Et Kirk Douglas entra au firmament

Michael et son frère Connie s’embarquent clandestinement dans un wagon pour rejoindre la Californie où doit les attendre un restaurant sur lequel ils ont acheté des parts. Or, c’est une toute autre destinée qui les attend : celle de la route corruptrice des succès de la boxe.

"Le Champion" (Champion) de Mark Robson © Rimini Éditions "Le Champion" (Champion) de Mark Robson © Rimini Éditions
Sortie DVD : Le Champion de Mark Robson

En faisant le choix de participer à cette réalisation à petit budget alors que la MGM lui proposait un rôle sur une grosse production, l’acteur encore inconnu des premiers rôles en cette fin de décennie 1940 réussit son plus grand pari qui va le conduire à la plus grande notoriété à l’instar du personnage de champion qu’il joue ici. En effet, Le Champion de Mark Robson a rencontré au moment de sa sortie en salles un succès qui lui a permis d’être repéré pour d’autres premiers rôles et lui offrir ainsi une place de pouvoir forte à Hollywood, lui permettant notamment d’imposer un cinéaste comme Kubrick sur la réalisation de Spartacus au sujet éminemment sulfureux au sortir des années sombres de la chasse aux sorcières.

Il est possible que dans cette volonté de trouver sa place au firmament de la gloire d’un homme aux origines humbles, Kirk Douglas ait pu se retrouver dans ce personnage. Il ne s’agit pourtant pas non plus d’une promotion de l’American way of Life du self made man qui parvient à la force de ses poignets à accéder au sommet de la hiérarchie sociale. Dans le film, le personnage qui se découvre un talent pour la compétition sur le ring, parvient certes à ses fins avec un public qui l’adule et un pouvoir économique jamais acquis jusque-là mais dans une course folle au succès amer où il a dû trahir et mépriser tous ses proches. La rançon du succès mise en scène ici est plutôt sombre dans un film dont les partis pris de mise en scène empruntent à l’expressionisme dans la continuité des films noirs révélés avec succès durant cette décennie. Il y a un peu du personnage d’Icare dans la figure du champion de boxe qui à trop vouloir jouir de son nouveau pouvoir qui le conduit à prendre de la hauteur sur tout le monde dans une quête à jamais satisfaite, finit par se brûler mortellement les ailes. Cette tragédie contemporaine fonctionne plutôt bien, porté en cela magistralement par Kirk Douglas qui donne le meilleur de son jeu pour un personnage complexe, aussi attirant que repoussant, épousant ainsi parfaitement les ombres et les lumières de l’expressionnisme.

Pour accompagner ce film, l’éditeur a eu la bonne idée de faire appel en guise de bonus aux analyses pertinentes de Séverine Danflous, critique de cinéma et autrice.

 

 

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Le Champion
Champion
de Mark Robson
Avec : Kirk Douglas (Michael 'Midge' Kelly), Marilyn Maxwell (Grace Diamond), Arthur Kennedy (Connie Kelly), Paul Stewart (Tommy Haley), Ruth Roman (Emma Bryce), Lola Albright (Palmer Harris), Harry Shannon (Lew), Esther Howard (Mme Kelly)
USA, 1949.
Durée : 99 min
Sortie en salles (France) : 29 juin 1949
Sortie France du DVD : 25 août 2020
Format : 1,37 – Noir & Blanc
Langues : anglais, français - Sous-titres : français.
Éditeur : Rimini Éditions

Bonus :
Analyse du film par Séverine Danflous

 

 

 

 

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