L'armée, une usine à déshumaniser

Dans le camp militaire de Parris Island aux USA, de jeunes recrues sont entraînées à devenir des Marines, des soldats tueurs d’élites envoyés au Vietnam. Sous les humiliations répétées de leur sergent instructeur, certains craqueront et d’autres mourront au Vietnam.

"Full Metal Jacket" de Stanley Kubrick © Warner Bros. "Full Metal Jacket" de Stanley Kubrick © Warner Bros.
Sortie de l’Édition collector - 4K Ultra HD + Blu-ray + DVD + Livret : Full Metal Jacket de Stanley Kubrick

C’était une grande gageure pour Stanley Kubrick de vouloir réaliser un nouveau film de guerre consacré au Vietnam après Voyage au bout de l’enfer, Apocalypse Now, Platoon… Et pourtant, au grand génie du cinéma, rien d’impossible. Ce n’est pas la première fois qu’il réalise un film de guerre puisqu’il y avait eu Les Sentiers de la gloire (1957) longtemps interdit de projection en France, que Docteur Folamour (1964) traite la folie militaire et que les scènes de guerre ne sont pas absentes de Barry Lyndon (1975). L’approche dans Full Metal Jacket est cependant inédite pour évoquer la tragédie humaine de la guerre. Les hommes humiliés et réduits à des machines à tuer agissent sans mobil apparent autre que la soumission plus ou moins volontaire, en digne statut d’enfants obéissants armés d’un outil à donner la mort immédiate d’un seul mouvement de doigt. L’histoire semble banale, la guerre n’offrant pas de réelles histoires réjouissantes et encore moins épanouissantes et l’enjeu de la mise en scène du cinéaste consiste à obtenir les meilleures scènes pour saisir la singularité de chaque instant conté. La caméra se place à distance de la triste humanité en train de se détruire aussi bien au plus profond de chaque soldat que dans une guerre de destruction totale comme on le voir dans ces scènes de guerre urbaine où parmi les débris d’habitats, il s’agit d’aller éradiquer encore davantage les dernières manifestations de vie.
Coupé en deux sections quasi autonomes, le film trouve bien un fil conducteur qui tarde dans la première partie à s’affirmer en la personne du soldat puis sergent James T. Davis, surnommé « Joker ». Il est celui qui dans la première partie réussit le mieux à faire face à l’humiliation permanente de son instructeur, en conservant la tête haute et surtout l’affirmation de ses principes de croyances et de valeurs. Cela ne l’empêchera pas de se laisser attraper par la violence de groupe contre celui qui a été désigné comme le bouc-émissaire, enlevant à ce dernier l’ultime lien avec l’humanité. La seconde partie semble plus détendue, bien qu’elle se situe sur le terrain du conflit armé, parce que les soldats se tiennent loin des ordres des autorités. Laissés à eux-mêmes, ne cachant pas leur désintérêt idéologique pour cette guerre, ce groupe masculin finira par révéler dans la séquence finale singulière au chant de Mickey Mouse de démontrer leur immaturité cachée derrière leur attirail de tueurs professionnels mandatés par le gouvernement de leur pays d’origine.
Des Sentiers de la gloire qui dénonçait sans complexe la stupidité d’une guerre opposant des classes sociales, où une minorité à la tête de l’armée anéantissait sans complexe la majorité dans un jeu cynique, Stanley Kubrick plonge sa réflexion dans ce qui fait l’humanité en utilisant le contexte de la guerre avant tout comme révélateur. La folie n’est jamais très éloignée des personnages de Kubrick, le regard tourné vers l’intérieur du soldat qui craque à la fin de la première partie renouant avec le regard du personnage interprété par Jack Nicholson quelques années plus tôt dans Shining. Ici, les performances d’acteurs importent moins que la mise en scène et le point de de vue du cinéaste, même si l’interprétation de R. Lee Ermey en sergent instructeur Hartman reste à tout jamais inoubliable.

 

 

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Full Metal Jacket
de Stanley Kubrick
Avec : Matthew Modine (le soldat, puis sergent James T. Davis, dit « Joker »), Arliss Howard (le soldat, puis sergent « Cowboy » Evans), Vincent D'Onofrio (le soldat Leonard Lawrence, dit « Grosse baleine »), R. Lee Ermey (le sergent instructeur Hartman), Adam Baldwin (le soldat « Brute épaisse »), Dorian Harewood (le soldat « Eightball »), Kevyn Major Howard (le soldat et photographe Rafterman), Ed O'Ross (le lieutenant Walter J. « Touchdown » Schinowski), John Terry (le lieutenant Lockhart), Kieron Jecchinis (le soldat « Crazy » Earl), Kirk Taylor (Payback), Tim Colceri (le mitrailleur de l'hélicoptère), Jon Stafford (le soldat « Doc » Jay), Bruce Boa (le colonel des Marines), Ian Tyler (le lieutenant Cleves), Sal Lopez (un soldat de l’unité de Cowboy), Gary Landon Mills (Donlon, un soldat de l’unité de Cowboy), Papillon Soo Soo (la prostituée vietnamienne en ville), Peter Edmund (le soldat « Blanche-neige »), Ngoc Le (le sniper vietcong dans la dernière partie du film), Leanne Hong (la prostituée à moto amenée par le soldat de l'ARVN), Tan Hung Francione (le soldat de l'ARVN qui amène une prostituée), Marcus D'Amico (un soldat de l'unité de Cowboy), Costas Dino Chimona (le soldat Chili), Gil Kopel (Stork), Keith Hodiak
USA, Royaume-Uni, 1987.
Durée : 116 min
Sortie en salles (France) : 21 octobre 1987
Sortie France de l’Édition collector - 4K Ultra HD + Blu-ray + DVD + Livret  23 septembre 2020
Format : 1,78 – Couleur
Éditeur : Warner Bros. Entertainment France
Bonus :
Commentaire audio d’Adam Baldwin, Vincent D’Onofrio, R. Lee Ermey et Jay Cocks
Featurette : « Full Metal Jacket : Between Good And Evil »
Bande-annonce

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