"Les Tombeaux sans nom" un film de Rithy Panh

Rithy Panh poursuit son travail de mémoire à l'égard du génocide cambodgien en se rendant sur la terre où les restes de ses proches assassinés ont certainement été enfouis.

"Les Tombeaux sans nom" de Rithy Panh © ARTE ÉDITIONS "Les Tombeaux sans nom" de Rithy Panh © ARTE ÉDITIONS

En un long cheminement filmographique, Rithy Panh poursuit un long processus de deuil suite au génocide cambodgien perpétré par le régime Khmer Rouge. Le cinéma devient alors pour lui un moyen autant pour mener une enquête et interroger le passé qu'un outil de mise en scène pour accompagner la cérémonie du deuil tout en la complétant. Toutes ses réalisations se complètent et parviennent à réaliser le même objectif de tenter dénouer de son humble position de cinéaste l'incommensurable traumatisme de la population de tout un pays. Cette démarche épure de film en film la mise en scène pour trouver les moyens les plus appropriés afin d'évoquer et invoquer à la fois les disparus sans sépulture.
Ici Rithy Panh participe concrètement aux rituels qui lui permettent d'entrer en contact avec les âmes des disparus tout en restant discret vis-à-vis de la caméra où il se trouve essentiellement derrière. Le film s'ouvre et se termine par des rituels qui sont filmés avec soin dans les moindres détails de leur mise en scène sans explication hors champ autre que des passages littéraires préexistant, notamment un issu du film Nuit et brouillard (1956) d'Alain Resnais : le spectateur est ainsi invité à faire partie de cette cérémonie dont l'enjeu devient très vite universel au nom de tous les « tombeaux sans nom » qui traversent l'histoire de l'humanité de tous les pays.
Le centre du film est occupé par les témoignages des villageois évoquant la réalité des camps de travail sous les Khmers Rouges où la survie de chacun était en permanence confrontée à une machine d'annihilation totale de l'annihilation totale de l'individu jusqu'à son intégrité physique. Comme pour L'Image manquante (2013) ou Exil (2016), le passé est ici reconstitué en mettant en scène des sculptures en bois et autres éléments concrets de la nature présente qui renvoient au passé. Le passé est ainsi convoqué non seulement par la parole mais par la sensibilité de la mise en scène du réalisateur qui n'oublie jamais que les âmes des disparus se trouvent dans tous les éléments où il place sa caméra, dans la nature elle-même puisque les corps ont été cachés partout sous la terre. Le film n'est pas informatif quant à l'histoire passée, cette démarche ayant été l'objet de précédents films, mais participe pleinement et intimement au processus de deuil en dehors d'autorités du pays, comme des anthropologues recherchant dans le sol les restes des disparus, où d'historiens livrant le fruit de leurs investigations. Comme dans les derniers films de Patricio Guzmán, Rithy Panh a intégré la caméra et ses choix de mise en scène dans la mise en scène du deuil qui se réactive dès lors à chaque fois que le film est diffusé. Comme pour Exil, Les Tombeaux sans nom n'a pas eu droit à une diffusion salles mais tous deux existent en édition DVD pour continuer leur cheminement essentiel et universel en mobilisant toute la poétique dont le cinéma minimaliste est capable.

 

 

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Les Tombeaux sans nom
de Rithy Panh
France, Cambodge, 2019.
Durée : 116 min
Sortie en salles (France) : inédit
Sortie France du DVD : 7 mai 2019
Format : 1,78 – Couleur
Langue : français - Sous-titres : français pour sourds et malentendants
Éditeur : ARTE ÉDITIONS
Bonus :
Entretiens avec Rithy Panh et Marc Marder (2019, 49 min)

 

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