Plongée dans l’horreur du Klux Klux Klan par Costa-Gavras

Un animateur de radio est assassiné par un groupe d’extrémistes : le FBI envoie l’un de ses agents infiltrer un milieu de paysans du Midwest, activistes du Ku Klux Klan.

"La Main droite du diable" (Betrayed) de Costa-Gavras © ARTE ÉDITIONS "La Main droite du diable" (Betrayed) de Costa-Gavras © ARTE ÉDITIONS
Sortie DVD : La Main droite du diable de Costa-Gavras

ARTE a la bonne idée de sortir conjointement en éditions DVD deux films de fiction sur le Klux Klux Klan qui ont été réalisés presqu’en même temps : Mississippi Burning d’Alan Paker dont l’action se situe dans les années 1960 et La Main droite du diable (Betrayed) de Costa-Gavras qui reprend comme trame de départ le véritable assassinat d’un animateur de radio dans les USA des années 1980 (sujet qui bénéficia également de l’adaptation d’Oliver Stone : Talk Radio). Si les années Reagan remettaient au goût du jour l’expression du racisme dans des États déshérités qui ont trouvé dans la haine des Noirs et des Juifs l’exaltation de leurs frustrations multiples, la même Amérique profonde peut également être interrogée à l’ère de Trump, ce qui fait de ces deux films des sujets d’actualité. Le film de Costa-Gavras, qui tentait de saisir au plus près la réalité d’une Amérique contemporaine du tournage, est le film qui a le plus vieilli, faute d’acteurs capables de transcender le rôle qui leur a été assigné et une mise en scène globalement étonnamment plate lorsque l’on connaît la force d’expression politique du cinéaste. C’est d’ailleurs dans sa volonté de s’éloigner du politique en se concentrant sur une réalité de couple, autour d’un agent du FBI infiltrée qui tombe amoureux d’un immonde raciste homophobe et antisémiste, que le cinéaste perd ses spectateurs. En effet, le personnage de l’enquêtrice n’est guère étoffé psychologiquement pour expliquer subtilement les besoins vitaux qui la poussent à chercher désespérément une famille. Le scénario fait aussi l’impasse sur la réalité documentaire du racisme ordinaire qui aurait pu permettre de développer un propos plus politique offrant une réflexion plus profonde. L’intention paranoïaque de rendre diffuse la menace de la pandémie raciste auprès des désespérés de tous bords de l’Amérique profonde ne parvient pas à toucher le public car l’intention n’est hélas pas appuyée par des choix de mise en scène qui démontrent une intention plus profonde. Il en résulte un film par son sujet nécessaire, qui a l’avantage de créer le trouble en invitant le spectateur à travers un personnage central candide, d’entrer au cœur du mal pour mieux interroger son propre racisme, mais à l’efficacité de narration plus incertaine.

 

 

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La Main droite du diable
Betrayed
de Costa-Gavras
Avec : Debra Winger (Cathy Weaver, alias Katie Phillips), Tom Berenger (Simmons), John Heard (Michael Carnes), John Mahoney (Shorty), Betsy Blair (Gladys Simmons), Ted Levine (Wes), Jeffrey DeMunn (Bobby Flynn), Albert Hall (Albert Hall), David Clennon (Jack Carpenter), Robert Swan (Dean), Richard Libertini (Sam Kraus), Maria Valdez (Rachel Simmons), Brian Bosak (Joey Simmons), Alan Wilder (Duffin), Timothy Hutton (le jongleur à la foire)
USA – 1988.
Durée : 121 min
Sortie en salles (France) : 9 novembre 1988
Sortie France du DVD : 11 mars 2020
Format : 1,85 – Couleur
Langue : anglais - Sous-titres : français.
Éditeur : ARTE Éditions


Bonus (20 min) :
Sur le tournage (1987)
Debra Winger (1988)
Bande-annonce

 

 

 

 

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