Jean-François Laguionie : un doux rêveur lucide

Dans ce coffret livre/DVD, c’est toute l’œuvre de Jean-François Laguionie de 1964 à 1978 qui est mise en valeur sous la forme d’une rétrospective quasi complète.

"La Traversée de l’Atlantique" de Jean-François Laguionie © DR "La Traversée de l’Atlantique" de Jean-François Laguionie © DR

À propos du coffret DVD : Laguionie, La Demoiselle, La Traversée et autres courts (8 films)

Il y a tout juste un an sortait dans les salles de cinéma Louise en hiver, le dernier long métrage d’animation en date de Jean-François Laguionie. À cette occasion sortait en coédition La Traverse & Les Éditions de l’Œil, ce coffret magnifique, véritable opportunité de découvrir dans toute son ampleur la construction de l’univers personnel d’une des figures essentielles du cinéma de l’animation en France. En effet, il est l’un des passeurs incontournables entre les expériences de l’animation de Paul Grimault et l’effervescence inventive du cinéma d’animation en France à partir du succès de Kirikou de Michel Ocelot (1998). Il a fallu toutes ces années d’expérimentation au format court pour que l’ambition de l’animation sous forme de long métrage puisse enfin émerger et trouver toute sa légitimité. À cet égard, dès les années 1980, Laguionie fut un réel précurseur, bien qu’épaulé par l’avant-gardiste René Laloux et quelques autres francs tireurs de l’industrie cinématographique. Disons qu’il fait partie de ces cinéastes précurseurs qui ont transmis le goût et le courage à leurs collègues de poursuivre dans la même voie. Ainsi, quelques traits poétiquement élaborés dessinant des mains en mouvements séparés du reste du corps dans L’Acteur (1975) laisse entrevoir le riche potentiel qu’en tirera quarante ans plus tard Sébastien Laudenbach dans son ambitieux et très indépendant La Jeune fille sans mains. Cette édition DVD offre pas à pas la découverte d’un cinéma d’animation appelé à un brillant avenir parce que des cinéastes rêveurs talentueux comme Jean-François Laguionie ont eu foi en la capacité d’expression de leurs univers respectifs. Et cet univers pour Laguionie dès La Demoiselle et le Violoncelliste (1964) c’est sans le moindre doute le monde marin et tous les fantasmes qu’il renferme. Une histoire d’amour improbable entre un mélomane et une pêcheuse les conduit dans une aventure fantastique où les plagistes en restent bouche bée. Un conte celte est l’objet d’une adaptation sous le titre Potr’ et la Fille des eaux (1974). Là encore, l’ivresse des profondeurs et plus largement du monde marin humain et infra humain sont à l’honneur, le cinéaste cherchant sans cesse au fil de ses films à explorer la fascination pour celui-ci, qui devient la métaphore parfaite d’une vie de couple dans La Traversée de l’Atlantique. Il existe des univers non marins dans ces courts de Laguionie qui questionne un autre thème fil rouge de son œuvre : la vieillesse. C’est ainsi le cas fascinant et rempli d’inquiétante étrangeté de L’Acteur (1975) et du Masque du Diable (1976), où derrière un masque se cache un autre masque, montrant que la vérité de l’âge n’apparaît jamais en public aux yeux de tous.
Laguionie s’exprime souvent en papier animé mais aussi en peinture animée et en prise de vue réelle, même si c’est plus rare, comme c’est le cas dans Plage Privée (1971). Mais dans ce dernier cas aussi, le fantastique à la lisière avec le surréalisme constitue un autre trait du monde Laguionie. L’animation de ces courts métrages entre 1964 et 1978 poursuit la découverte de l’univers pictural d’un Douanier Rousseau et de tout un courant de la fin du XIXe siècle, émerveillé par les atmosphères marines estivales, qui cachent non sans innocence une réalité plus ambiguë que le réalisme simpliste de façade. Il en découle que la vieillesse à laquelle Laguionie se confronte et confronte ses spectateurs, est celle d’une invitation à interroger l’enfance laissée en suspension chez l’individu. Si le cinéaste est un doux rêveur, sa description patiente révèle une profonde lucidité.

 

 

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Laguionie, La Demoiselle, La Traversée et autres courts
coffret composé de :
La Demoiselle et le Violoncelliste (1964, 8’53’’)
• L’Arche de Noé (1966, 10’17’’)
Une bombe par hasard (1969, 7’26’’)
Plage Privée (1971, 13’42’’)
Potr’ et la Fille des eaux (1974, 11’50’’)
L’Acteur (1975, 5’27’’)
Le Masque du Diable (1976, 11’40’’)
La Traversée de l’Atlantique (1978, 21’00’’)
Sortie France du coffret DVD : 28 novembre 2016
Couleur
Langue : français.
Éditeurs : La Traverse & Les Éditions de l’Œil
Bonus :
LE LIVRE
Croquis préparatoires et décors des films
Textes : étapes des scenarii ou nouvelles originelles
Filmographie de Jean-François Laguionie
BONUS VIDÉO
Le Rêveur éveillé, un portrait de Jean-François Laguionie, auteur et cinéaste un film de Jean-Paul Mathelier (2015, 52’, prod. JPL Films)
• Autour de Jean-François Laguionie, table ronde au Musée-Château d’Annecy (2016, 8’)
• Des dessins pas encore animés, diaporama de croquis, décors, personnages...


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