Frustrations sexuelles de l'armée américaine diluées dans une expérience parisienne

Pour lutter contre le désœuvrement des soldats contraints à rester durant un an sans contact féminin au pôle Nord, le haut commandement militaire américain décide de proposer à l'un d'entre eux un séjour idéal : ce sera ainsi des vacances à Paris avec la star plantureuse argentine Sandra Roca promise au caporal Paul Hodges, séducteur impénitent.

"Vacances à Paris" (The Perfect Furlough) de Blake Edwards © Les Films du Paradoxe "Vacances à Paris" (The Perfect Furlough) de Blake Edwards © Les Films du Paradoxe

Sortie DVD : Vacances à Paris de Blake Edwards

Avant de réaliser ses films à succès qui ont fait de lui le roi d'une certaine comédie à Hollywood, associant la subtilité de Lubitsch au sens du burlesque muet avec sa saga de La Panthère rose, La Party, Diamants sur canapé... Blake Edwards commençait déjà à s'affirmer avec ces Vacances à Paris où l'on trouve plusieurs traits qu'il développa par la suite avec brio. Le film est pourtant chargé de toute la lourdeur du puritanisme hypocrite américain qui a eu d'affreux jours décomplexés avec l'exercice du Code Hays et bien encore par la suite jusqu'à nos jours.
Tout commence avec une histoire qui pourrait se perdre dans le comique troupier de soldats frustrés sexuellement qui ne rêvent que de femmes pin up. C'est autour du tabou de la sexualité dont il ne faut pas parler qu'incarnent avec précision l'extrême frustration des militaires contraints à jouer les forces viriles de décision mais qui ne sont que des êtres frustrés dans l'expression de leur naturelle sensibilité, que Blake Edwards assume l'héritage de Lubitsch, notamment dans les dialogues, même s'ils sont bien moins finement ciselés. Ce détournement comique de la représentation militaire est ici un sujet comique très riche ! Peut-être que Stanley Kubrick s'en est souvenu lorsqu'il a réalisé Docteur Folamour avec l'un des acteurs fétiches de Blake Edwards : Peter Sellers !
En ce qui concerne le triomphe de la moralité en bout de course, le séducteur impénitent qui respecte les femmes mariées... on sent bien davantage les contraintes puritaines encore en cours à Hollywood que la conviction assumée de son cinéaste capable de tourner en dérision dans le reste du film ledit puritanisme américain. Quant à l'image carte postale de Paris avec des acteurs jouant des Parisiens avec un accent italien, elle pourrait être catastrophique si elle ne servait pas le sujet même du film : l'attraction trompeuse des artifices de la représentation des fantasmes divers de l'usine à rêves hollywoodienne. Paris devient ainsi la capitale de l'amour où les Parisiens tirent leur révérence au soldat américain capable de faire des bébés à deux femmes en peu d'intervalle. C'est là une autodérision assumée de cette industrie avec un cinéaste capable de faire bouger les pensées cadenassées d'une société puritaine moribonde qui n'a pas tardé dans la décennie suivante à exploser avec les mouvements de contre culture affirmée sans détour par une nouvelle génération.

 

 

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Vacances à Paris
The Perfect Furlough
de Blake Edwards
Avec : Tony Curtis (le caporal Paul Hodges), Janet Leigh (Lieutenant Vicki Loren), Linda Cristal (Sandra Roca), Keenan Wynn (Harvey Franklin, le découvreur/manageur de Sandra), Elaine Stritch (Liz Baker, la chaperonne), Marcel Dalio (Henri Valentin), King Donovan (le major Collins), Les Tremayne (le colonel Leland), Jay Novello (René Valentin, le fils d'Henri), Gordon Jones (Sylvia), Alvy Moore (Marvin Brewer), Lilyan Chauvin (l'infirmière), Troy Donahue (Sergent Nickles), Eugene Borden (le docteur français)
USA, 1958.
Durée : 93 min
Sortie en salles (France) : 8 avril 1959
Sortie France du DVD :
15 février 2019
Format : 2,35 – Couleur
Langues : anglais, français - Sous-titres : français.
Éditeur : Les Films du Paradoxe

 

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