendre conscience à quel point cet ouvrage construit autour de la traversée physique d’un espace, permet aux lecteurs de s’approprier l’abstraction des codes cartographiques. Tout semble construit sur cet enjeu, car la clé de compréhension de ce récit passe pour le lecteur par la visualisation mentale de l’espace traversé, marqué émotionnellement par des aventures et des rencontres. Nul besoin pour ce faire de faire appel aux événements les plus spectaculaires : Anne Brouillard privilégie la piste du probable en donnant juste la petite dose qu’il faut de fantastique pour voyager dans l’imaginaire.

 

 

 

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La Grande forêt : le pays des Chintiens
d’Anne Brouillard

Nombre de pages : 80
Date de sortie (France) : 5 octobre 2016
Éditeur : L’École des Loisirs
Collection : Pastel
âge recommandé : à partir de 5-7 ans

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