L’instinct de survie d’une enfance marginalisée

Dans un ghetto rom de Bucarest, Toto, 10 ans, et ses sœurs Andrea et Ana partagent un appartement exigu qui ressemble davantage à une salle de shoot qu’à un espace de vie familial. Pendant ce temps, leur mère est en prison et attend une libération anticipée.

 

 © JHR Films © JHR Films

 

Sortie DVD : Toto et ses sœurs d’Alexander Nanau

Après la magnifique expérience cinématographique et humaine que fut Spartacus & Cassandra d’Ioanis Nuguet sorti en France en février 2015, Toto et ses sœurs d’Alexander Nanau serait le pendant roumain du premier film. Les deux films se répondent à plusieurs égards : frontières poreuses entre fiction et documentaire, jeunes enfants Roms qui doivent s’assumer lorsque leurs parents leur font défaut et qui sont les personnages éponymes desdits films, le salut par la musique et la danse pour l’un des personnages... Mais les différences sont aussi nombreuses puisque Toto et ses sœurs est un film qui se suffit à lui-même. Il n’empêche que mettre en parallèle les deux films permet d’éclairer l’un et l’autre à travers leur parti pris de mise en scène. Ici, Alexander Nanau a délibérément opté pour le « cinéma direct », filmant la réalité la plus crue et sordide d’enfants abandonnés à eux-mêmes dans un milieu où ils sont contraints à côtoyer en permanence les seringues d’héroïnomanes. La caméra du documentariste se veut résolument non interventionniste, même si sa seule présence ainsi que le projet du film constitue une opportunité pour les enfants protagonistes d’envisager une alternative. En effet, une humanité en devenir se construit avec les liens sociaux et la présence du réalisateur semble porter le jeune Totonel, vers une autre voie, celle d’une success story où le hip hop joue un rôle salvateur. En cela le film joue avec les frontières entre fiction et documentaire mais malgré les apparences, les films reste avant toute chose un documentaire. Le réalisateur a eu la brillante idée à cet égard de former ses protagonistes au maniement de la caméra, ce qui fait que l’on retrouve des films dans le film mis en scène par un cadrage distinct, permettant de saisir ce que le réalisateur lui-même ne pourra jamais saisir. Ainsi, Alexander Nanau, qui connaît ses limites, ne cherche pas à prôner la toute puissance du cinéma direct : le réel documentaire se construit et il faut en fonction du sujet trouver les moyens les plus appropriés pour en témoigner. Sur 14 mois de tournage, Alexander Nanau a suivi le cheminement d’un frère et de ses deux grandes sœurs dont les destins divergent de l’un à l’autre. Alors que la situation semble la plus dévaforisée, les personnages sont animés d’un instinct de survie que la caméra sait non seulement capter mais aussi encourager. Pas d’explication avec des intertitres précisant les lieux, les personnes filmées mais une rencontre brutale avec le réel avec l’une des communautés les plus marginalisées d’Europe. Si le film n’a pas la poésie de Spartacus & Cassandra, le parti pris esthétique et politique du « cinéma direct » est l’équivalent le plus approprié du propos de ce film. Ainsi, le réel vient interroger le rapport au réel d’un spectateur qui pourrait conditionner sa conscience de la réalité aux images surfaites des reportages télévisés. Il faut le long cheminement de plus d’une année pour oser commencer seulement appréhender les problématiques de jeunes enfants Roms laissés à eux-mêmes dans une société plus large qui n’a pas pour réflexe immédiat de les accueillir à larges bras ouverts. Cependant, il y a de nombreuses mains tendues de professeurs, d’éducateurs sans que leurs initiatives dépassent leurs choix individuels. À l’instar des policiers cagoulés, les institutions politiques semblent ici se cacher pour ne pas avoir à s’impliquer davantage dans la cohésion sociale pourtant très urgente à développer.

 

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Toto et ses sœurs
Toto si surorile lui
d’Alexander Nanau
Roumanie, Hongrie – 2014.
Durée : 93 min
Sortie en salles (France) : 6 janvier 2016
Sortie France du DVD : 17 mai 2016
Format : 2,35 – Couleur
Langue : roumain - Sous-titres : français.
Éditeur : JHR Films
Bonus :
Livret (8 pages)
Flyer avec code promo permettant de visionner le documentaire d’Alexander Nanau The World According to Ion B. sur UniversCine

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