"Les Enfants terribles" un film de Jean-Pierre Melville

Élisabeth et Paul, grands adolescents, sont frères et sœurs. Ils partagent l’appartement de leur mère moribonde, tandis que se joue entre eux une relation fusionnelle entre amour et haine. Quand Paul s’éprend d’une femme qui ressemble à l’un de ses camarades de classe, Élisabeth se sent en danger.

"Les Enfants terribles" un film réalisé par Jean-Pierre Melville © LCJ "Les Enfants terribles" un film réalisé par Jean-Pierre Melville © LCJ
Sortie Blu-ray : Les Enfants terribles de Jean-Pierre Melville

Cette édition Blu-ray collector met en valeur un film notable de l’histoire du cinéma qui fête à présent son 70e anniversaire. Le film est une fascinante fusion entre deux univers apparemment disjoints et qui nourrissent pourtant des liens profonds : ceux du poète-cinéaste-peintre Jean Cocteau porté par la culture grecque et le résistant cinéaste Jean-Pierre Melville qui a offert les plus beaux chefs-d’œuvre au cinéma policier sous l’influence commune des cinémas américains et japonais. Or, la force du film est issu de la réunion entre les deux talents artistiques, même si les amateurs de Jean Cocteau y trouveront assurément plus leur compte que les cinéphiles assidus de Jean-Pierre Melville. En effet, la présence de Jean Cocteau est extrêmement forte, du texte original de sa pièce de théâtre écrit vingt ans plus tôt, à sa voix off en tant que narrateur du film, sans parler de ses comédiens principaux qui participent pleinement à l’esthétique des traits humains appréciés par Cocteau et encore la scène de rêve d’Élisabeth dont le mystère pourrait tout droit être issu du Sang d’un poète (1932). En revanche, la tension psychologique entre les personnages principaux, les choix de cadrages inattendus rendant compte de l’univers trouble et pathogène, sans parler de l’enfermement claustrophobique sont magnifiés comme seul l’auteur du Samouraï (1967) peut le faire.

Même si l’ensemble porte la lourdeur de la théâtralité, notamment dans le jeu exagéré des acteurs, ce choix d’interprétation fait sens dans le cadre d’individus qui sont mal à l’aise dans la société humaine et qui jouent à la normalité alors qu’ils sont traversés par un tortueux désir incestueux l’un pour l’autre. Le thème est audacieux de même que la peinture d’un monde ancien qui s’éteint. La composition de Nicole Stéphane est singulièrement fascinante, de même que les éclairages et la composition de cadre extrêmement inventive issue tout droit du génie du chef opérateur Henri Decaë.

 

 

 

les-enfants-terribles-mediabook-br
Les Enfants terribles
de Jean-Pierre Melville
Avec : Jean Cocteau (la voix du narrateur), Nicole Stéphane (Élisabeth), Édouard Dermit (Paul), Jacques Bernard (Gérard), Renée Cosima (Agathe/Dargelos), Adeline Aucoc (Mariette), Maurice Revel (le docteur), Maria Cyliakus (la mère), Roger Gaillard (l'oncle de Gérard), Melvyn Martin (Michaël), Jean-Marie Robain (le proviseur), Annabel Buffet (le mannequin), Émile Mathys ‘le censeur), Étienne Aubray, Rachel Devirys, Hélène Rémy
France, 1950.
Durée : 105 min
Sortie en salles (France) : 29 mars 1950
Sortie France du coffret Blu-ray : 16 juin 2021
Format : 1,37 – Noir & Blanc
Langue : français.
Éditeur : LCJ Éditions

Bonus :
« Cocteau à la villa Santo Sospir » (36’)
Rencontre avec Carole Weisweiller (36’)
Bande-annonce (3’)
le livret « Autour du Film » écrit par Marc Toullec et richement illustré (storyboard, artworks, photographies inédites du tournage) (52 pages)

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.