Tout commence par un début : le cas Miguel Gomes

Francisco fête aujourd'hui ses trente ans mais voilà : il se retrouve en tant que professeur de musique habillé en cowboy dans un spectacle pour enfant mettant en scène Blanche-Neige. Les enfants deviennent vite ses rivaux dans un monde où il ne trouve plus ses repères. Il finit par tomber malade (la rougeole) et se retrouve dans une maison pris en charge par sept hommes au comportement enfantin.

"La Gueule que tu mérites" de Miguel Gomes © Shellac Sud "La Gueule que tu mérites" de Miguel Gomes © Shellac Sud

La Gueule que tu mérites de Miguel Gomes en DVD

Il est bon de revenir aux origines d'un cinéaste iconoclaste qui a su marquer par son art inimitable de mêler conte, fiction, rêve et réalité triviale partageant ainsi un véritable point de vue politique sur l'état de notre société, ces dix dernières années de cinéma. Miguel Gomes, avant de réaliser Les Mille et une nuits, Tabou et Ce cher mois d'août, avait commencé par plusieurs courts métrages (dont trois se trouvent en bonus de cette édition DVD) et ce premier long métrage, dont le titre est comme un pavé lancé dans la mare des bonnes consciences conservatrices. Le sous-titre explicatif du film étant, selon un proverbe proposé en préambule du film, que jusqu'à 30 ans on a la gueule que Dieu nous a donné et qu'ensuite on a celle que l'on mérite. Le passage de la trentaine, dans notre société contemporaine, est effectivement devenu le lieu frontière d'une prise de responsabilités et d'un nouveau rapport à la société que d'aucun qualifieraient de passage à l'âge adulte. Ceci a nourri bon nombre de films récents, qu'il s'agisse du cinéma de Wes Anderson ou des comédies associées aux trentenaires de Judd Apatow et consorts. Mais ce désir de régression face à un monde avec lequel on ne partage pas nécessairement la définition de ce qu'est être adulte, a également traversé toute l'histoire du cinéma, qu'il s'agisse du rapport ludique et extrêmement créatif de Méliès face à l'invention sensément sérieuse et scientifique mise au point par les frères Lumière, le personnage de Charlot luttant avec l'innocence d'un enfant face aux criantes injustices et autres aberrations de la modernité au début du XXe siècle, ou encore le besoin vital pour les personnages de La Règle du jeu de Jean Renoir d'éprouver au maximum la régression à l'aube d'une guerre sans nom où le sens de l'humanité a failli trouver son dernier sépulcre. Avec une feinte innocence dans sa mise en scène, Miguel Gomes traverse toute cette histoire du cinéma, usant de multiples codes associés à des genres cinématographiques hétéroclites (de la comédie musicale, au film d'horreur, en passant par le conte, le western, etc.) afin de créer et partager le temps d'un premier long métrage, son univers mental et son désir irrépressible d'expérimenter de nouvelles manières de raconter des histoires. Miguel Gomes ouvre résolument et politiquement à travers son goût de l'anarchie émancipatrice et créatrice, la Boîte de Pandore d'un certain cinéma qui s'enferme dans des réflexes conservateurs mortifères. Sa représentation de la régression est ainsi un geste de transgression, tel un manifeste d'un cinéma alternatif. L'idée n'est pas ici de faire école, ce qui serait puérilisant autant pour les spectateurs que les autres réalisateurs qui se prêteraient à ce jeu, mais de créer un nouvel espace d'échange avec le public. Cette communication s'est au fil des années développée aussi bien avec la critique, les festivals internationaux qu'avec le public. Il n'est pas anodin qu'en décembre 2015 Miguel Gomes ait été choisi comme invité d'honneur du festival international de cinéma au Costa Rica pour encourager la nouvelle ligne éditoriale d'une programmation résolument engagée dans le soutien sans failles à la diversité des expressions cinématographiques à travers le monde.

 

 

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La Gueule que tu mérites
A Cara que mereces

de Miguel Gomes

Avec : José Airosa (Francisco), Gracinda Nave (Marta), Sara Graça (Vera), Miguel Barroso (Carlos), João Nicolau (Nicolau), Ricardo Gross (Gross), Carloto Cotta (Texas), Manuel Mozos (Harry)
Portugal – 2014.
Durée : 221 min
Durée totale du DVD : 102 min
Sortie en salles (France) : 31 mai 2006
Sortie France du DVD : 3 décembre 2013
F
ormat : 1,85 – Couleur
Langue : portugais - Sous-titres : français.
Éditeur : Shellac Sud

Bonus :
3 courts métrages de Miguel Gomes :
Décalcomanies (2002, 19’)
Cantique des créatures (2006, 24’)
Rédemption (2013, 20’)

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