Penser l’esclavagisme : un passé qui ne passe toujours pas

Le 21 août 1831 à Southampton en Virginie, Nat Turner conduit un groupe de près de70 personnes, dont une grande partie d'esclaves, afin de massacrer des familles entières de Blancs. La répression à leur égard en est d'autant plus sanglante de la part des esclavagistes.

"Nat Turner" de Charles Burnett © Doriane Films "Nat Turner" de Charles Burnett © Doriane Films

Sortie DVD : Nat Turner de Charles Burnett

Le réalisateur de Killer of Sheep (1978) et My Brother's Wedding (1983), fervent   défenseur de la cause des Noirs Américains, revient sur un événement historique qui a fait couler beaucoup d'encre et de sang dans l'histoire de l'esclavagisme aux USA. Ce traumatisant fait divers a pu faire vaciller l'assurance des esclavagistes des États du Sud au moment où l'économie autour de l'esclavagisme était en déliquescence ou du moins ne remportait plus la complicité de l'ensemble des États des États-Unis, notamment ceux du Nord. La guerre de Sécession couvait déjà durant cette décennie. Ce massacre impitoyable suivi d'une violente répression qui bénéficiait, lui, du sceau de la légalité constitutionnelle de l'esclavagisme, fait partie des événements de l'histoire qui n'ont pas fini d'être remis en cause et faire réfléchir les différentes époques sur le rapport à leur histoire contemporaine. Si Naissance d'une nation de Griffith justifiait sans complexe la xénophobie, le cinéma a encore revisité récemment cette période de construction d'une nation autour de la figure complexe de Nat Turner sous le titre évocateur de The Birth of a Nation réalisé par Nate Parker (2016). Il faut croire que c'est l'actualité de cette sortie qui a conduit à remettre au goût du jour en France cette édition DVD d'un film qui aurait pu passer aux oubliettes, malgré le nom de Charles Burnett à la réalisation. Le film suit un format atypique, entre le format télévisé de docufiction et le long métrage documentaire. Le film se situe plutôt du côté de la docufiction pour la télévision, avec des séquences de reconstitution de l'événement historique associé aux entretiens avec divers spécialistes de l'histoire de l'esclavagisme. Si l'on oublie la mise en scène un peu lourde du docufiction qui apporte peu de choses à la compréhension critique de l'événement historique si ce n'est qu'une simple illustration, l'intérêt du film de Charles Burnett se situe précisément dans l'analyse du mythe qu'est devenu Nat Turner et son utilisation idéologique au fil des époques. L'investigation, sans être exhaustive, en littérature, comme au cinéma et à la télévision, se veut ici réflexive, levant des questions qui permettent de mettre en perspective la situation des Noirs Américains toujours très instable malgré l'élection en ce début XXIe siècle à la présidence d'Obama qui se voulait l'aube d'une nouvelle ère de justice et de paix.

 

 

3700246907800

Nat Turner. Le Poids de l'héritage
Nat Turner: A Troublesome Property
de Charles Burnett
USA – 2012.
Durée : 60 min
Sortie en salles (France) : inédit
Sortie France du DVD : 29 mai 2017
Couleur
Langue : anglais - Sous-titres : français.
Éditeur : Doriane Films
Bonus :
Un livret comprenant : Entretien avec James Baldwin extrait de « Nous les nègres » et un article de Ta-Nehisi Coates « Nat turner avait-il raison ? »


lien vers le site de l’éditeur

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.