Le cinéma qui prend sa chair dans l'expérience théâtrale

Claire Wegener, une riche héritière enfermée par sa tante dans un asile psychiatrique, s'échappe et trouve la protection d'un éleveur de chevaux poursuivi par des tueurs.

" La Chair de l'orchidée" de Patrice Chéreau © Tamasa " La Chair de l'orchidée" de Patrice Chéreau © Tamasa

Sortie du Blu-ray/DVD : La Chair de l'orchidée de Patrice Chéreau

C'est avec une véritable conviction qu'au milieu des années 1970 Patrice Chéreau passe de la mise en scène ambitieuse de théâtre qu'il maîtrise avec force à la réalisation de son premier long métrage de cinéma. Pour entrer dans ce nouvel univers, il commence avec une cinématographie référencée autour de l'expressionnisme du film noir, puisant à la fois chez Fritz Lang, Orson Welles que John Huston. Son âme de créateur d'univers est encore animé par le théâtre, où les corps sont meurtris pour exprimer quelque chose qui dépasse leurs individualités respectives. Tous les personnages de ce film sont en souffrance, comme le monde dans lequel ils naviguent où le soleil jamais ne vient poindre ses timides rayons. Au contraire, l'atmosphère est toujours vaporeuse, humide et sombre, comme si la réalité décrite se situait aux limbes du fantastique. L'ambiance est d'ailleurs quasi apocalyptique, les personnages fatigués, vidés de leur âme, tentant de reproduire un monde en putréfaction, celui de la puissance capitaliste. En adaptant le roman de James Hadley Chase (The Flesh of the Orchid, 1941), Patrice Chéreau trouve un squelette de scénario où il pose toute la chair de ses propres préoccupations. Fasciné par la puissance du cinéma, il offre à Edwige Feuillère et Simone Signoret des rôles qui évoque leur puissance passée, se servant de leur aura pour insister sur un monde qui n'est plus. Ainsi, les deux tueurs, anciens circassiens, sont deux hommes efficaces, opiniâtres, obsessionnels mais totalement fatigués par leur métier.
Au milieu des années 1970, l'expérience alternative d'une nouvelle génération a bien du mal à prendre racine sur un terrain où la génération moribonde n'est pas prête à lâcher ses tristes appâts, enfermant sa jeunesse dans des asiles et libérant au final une incarnation d'un nouveau patronat encore plus dépourvu d'états d'âme qu'elle-même. L'image est d'ailleurs suffisamment forte pour marquer durablement les esprits, quelques temps encore après avoir vu le film. Cette première expérience de cinéma est atypique par tous les enjeux qui la nourrit et impose Patrice Chéreau comme un portraitiste absolu des âmes et époques écorchées. Magnifique restauration et coffret DVD/Blu-ray avec un livret et plus d'une heure de témoignages avec l'histoire du cinéma Françoise Zamour, l'actrice Charlotte Rampling et le chef opérateur du film Pierre Lhomme.

 

 

215807-front
La Chair de l'orchidée
de Patrice Chéreau
Avec : Charlotte Rampling (Claire Wegener), Bruno Cremer (Louis Delage), Edwige Feuillère (Madame Bastier-Wegener), Simone Signoret (Lady Vamos), Alida Valli (la folle de la gare), Hans Christian Blech (Gyula Berekian), François Simon (Joszef Berekian), Hugues Quester (Marcucci), Rémy Germain (Arnaud Bastier-Wegener), Roland Bertin (l'homme d'affaires), Marcel Imhoff (le directeur de l'asile), Pierre Asso (le docteur), Marie-Louise Ebeli (l'infirmière de l'asile), Ève Francis (la mère de Delage), Luigi Zerbinati (Alcide), Jenny Clève (Madeleine, la femme de chambre), Günter Meisner (l'avocat-conseil), Lucien Magnin (le patron de l'hôtel), Robert Baillard (le jardinier), Micheline Bona, Jacques Sarthou, François Viaur, Eddy Roos, Robert Nogaret, Giampiero Fortebracchio
France, Italie, Allemagne, 2018.
Durée : 120 min
Sortie en salles (France) : 29 janvier 1975
Sortie France du combo Blu-ray/DVD : 6 novembre 2018
Format : 1,66 – Couleur
Langue : français - Sous-titres : français.
Éditeur : Tamasa Diffusion
Bonus :
un livret contenant entretiens avec Patrice Chéreau et Pierre Lhomme, regards et analyses, biographies, illustrations (24 pages)
« Un homme en mouvement » : autour du film avec Charlotte Rampling, Pierre Lhomme et Françoise Zamour (50’43”)
Bande-annonce 2018



 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.