Bad man ou l'apocalypse du super-héros

Bruce Wayne est traumatisé par l’assassinat gratuit de ses parents qui a lieu lorsqu’il était enfant. Adulte, il est devenu le justicier masqué Batman. Au moment de la bataille entre Zod et Superman, Bruce Wayne intervient pour tenter de sauver les employés de son entreprise sans y parvenir. Dès lors, une rage immense gronde en lui à l’égard de Superman.

"Batman v Superman : l"aube de la justice" de Zack Snyder © Warner Bros. "Batman v Superman : l"aube de la justice" de Zack Snyder © Warner Bros.

Sortie Blu-ray : Batman v Superman : L'aube de la justice de Zack Snyder

Ainsi commence une nouvelle saga contre-attaquant l'équipe des Avengers. Car l'un des enjeux ici pour la production est de lancer sa propre équipe rivale : celle de la Justice League, dont le tournage a déjà commencé sous la direction de Zack Snyder. Pour lancer cette nouvelle saga qui associera dans sa foulée des longs métrages attribués à ses différents héros (Flash, Wonder Woman, Aquaman, et le rereboot de Batman de et avec Ben Affleck dans le rôle principal), il fallait réunir deux super héros d'envergure de la planète DC Comics. Dans la tradition des spectacles de luttes des vengeurs masqués de la lucha libre mexicaine ou de la lutte à la française à laquelle rendait un bel hommage cinéphilique David Perrault avec son Nos héros sont morts ce soir (2013), le film est une longue promesse d'un combat titanesque opposant la nuit contre le jour, l'humain contre le Dieu, le milliardaire contre le prolétaire... Les antinomies sont telles qu'elles ne devaient que s'opposer dans un combat fratricide (les deux héros éponymes partagent le même prénom de leur mère). Pour autant, ce qui a pu décevoir dans ce film les fans, c'est toute la promotion du film autour de ce combat, alors qu'il ne constitue qu'un moment assez rapidement évacué : l'important n'est pas là pour Zack Snyder, l'auteur de Watchmen, ce qui signifie un réalisateur qui se fait une autre idée que celle attendue de ce que peut être un super-héros, cet être incarnant la puissance absolue. Le film est délibérément sombre, comme si l'univers batmanien avait fagocité l'ensemble de l'histoire. Les attentats sont omniprésents, faisant écho à la sombre réalité contemporaine de la vague de terrorisme. Dans ce contexte, Batman est le justicier de l'ombre qui a décidé de se faire justice lui-même en marquant au fer rouge les criminels qu'il capture, les promettant ainsi à une mort certaine. Sa haine est parallèlement grandissante contre celui qui s'habille aux couleurs du drapeau américain qui incarne à la fois le héros américain et le Dieu venu du ciel sous la forme d'un Christ qui a troqué sa croix contre une super-puissance exacerbée contre ses ennemis. Dès lors, Batman ne serait-il pas le contradicteur de la politique américaine belliciste menée depuis le 11 Septembre ? La limite de cette interprétation est que cette politique belliciste est critiquée par un Batman qui n'a rien d'un pacifiste, bien au contraire. C'est Superman qui lui fera la morale en vue de lui offrir de nouvelles responsabilités : celle de réunir la Justice League ! Au final, on tourne un peu trop en rond dans cette histoire aux enjeux d'autant plus limités que ceux-ci sont contraints dans leur expressivité par le lourd cahier des charges visant à promouvoir toute une série de longs métrages à venir. Ainsi, le scénario est bien moins fluide que le Man of Steel du même Snyder, embourbé par une série de scènes d'action dont la consommation boulimique tourne à l'overdose. Wonder Woman, à l'affiche du film, n'occupe qu'un rôle transparent et sans réel impact sur l'histoire : les scénaristes ont beau proposer une revendication féministe à travers son rôle d'expression du pouvoir, ils n'y ont apporté aucun intérêt ni aucune passion. Wonder Woman traverse le film comme une modeste figurante.
Le film a réellement tenté de faire un équilibre entre les deux super-héros mais sans trop y parvenir ni réellement pour l'un ni vraiment pour l'autre. L'intrigue de Superman est superficielle et celle de Batman domine un peu plus mais sans un développement psychologique qui aurait mérité à atteindre un degré supérieur.

 

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Batman v Superman : L'aube de la justice
Batman v Superman: Dawn of Justice
de Zack Snyder
Avec : Ben Affleck (Bruce Wayne / Batman), Henry Cavill (Kal-El / Clark Kent / Superman), Amy Adams (Lois Lane), Jesse Eisenberg (Lex Luthor), Diane Lane (Martha Kent), Laurence Fishburne (Perry White), Jeremy Irons (Alfred) Pennyworth), Holly Hunter (la sénatrice June Finch), Gal Gadot (Diana Prince / Wonder Woman), Scoot McNairy (Wallace Keefe)
USA – 2016.
Durée : 181 min
Sortie en salles (France) : 23 mars 2016
Sortie France du DVD : 3 août 2016
Format : 2,35 – Couleur
Éditeur : Warner Bros.

Contient :
le Blu-ray du film en version Ultimate Edition (181’ - accord parental)
le Blu-ray du film en version cinéma (151’)
les copies digitales des deux versions du film

11bonus (120’) :
« Uniting the World’s Finest »
« Gods and Men: A Meeting of Giants »
« The Warrior, The Myth, The Wonder »
« Accelerating Design: The New Batmobile »
« Superman: Complexity & Truth »
« Batman: Austerity & Rage »
« Wonder Woman: Grace & Power »
« Batcave: Legacy of the Lair »
« The Might and the Power of a Punch »
« The Empire of Luthor »
« Save the Bats »

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